dimanche 12 octobre 2025

« République(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin



Le régime est à bout de souffle…

MONARQUE Plus évidente et terrible que jamais, la vieille pulsion est réveillée – et nous nous remémorons, soudain, que la France reste la France, surtout quand ­l’horizon paraît totalement bouché. Ainsi le roi est nu : à bas le roi ! Plus rien ne changera désormais, quelles que soient les circonstances, quoi qu’il dise ou décide. Même en mode survie, Mac Macron a tout perdu à force de tout détruire, jusqu’à la légitimité de sa position comme de son ­incarnation.

De mépris en coups de menton, de dénis démocratiques en postures solitaires, le prince-président, espèce de « Nabo » du XXIe siècle tout aussi destructeur sinon plus que Nicoléon en son temps, a poussé tous les feux du libéralisme technocratique au point ­d’essouffler définitivement ce qu’il subsistait encore du régime présidentiel.

Même en allant chercher très loin la parole des éditocrates qui, jadis, se complaisaient dans les plis du monarque absolu, tout républicain un peu sérieux se pose dorénavant la seule question à la hauteur du ­moment : la Ve République a-t-elle vécu ?

FRACTURE Parvenus à ce point de crispation démocratique et institutionnelle, ne pas regarder la ­vérité en face serait reculer pour ne plus sauter du tout. La Ve République se trouve tellement à bout de souffle que quelques rustines de circonstance et temporaires apposées sur les béances institutionnelles ne changeront rien, ou pas grand-chose, à l’inévitable destin du cadre « républicain » inventé par et pour de Gaulle.

En huit ans, alors que le travail de destruction avait déjà été bien entamé par ses deux prédécesseurs Nicoléon et Normal Ier, Mac Macron I et II a poussé la verticalité jupitérienne jusqu’à la caricature, au point de marteler, d’humilier et de démonétiser sa propre représentativité. Au point d’entraver l’action politique même, en attisant, à tous les échelons de la République, cette mortifère défiance qui n’a cessé de croître – atteignant un degré d’incandescence dangereux pour la démocratie elle-même.

La fracture (de confiance, de légitimité, d’incarnation) entre le chef de l’État et les citoyens est absolue. Tout retour en arrière paraît impossible, sinon inutile…

ISOLÉ Prenons la mesure du climat politique au sein même de ce que nous appelions auparavant la « Macronie ». En quelques heures, trois anciens premiers sinistres de Mac Macron, et non des moindres, ont piétiné le tapis rouge élyséen. Dans des registres différents. Gabriel Attal a d’abord confessé : « Je ne comprends plus les décisions du président. » Édouard Philippe en a rajouté une couche en osant réclamer une « élection présidentielle anticipée », programmée à l’avance. Enfin, Élisabeth Borne a proposé la « suspension » de la maudite réforme des retraites (pas l’abrogation), afin de sortir de l’impasse.

Reprenons. Un : la personnalité de Mac Macron est attaquée (Attal). Deux : la fin du quinquennat de Mac Macron est remise en cause (Philippe). Trois : sa « grande » réforme n’est plus un tabou (Borne). Qui eut cru cela possible ? Lâché par les siens, cerné à l’Élysée, Mac Macron se trouve plus isolé que jamais. À son corps défendant, le fameux dossier des retraites, de même que les passages en force au Parlement auront paradoxalement accéléré le processus de conscientisation politique du pays en tant qu’expérimentation du cadre institutionnel qui est le nôtre, aussi aberrant que violent.

Que le dossier des retraites revienne sur la table n’a rien d’un hasard. Les citoyens ont pris le temps depuis de découvrir dans le détail les travers de la Constitution, et par ailleurs ce qu’il serait possible d’en faire entre les mains de l’extrême droite. Autant le répéter : la Constitution, l’organisation des pouvoirs publics, la démocratie et donc la République ne correspondent plus aux attentes ni aux exigences de solidarité, de justice et à l’aspiration croissante à un nouveau mode de développement.

Nous voilà parvenus à un point de non-retour aussi enthousiasmant que dangereux. Un autre cycle, qui ne réclamerait pas de demi-mesure, peut-il dès lors s’ouvrir vers une Constituante, et à terme une VIe République ? Pourquoi attendre ? Et encore combien de temps ?

 

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