Le régime est à
bout de souffle…
MONARQUE Plus évidente
et terrible que jamais, la vieille pulsion est réveillée – et nous nous
remémorons, soudain, que la France reste la France, surtout quand l’horizon paraît
totalement bouché. Ainsi le roi est nu : à bas le roi !
Plus rien ne changera désormais, quelles que soient les circonstances, quoi
qu’il dise ou décide. Même en mode survie, Mac Macron a tout perdu à force
de tout détruire, jusqu’à la légitimité de sa position comme de son incarnation.
De mépris en
coups de menton, de dénis démocratiques en postures solitaires, le
prince-président, espèce de « Nabo » du XXIe siècle tout aussi destructeur sinon plus que
Nicoléon en son temps, a poussé tous les feux du libéralisme
technocratique au point d’essouffler définitivement ce qu’il subsistait encore
du régime présidentiel.
Même en allant
chercher très loin la parole des éditocrates qui, jadis, se complaisaient dans
les plis du monarque absolu, tout républicain un peu sérieux se pose dorénavant
la seule question à la hauteur du moment : la Ve République
a-t-elle vécu ?
FRACTURE Parvenus à ce
point de crispation démocratique et institutionnelle, ne pas regarder la vérité
en face serait reculer pour ne plus sauter du tout. La Ve République
se trouve tellement à bout de souffle que quelques rustines de circonstance et
temporaires apposées sur les béances institutionnelles ne changeront rien, ou
pas grand-chose, à l’inévitable destin du cadre « républicain » inventé par et pour de Gaulle.
En huit ans,
alors que le travail de destruction avait déjà été bien entamé par ses deux
prédécesseurs Nicoléon et Normal Ier, Mac Macron I et II a poussé la
verticalité jupitérienne jusqu’à la caricature, au point de marteler,
d’humilier et de démonétiser sa propre représentativité. Au point d’entraver
l’action politique même, en attisant, à tous les échelons de la République,
cette mortifère défiance qui n’a cessé de croître – atteignant un degré
d’incandescence dangereux pour la démocratie elle-même.
La fracture (de confiance, de
légitimité, d’incarnation) entre le chef de l’État et les citoyens est absolue.
Tout retour en arrière paraît impossible, sinon inutile…
ISOLÉ Prenons la mesure du climat
politique au sein même de ce que nous appelions auparavant la
« Macronie ». En quelques heures, trois anciens premiers sinistres de
Mac Macron, et non des moindres, ont piétiné le tapis rouge élyséen. Dans des registres différents. Gabriel
Attal a d’abord confessé : « Je ne comprends plus les
décisions du président. » Édouard Philippe en a rajouté une couche en
osant réclamer une « élection présidentielle anticipée »,
programmée à l’avance. Enfin, Élisabeth Borne a proposé la « suspension »
de la maudite réforme des retraites (pas l’abrogation), afin de sortir de
l’impasse.
Reprenons.
Un : la personnalité de Mac Macron est attaquée (Attal). Deux : la
fin du quinquennat de Mac Macron est remise en cause (Philippe). Trois :
sa « grande » réforme n’est plus un tabou (Borne). Qui eut cru cela
possible ? Lâché par les siens, cerné à l’Élysée, Mac Macron se trouve plus isolé que
jamais. À son corps défendant, le fameux dossier des retraites, de
même que les passages en force au Parlement auront paradoxalement accéléré le
processus de conscientisation politique du pays en tant qu’expérimentation du
cadre institutionnel qui est le nôtre, aussi aberrant que violent.
Que le dossier des retraites revienne sur
la table n’a rien d’un hasard. Les citoyens ont pris le temps depuis
de découvrir dans le détail les travers de la Constitution, et par ailleurs ce
qu’il serait possible d’en faire entre les mains de l’extrême droite. Autant le
répéter : la Constitution, l’organisation des pouvoirs publics, la
démocratie et donc la République ne correspondent plus aux attentes ni aux
exigences de solidarité, de justice et à l’aspiration croissante à un nouveau
mode de développement.
Nous voilà
parvenus à un point de non-retour aussi enthousiasmant que dangereux. Un autre
cycle, qui ne réclamerait pas de demi-mesure, peut-il dès lors s’ouvrir vers
une Constituante, et à terme une VIe République ? Pourquoi
attendre ? Et encore combien de temps ?

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