mercredi 15 octobre 2025

Crise politique : l’interminable crépuscule du macronisme » , l’éditorial de Rosa Moussaoui



Voilà bientôt une décennie, il promettait de faire advenir un « nouveau monde », de semer la « disruption » dans un système politique en décomposition, de bazarder le clivage entre la gauche et la droite au profit d’une coalition de « compétences » apte à conformer la France aux canons d’une économie mondialisée, d’un capitalisme en mutation.

Quitte à régler leurs comptes aux corps intermédiaires, aux syndicats, aux vieux partis, aux Gaulois réfractaires. Dans le clair-obscur de la cour du Louvre éclairée par les pyramides, Emmanuel Macron s’avançait en homme providentiel, en « Jupiter » prêt à rendre son lustre à la fonction présidentielle malmenée par ses prédécesseurs.

En fait de monde nouveau, ce fondé de pouvoir des élites économiques et financières a fait siens les pires travers de la monarchie républicaine, privatisant le château de Versailles pour y convier les patrons, faisant éborgner les gilets jaunes, élargissant quoi qu’il en coûte les privilèges fiscaux des grandes fortunes.

Sa reconduction, en 2022, doit tout au refus d’une majorité de Français de permettre l’avènement de Marine Le Pen. La perte en 2024 de sa bringuebalante majorité relative, au terme d’une brusque et hasardeuse dissolution, traduit toute la défiance et tout l’écœurement que suscitent ses politiques injustes, inégalitaires et brutales.

L’obstination d’Emmanuel Macron à dédaigner ce désaveu électoral comme son acharnement austéritaire ont fini d’amocher la politique, de plomber l’économie, de délabrer la cohésion sociale. Dans ces circonstances, la suspension temporaire de la réforme des retraites qu’a fait miroiter Sébastien Lecornu devant les députés tient moins de la rupture que de la manœuvre pour obtenir encore un sursis.

Le Parti socialiste choisit de se prêter au jeu. Ses promesses de « vigilance » sont dérisoires : avec un budget de guerre sociale remis sur le métier, ce geste ne suffira pas à apaiser les colères accumulées. Et sans autre issue politique, l’entêtement et les intrigues de l’exécutif continueront à paver la voie à cette extrême droite décidée à substituer d’odieuses revendications identitaires et sécuritaires aux légitimes exigences de justice fiscale et sociale.

 

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