Voilà bientôt
une décennie, il promettait de faire advenir un « nouveau monde »,
de semer la « disruption » dans un système politique en
décomposition, de bazarder le clivage entre la gauche et la droite au profit
d’une coalition de « compétences » apte à conformer la France
aux canons d’une économie mondialisée, d’un capitalisme en mutation.
Quitte à régler
leurs comptes aux corps intermédiaires, aux syndicats, aux vieux partis, aux Gaulois réfractaires.
Dans le clair-obscur de la cour du Louvre éclairée par les pyramides, Emmanuel
Macron s’avançait en homme providentiel, en « Jupiter » prêt à rendre
son lustre à la fonction présidentielle malmenée par ses prédécesseurs.
En fait de
monde nouveau, ce fondé de pouvoir des élites économiques et financières a fait
siens les pires travers de la monarchie républicaine, privatisant le château de
Versailles pour y convier les patrons, faisant éborgner les gilets jaunes, élargissant
quoi qu’il en coûte les privilèges fiscaux des grandes fortunes.
Sa
reconduction, en 2022, doit tout au refus d’une majorité de Français de permettre l’avènement de Marine
Le Pen. La perte en 2024 de sa bringuebalante majorité
relative, au terme d’une brusque et hasardeuse dissolution, traduit toute la
défiance et tout l’écœurement que suscitent ses politiques injustes,
inégalitaires et brutales.
L’obstination
d’Emmanuel Macron à dédaigner ce désaveu électoral comme son acharnement austéritaire
ont fini d’amocher la politique, de plomber l’économie, de délabrer la cohésion
sociale. Dans ces circonstances, la suspension temporaire de la réforme des
retraites qu’a fait miroiter Sébastien Lecornu devant les députés tient moins
de la rupture que de la manœuvre pour obtenir encore un sursis.
Le Parti
socialiste choisit de se prêter au jeu. Ses promesses de « vigilance »
sont dérisoires : avec un budget de guerre sociale remis sur le métier, ce
geste ne suffira pas à apaiser les colères accumulées. Et sans autre issue
politique, l’entêtement et les intrigues de l’exécutif continueront à paver la
voie à cette extrême droite décidée à substituer d’odieuses revendications
identitaires et sécuritaires aux légitimes exigences de justice fiscale et
sociale.

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