lundi 8 septembre 2025

Vote de confiance : nouveau premier ministre, dissolution, article 16… quels scénarios après l’auto-sabordage de François Bayrou ?



En décidant d’accélérer sa chute par la convocation d’un vote de confiance ce lundi 8 septembre, le premier ministre choisit de faire basculer le pays dans une nouvelle crise de régime. Pour en sortir, Emmanuel Macron envisage toutes les pistes.

Le glas et celui qui le fait retentir. Lundi 25 août, le premier ministre, François Bayrou, convoque la presse pour aborder la question épineuse du budget. Depuis plusieurs mois, le montant des coupes annoncées pour 2026 (43,8 milliards d’euros) provoque colère et protestation. Les premières victimes de son « plan » sont connues : services publics et prestations sociales. Les plus riches, eux, tout comme les grandes entreprises, pourtant bénéficiaires de 211 milliards d’aides publiques par an, sont épargnés. Encore. D’où les mobilisations annoncées pour le mois de septembre, par l’intersyndicale et le mouvement « Bloquons tout ».

Certains que les Français n’ont pas compris ses orientations, pourtant « frappées du coin du bon sens », comme il le répète en privé à chacun de ses interlocuteurs, François Bayrou s’emploie donc ce jour à un nouvel exercice de pédagogie teinté d’alarmisme. La mine grave, face à la caméra, il lance : « Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement. Depuis vingt ans, chaque heure de chaque jour et de chaque nuit a augmenté la dette de 12 millions d’euros supplémentaires. » Alors, il faut raser tous azimuts et tant pis pour les mécontents. « La France, ce n’est pas ceux qui veulent l’abattre par le désordre, c’est ceux qui veulent la construire par le courage et la générosité », précise-t-il encore. Capisci ?

Reste que les vents contraires sont forts, très forts. Dans la rue, mais aussi à l’Assemblée nationale où la gauche prépare une motion de censure prévue pour la fin du mois et qui a de fortes chances de provoquer la chute de son gouvernement. Il lui faut donc réagir, se dit-il, redevenir le maître du temps. « J’ai demandé au président de la République – et il a accepté – de convoquer le Parlement en session extraordinaire le lundi 8 septembre, annonce-t-il alors. J’engagerai, ce jour-là, la responsabilité du gouvernement sur une déclaration de politique générale, conformément à l’article 49, alinéa premier, de notre Constitution. » Si elle n’est pas votée par une majorité absolue des suffrages exprimés, le premier ministre devra démissionner, et le pays tout entier retombera dans le chaos le plus total.

« Le 8, ta tête sur le billot et tu sauves la mienne le 10 »

Ce pari, seule une poignée de personnes en ont été avisées. Si les membres de son cabinet ont appris la nouvelle quelques dizaines de minutes avant son intervention, le président de la République, Emmanuel Macron, a été mis dans la confidence quatre jours auparavant lors d’un rendez-vous au fort de Brégançon. Loin de trouver cette idée folle, il s’est montré « séduit » par l’idée de ne pas « se laisser subir », nous dit-on dans son entourage.

« Ils ont conclu un deal, confie à l’Humanité l’un de ses anciens conseillers, resté proche de son clan. Le président lui a dit en substance : « Très bien. Le 8, c’est ta tête sur le billot et tu sauves la mienne le 10 » ». Quel intérêt peut cependant y trouver le maire de Pau ? « C’est un illuminé, il croit encore en son destin présidentiel !, poursuit notre homme de l’ombre. Son plan est clair. Il annonce la catastrophe économique, se fait éjecter pour cela, l’apocalypse arrive, et peu avant 2027 il revient. Il est certain que les Français salueront celui qui avait tout vu comme étant leur sauveur. »

Dans son camp, celui du Modem, parti qu’il a fondé, on fait bloc autour du berger. En réunion de groupe, peu de temps après sa conférence de presse, les éloges fusent, nous rapporte-t-on. « Courageux », « audacieux », « responsables »… C’est vite acté : tous voteront la confiance. Mais plutôt que l’expression de véritables convictions, il s’agit surtout de ne pas se mettre à dos les bons soldats du maire de Pau : Jean-Paul Mattei et Marc Fesneau. Cela pourrait coûter leur poste à certains, d’autant qu’une dissolution est bien vite arrivée. Mais en privé, anonymement, l’embarras est assumé.

« C’est un choix absurde, se désole un membre du groupe. S’il avait voulu faire les choses bien, il aurait consulté les groupes bien en amont, aurait amendé ses intentions, réfléchi à taxer (même au minimum) les plus grandes fortunes. Et je suis certain que la motion de censure n’aurait pas été adoptée, même avec un 49.3. Au lieu de ça, il se jette dans le ravin et le pays avec. Sa mission était pourtant connue : tout faire pour permettre un minimum de stabilité jusqu’en 2027. » « Il s’est certainement rendu compte que le costume était trop grand pour lui. C’est un abandon de poste masqué en suicide héroïque », renchérit un autre, très remonté.

« Connaissant son ego, le départ en Mendès France pour revenir en homme de la situation dans un an et demi, ce n’est pas impossible, se désole une figure du parti. Avant d’être nommé premier ministre, il assumait ses intentions présidentielles au détour d’un bon mot en se comparant à Joe Biden. Certes vieux, mais élu président, disait-il ». Dès lors, ils sont quelques-uns à le surnommer « François Biden ». Mais pas seulement pour ses ambitions présidentielles. Depuis son déni de l’affaire Bétharram, ses propos sur une prétendue « submersion migratoire », ou encore la présentation publique prétendument humoristique de son prédécesseur, Michel Barnier, en « parrain mafieux très présentable », les membres de sa famille sont de plus en plus nombreux à confier leur gêne face au « désastre Bayrou ».

Un premier ministre NFP ou du socle commun ?

La fin de François Bayrou à Matignon apparaissant comme définitive, la question de la suite se pose. Quelle voie choisira Emmanuel Macron pour le pays ? Nommer un nouveau premier ministre du socle commun ? Un membre du Nouveau Front populaire (NFP), force arrivée en tête lors des dernières législatives qui revendique sa légitimité à gouverner ? « Ce n’est pas au moment où la France est le plus à droite depuis vingt ans qu’un gouvernement de gauche pourra réussir, tranche François Patriat, sénateur Renaissance de Côte-d’Or et proche d’Emmanuel Macron. Nommer un premier ministre de gauche, c’est se couper de la droite et donc affaiblir un socle commun qui n’a pas besoin de ça. Même Bernard Cazeneuve ferait fuir Bruno Retailleau. Et le RN ne resterait pas non plus sans réaction, la France insoumise aussi… »

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, toutes les personnes interrogées sont du même avis. La tendance est donc à un nouveau locataire de Matignon de la minorité présidentielle. Mais qui ? Sébastien Lecornu ? « Une évidence. » Julien Denormandie ? « La grosse cote. » Bruno Retailleau ? « L’inimitié avec le président est trop grande », souffle-t-on encore dans sa garde rapprochée. Et de dégainer l’infatigable carte : « Une personnalité issue de la société civile n’est pas à exclure ».

Dans les couloirs de l’Élysée, on ose même rêver d’un « capitaine d’industrie » qui viendrait « remettre de l’ordre » dans la boîte France. Pourquoi pas Xavier Niel, milliardaire fondateur d’Iliad, et soutien énamouré de la première heure d’Emmanuel Macron ? « Sexy mais peu probable », répond un visiteur régulier de l’Élysée. C’est oublier quelqu’un, selon François Patriat : François Bayrou. « Oui, qui vous dit que le président acceptera sa démission ? Peut-être lui dira-t-il : « Non, continuez votre travail sur le budget, nous verrons après. » De Gaulle l’a bien fait avec Pompidou », imagine-t-il.

L’improbable piste de l’article 16

Une autre solution est plus envisageable : dissoudre (à nouveau) l’Assemblée nationale. « Si tout le monde le lui demande, il ne va surtout pas le faire », glisse l’un de ses conseillers, qui écarte également toute possibilité de démissionner. « Une dissolution immédiate serait incomprise. Avant cela, il faut mener un travail de pédagogie pour démontrer qu’il n’y a pas d’autre solution », abonde François Patriat.

À la suite de la conférence de presse de François Bayrou, interrogé sur l’organisation éventuelle de nouvelles législatives, l’Élysée a vaguement communiqué ne pas vouloir « se priver d’un pouvoir constitutionnel ». Pour l’un de ses anciens conseillers officieux, cette déclaration, même floue, doit être lue entre les lignes. « À l’automne 2023, le président a consulté de façon informelle des constitutionnalistes pour savoir si le blocage budgétaire pouvait justifier l’utilisation de l’article 16 de la Constitution », nous informe-t-il.

Une disposition qui permet au président de voir ses pouvoirs temporairement étendus, jusqu’à pouvoir prendre des mesures qui relèvent de la compétence exclusive du Parlement sans le consulter, au motif que « l’exécution des engagements de la France est menacée d’une manière grave et immédiate ». « Ce serait le pire des choix, il n’y aurait pas mieux pour mettre tout le monde dans la rue et provoquer les conditions d’une démission inévitable, mais je sais que c’est une option sur la table », ajoute-t-il. Un illuminé en cache parfois un autre.

 

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