vendredi 12 septembre 2025

« SÉBASTIEN LECORNU ET LA FRACTURE DÉMOCRATIQUE », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin



« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » La célèbre citation, attribuée à Albert Einstein, se prête formidablement bien à l’obstination de Mac Macron II, plus seul que jamais en son palais doré. La nomination expresse de Sébastien Lecornu, à la veille des premières jacqueries du 10 septembre, en dit long sur le moment assez vertigineux que traverse notre République, tandis que tout semble s’affaisser, la confiance générale, le moral des citoyens, sans parler de ces records d’impopularité qui frappent l’exécutif et l’hôte de l’Élysée, visé par toutes les formes de contestation. Pour le nouveau premier sinistre, fidèle des fidèles de Mac Macron, le troisième jeu des chaises musicales aura donc été le bon. Déjà son nom avait été fortement pressenti pour remplacer Gabriel Atal, puis Michel Barnier, avant que François Bayrou torde le bras du président, avec le succès que nous connaissons. Avec Lecornu, le statu quo serait presque risible s’il ne s’agissait du sort de la France. Avec Mac Macron, on ne change pas une équipe qui perd, on change sans rien changer. Même une partie de la Macronie traditionnelle reste stupéfaite devant cet immobilisme imposé – signe que la crise politique, doublée d’une rentrée sociale tempétueuse, va s’accentuer jusqu’à un point de non-retour…

 

L’ampleur de la fracture démocratique, à tous les échelons de notre société, aurait dû contraindre Mac Macron II à une sorte d’aggiornamento. C’est tout le contraire qui se produit. La chute de François Bayrou, à la suite de sa déclaration de politique générale, était scellée. En régime parlementaire, à court ou moyen terme, un gouvernement sans majorité claire est un mort-vivant. Comme le commentait le constitutionnaliste Denis Baranger cette semaine, « Bayrou n’a fait qu’apposer un avis de décès qui aurait pu être rédigé dès que son gouvernement avait été porté sur les fonts baptismaux », sachant que « la décision du premier ministre d’engager la responsabilité du gouvernement a finalement réussi l’exploit d’être à la fois inévitable et intempestive ». Et Denis Baranger précisait : « Ce que montrent en tout cas la dissolution de 2024 et l’engagement de confiance de François Bayrou en 2025, c’est que nous sommes définitivement sortis de la Ve République heureuse. » Le bloc-noteur ajoutera : la Ve République n’est plus ni heureuse ni malheureuse, elle est simplement en sursis… sinon déjà moribonde.

 

Comment croire que le nouveau premier sinistre, petit soldat de la Macronie et petit frère de Bayrou en pire, puisse inverser le processus ? D’autant que la gauche, pour la troisième fois en un an, dénonce à juste titre un déni de démocratie puisqu’elle était arrivée en tête des législatives de 2024. Le CV de Lecornu tient en quelques phrases : jeune militaire aux codes old school, colonel de réserve de la gendarmerie, pressé et opportuniste, pro-chasse quand il était à la transition écologique, anti-mariage pour tous, ayant tenté de bloquer l’augmentation du RSA souhaitée dans le plan de lutte contre la pauvreté de Valls, pur produit de l’UMP (dès ses 16 ans !) et de la droite la plus bourgeoise et souverainiste, il trahira quand même son camp pour rejoindre la Macronie. Poulain dès 2009 de Bruno Le Maire puis d’Édouard Philippe, aujourd’hui très proche de Gérald Darmanin, ex-ministre de l’Intérieur puis garde des Sceaux, qui le considère comme son « frère », Sébastien Lecornu a fait partie de tous les gouvernements depuis 2017. Servile ministre des Armées depuis 2022, auteur d’une loi de programmation militaire prévoyant un doublement du financement avec l’objectif de se doter de 300 000 soldats, il a été pris en flagrant délit de mensonge en juin, en affirmant qu’«il n’y a pas d’armes vendues à Israël» par la France, avant d’être démenti quelques jours plus tard par un rapport d’une dizaine d’ONG. L’homme milite depuis la campagne présidentielle de 2017 pour un virage définitif à droite toute, en particulier sur les questions de frontières, d’immigration et de sécurité. Il entretient même de relations « cordiales » avec les lepénistes. Nous y voilà : Mac Macron II ne l’a pas choisi par hasard. Comme le disait Einstein : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. »

 

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