« La folie, c’est de faire toujours la même chose et
de s’attendre à un résultat différent. » La célèbre citation, attribuée à
Albert Einstein, se prête formidablement bien à l’obstination de Mac Macron II,
plus seul que jamais en son palais doré. La nomination expresse de Sébastien
Lecornu, à la veille des premières jacqueries du 10 septembre, en dit long sur
le moment assez vertigineux que traverse notre République, tandis que tout
semble s’affaisser, la confiance générale, le moral des citoyens, sans parler
de ces records d’impopularité qui frappent l’exécutif et l’hôte de l’Élysée,
visé par toutes les formes de contestation. Pour le nouveau premier sinistre,
fidèle des fidèles de Mac Macron, le troisième jeu des chaises musicales aura
donc été le bon. Déjà son nom avait été fortement pressenti pour remplacer
Gabriel Atal, puis Michel Barnier, avant que François Bayrou torde le bras du
président, avec le succès que nous connaissons. Avec Lecornu, le statu quo
serait presque risible s’il ne s’agissait du sort de la France. Avec Mac
Macron, on ne change pas une équipe qui perd, on change sans rien changer. Même
une partie de la Macronie traditionnelle reste stupéfaite devant cet
immobilisme imposé – signe que la crise politique, doublée d’une rentrée sociale
tempétueuse, va s’accentuer jusqu’à un point de non-retour…
L’ampleur de la fracture démocratique, à tous les
échelons de notre société, aurait dû contraindre Mac Macron II à une sorte
d’aggiornamento. C’est tout le contraire qui se produit. La chute de François
Bayrou, à la suite de sa déclaration de politique générale, était scellée. En
régime parlementaire, à court ou moyen terme, un gouvernement sans majorité
claire est un mort-vivant. Comme le commentait le constitutionnaliste Denis
Baranger cette semaine, « Bayrou n’a fait qu’apposer un avis de décès qui
aurait pu être rédigé dès que son gouvernement avait été porté sur les fonts
baptismaux », sachant que « la décision du premier ministre d’engager la
responsabilité du gouvernement a finalement réussi l’exploit d’être à la fois
inévitable et intempestive ». Et Denis Baranger précisait : « Ce que montrent
en tout cas la dissolution de 2024 et l’engagement de confiance de François
Bayrou en 2025, c’est que nous sommes définitivement sortis de la Ve République
heureuse. » Le bloc-noteur ajoutera : la Ve République n’est plus ni heureuse
ni malheureuse, elle est simplement en sursis… sinon déjà moribonde.
Comment croire que le nouveau premier sinistre, petit
soldat de la Macronie et petit frère de Bayrou en pire, puisse inverser le
processus ? D’autant que la gauche, pour la troisième fois en un an, dénonce à
juste titre un déni de démocratie puisqu’elle était arrivée en tête des
législatives de 2024. Le CV de Lecornu tient en quelques phrases : jeune militaire
aux codes old school, colonel de réserve de la gendarmerie, pressé et
opportuniste, pro-chasse quand il était à la transition écologique,
anti-mariage pour tous, ayant tenté de bloquer l’augmentation du RSA souhaitée
dans le plan de lutte contre la pauvreté de Valls, pur produit de l’UMP (dès
ses 16 ans !) et de la droite la plus bourgeoise et souverainiste, il trahira
quand même son camp pour rejoindre la Macronie. Poulain dès 2009 de Bruno Le
Maire puis d’Édouard Philippe, aujourd’hui très proche de Gérald Darmanin,
ex-ministre de l’Intérieur puis garde des Sceaux, qui le considère comme son «
frère », Sébastien Lecornu a fait partie de tous les gouvernements depuis 2017.
Servile ministre des Armées depuis 2022, auteur d’une loi de programmation militaire
prévoyant un doublement du financement avec l’objectif de se doter de 300 000
soldats, il a été pris en flagrant délit de mensonge en juin, en affirmant
qu’«il n’y a pas d’armes vendues à Israël» par la France, avant d’être démenti
quelques jours plus tard par un rapport d’une dizaine d’ONG. L’homme milite
depuis la campagne présidentielle de 2017 pour un virage définitif à droite
toute, en particulier sur les questions de frontières, d’immigration et de
sécurité. Il entretient même de relations « cordiales » avec les lepénistes.
Nous y voilà : Mac Macron II ne l’a pas choisi par hasard. Comme le disait
Einstein : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est
que de l’information. »

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