La roue de la
fortune des ministrables est repartie pour un tour. Chacun y va de sa
combinaison dans un arc compris du Parti socialiste au Rassemblement national.
Pour une partie de la droite dite républicaine, il n’est plus exclu de
soutenir un gouvernement RN, alors qu’il le serait absolument d’un exécutif
comprenant des ministres insoumis ou communistes. Bien plus que la chute
quasiment actée de François Bayrou, ces accommodements avec le pire sont le
signe le plus patent et le plus inquiétant de la fameuse « crise de
régime » dont beaucoup se gargarisent.
Si crise de
régime il y a, ce n’est pas du fait du vote de défiance attendu des députés, le
8 septembre, qui ne sera, somme toute, qu’un acte démocratique banal de la
vie parlementaire. La crise réside au contraire dans les manœuvres de
toutes sortes d’une certaine classe dirigeante pour maintenir ses intérêts au
pouvoir, même au prix d’une alliance avec l’extrême droite. On a vu à quelle
danse du centre étaient capables de se livrer successivement Michel Barnier et
François Bayrou pour s’attacher le soutien du parti des Le Pen, hier adversaire
battu aux législatives et le lendemain allié.
À force de
pactiser avec le diable, on en vient à lui devoir sa déchéance ou son salut. Si
crise de régime il y a, elle est autant le fait des institutions périmées de la
Ve République incapables de traduire la souveraineté populaire,
que celui de cette classe dirigeante qui bafoue quotidiennement le suffrage
universel. En appeler à un gouvernement RN, comme le fait Laurent Wauquiez dans
le sillage de Nicolas Sarkozy, est une étape de plus dans la négation du
vote de 2024. Sans même parler du danger immense que cela ferait courir à
l’État de droit et aux libertés de tous.
C’est aussi
reconnaître que l’extrême droite est bien le recours ultime des tenants de la
poursuite de l’austérité quoi qu’il en coûte. Tout changer pour que rien ne
change : c’est de cette ruse éculée qui pousse toujours plus loin depuis
quarante ans les feux du couple autoritarisme et libéralisme que les citoyens
ne veulent plus, et dont le refus s’exprime dans la popularité du slogan
« Bloquons tout » en vue du 10 septembre.

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