L’île au large
des côtes de la Charente-Maritime est menacée de manière imminente par la
montée des eaux. Patrick Monnereau, premier adjoint à la commune de la
Brée-les-Bains, dénonce l’incurie de l’État et appelle à mobiliser d’importants
moyens pour protéger les habitants.
L’ombre qui
plane sur l’île de Lumière porte un nom : l’érosion. Le grignotage
continuel du littoral et les risques de submersion qui en découlent font craindre qu’Oléron finisse sous
l’eau d’ici la fin du siècle. Patrick Monnereau, premier adjoint au
maire de la Brée-les-Bains, au nord-est de l’île, veut se battre pour protéger
les habitants. L’élu dénonce un manque de volonté politique.
Quel est l’état
des lieux sur l’île d’Oléron ?
Sur la côte
sud/sud-ouest, les autorités ont effectué du réensablement et de l’enrochement,
mais à part sur la commune de Dolus, il y a peu d’habitations. Sur la côte
nord/nord-est, nous disposons d’anses, de criques qui sont encore défendables par
de l’enrochement sur une couche de géotextile, ou par des gabions, même si,
l’eau creusant en-dessous, ils sont voués à tomber.
Depuis 2020,
rien n’a été fait, hormis emmener des tonnes de sable par camion de la côte
est, c’est-à-dire du port du Douhet, vers la côte ouest. Mais il suffit de
quelques marées un peu fortes et le sable repart dans l’océan très rapidement.
J’ai rencontré des ingénieurs en Vendée. Ils m’ont dit : on a 20 à
25 ans de retard sur les plus pessimistes orientations en matière d’érosion.
Et au niveau de
la Brée-les-Bains ?
Ce qu’on
redoute, c’est un énorme risque de submersion, que la Communauté de communes
(CDC) ne veut pas admettre malgré les expertises de plusieurs ingénieurs. La
population, à la fois inquiète et en colère, est clairement en danger. Des associations se sont constituées et les réunions
publiques se multiplient. Une vingtaine de maisons sont en première ligne et
derrière, c’est tout le village qui est menacé.
Une digue avait
été créée mais elle n’a pas été entretenue. Le mur de soutènement s’est écroulé
en mars 2024, alors qu’il y avait des travaux légers à faire au départ. Comme
ils n’ont pas été faits, on s’est retrouvé avec un trou béant de 20m dans le
mur, ça a coûté 98 000 €, alors que si on avait agi à l’époque, on
s’en serait sortis avec 5 000 € de rochers en granit pour le
protéger. On paye les conséquences de la non-action de l’État. Avec les marées
d’équinoxe, l’eau peut entrer à tout moment.
En tant qu’élu
local, vous estimez-vous abandonné par l’État ?
Nous avons
invité en juillet Fabrice Barrusseau (député socialiste de Charente-Maritime,
3e circonscription) sur place pour constater les dégâts. Il était stupéfait par
la situation. En juin, il avait produit un rapport sur
l’érosion, dans lequel il expliquait que la compétence de la
protection du littoral et des populations revient à l’État.
En l’espèce, ni
l’État, ni la CDC oléronaise ne veulent entendre parler du péril à la
Brée-les-Bains, contrairement à ce qu’on peut voir localement à Noirmoutier ou
Ré. Il y a un déni complet. C’est toujours le même problème français. On
prévient qu’il y a un danger et tant qu’il n’y a pas de morts, on ne fait rien.
Faut-il un plan
érosion/submersion pour l’ensemble de l’île ?
Oui et ça ne
peut venir que de l’État. À l’époque, des mesures avaient été votées dans le
budget à l’Assemblée nationale, mais le 49.3 est venu balayer tout ça.
S’agissant de la CDC, alors que nous avons alerté dès 2020, il a fallu attendre
4 ans pour qu’ils daignent se déplacer à la Brée-les-Bains. Je suis
très en colère contre ce mépris à l’égard des habitants.
Par la suite,
une Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) a été
créée : elle calcule le nombre d’habitants menacés sur
l’ensemble de l’île, puis chaque commune devra verser dans un pot commun. La
commission se réunira ensuite pour décider de protéger tel ou tel endroit.
Cela veut dire
que notre village pourrait participer aux financements pendant 3 ou 4 ans
et ne pas bénéficier de travaux, alors qu’il y a urgence. Cette CLECT ne sert à
rien car aucune collectivité n’a les moyens de financer des travaux à grande
échelle.
Que
répondez-vous à ceux qui expliquent que la nature reprendra le dessus et que
l’île finira submergée ?
Je réponds que
dans ce cas-là, je ne vois pas à quoi ça sert de créer aujourd’hui des pistes
cyclables, de financer de nouveaux logements sur l’île, ou des écoles… Il
faudrait tout laisser tomber et attendre qu’il y ait des morts ? Nous
devons au contraire nous battre. Il est encore possible de défendre le trait de
côte.
On a déjà perdu
presque 6 ans. Pour l’instant, ce sont les habitants qui prennent en
charge le problème. Ils dépensent des dizaines de milliers d’euros pour
protéger leur maison, sans même être sûrs d’avoir les autorisations administratives.
D’autant que les coûts augmentent d’année en années.
Constatez-vous
l’effet aggravant du changement climatique sur ce phénomène d’érosion ?
Bien sûr, on ne
peut pas le nier. Il existe. Je pense qu’on doit réfléchir dans un temps long.
Nous, les humains, sommes une poussière d’étoile face à tout ça. Après, ça
n’est pas pour ça qu’il faut baisser les bras. Si on veut défendre l’île
d’Oléron, c’est pour nos enfants, nos petits-enfants.

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