dimanche 17 août 2025

Érosion à Oléron : « On redoute un énorme risque de submersion »

 


L’île au large des côtes de la Charente-Maritime est menacée de manière imminente par la montée des eaux. Patrick Monnereau, premier adjoint à la commune de la Brée-les-Bains, dénonce l’incurie de l’État et appelle à mobiliser d’importants moyens pour protéger les habitants.

L’ombre qui plane sur l’île de Lumière porte un nom : l’érosion. Le grignotage continuel du littoral et les risques de submersion qui en découlent font craindre qu’Oléron finisse sous l’eau d’ici la fin du siècle. Patrick Monnereau, premier adjoint au maire de la Brée-les-Bains, au nord-est de l’île, veut se battre pour protéger les habitants. L’élu dénonce un manque de volonté politique.

Quel est l’état des lieux sur l’île d’Oléron ?

Sur la côte sud/sud-ouest, les autorités ont effectué du réensablement et de l’enrochement, mais à part sur la commune de Dolus, il y a peu d’habitations. Sur la côte nord/nord-est, nous disposons d’anses, de criques qui sont encore défendables par de l’enrochement sur une couche de géotextile, ou par des gabions, même si, l’eau creusant en-dessous, ils sont voués à tomber.

Depuis 2020, rien n’a été fait, hormis emmener des tonnes de sable par camion de la côte est, c’est-à-dire du port du Douhet, vers la côte ouest. Mais il suffit de quelques marées un peu fortes et le sable repart dans l’océan très rapidement. J’ai rencontré des ingénieurs en Vendée. Ils m’ont dit : on a 20 à 25 ans de retard sur les plus pessimistes orientations en matière d’érosion.

Et au niveau de la Brée-les-Bains ?

Ce qu’on redoute, c’est un énorme risque de submersion, que la Communauté de communes (CDC) ne veut pas admettre malgré les expertises de plusieurs ingénieurs. La population, à la fois inquiète et en colère, est clairement en danger. Des associations se sont constituées et les réunions publiques se multiplient. Une vingtaine de maisons sont en première ligne et derrière, c’est tout le village qui est menacé.

Une digue avait été créée mais elle n’a pas été entretenue. Le mur de soutènement s’est écroulé en mars 2024, alors qu’il y avait des travaux légers à faire au départ. Comme ils n’ont pas été faits, on s’est retrouvé avec un trou béant de 20m dans le mur, ça a coûté 98 000 €, alors que si on avait agi à l’époque, on s’en serait sortis avec 5 000 € de rochers en granit pour le protéger. On paye les conséquences de la non-action de l’État. Avec les marées d’équinoxe, l’eau peut entrer à tout moment.

En tant qu’élu local, vous estimez-vous abandonné par l’État ?

Nous avons invité en juillet Fabrice Barrusseau (député socialiste de Charente-Maritime, 3e circonscription) sur place pour constater les dégâts. Il était stupéfait par la situation. En juin, il avait produit un rapport sur l’érosion, dans lequel il expliquait que la compétence de la protection du littoral et des populations revient à l’État.

En l’espèce, ni l’État, ni la CDC oléronaise ne veulent entendre parler du péril à la Brée-les-Bains, contrairement à ce qu’on peut voir localement à Noirmoutier ou Ré. Il y a un déni complet. C’est toujours le même problème français. On prévient qu’il y a un danger et tant qu’il n’y a pas de morts, on ne fait rien.

Faut-il un plan érosion/submersion pour l’ensemble de l’île ?

Oui et ça ne peut venir que de l’État. À l’époque, des mesures avaient été votées dans le budget à l’Assemblée nationale, mais le 49.3 est venu balayer tout ça. S’agissant de la CDC, alors que nous avons alerté dès 2020, il a fallu attendre 4 ans pour qu’ils daignent se déplacer à la Brée-les-Bains. Je suis très en colère contre ce mépris à l’égard des habitants.

Par la suite, une Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) a été créée : elle calcule le nombre d’habitants menacés sur l’ensemble de l’île, puis chaque commune devra verser dans un pot commun. La commission se réunira ensuite pour décider de protéger tel ou tel endroit.

Cela veut dire que notre village pourrait participer aux financements pendant 3 ou 4 ans et ne pas bénéficier de travaux, alors qu’il y a urgence. Cette CLECT ne sert à rien car aucune collectivité n’a les moyens de financer des travaux à grande échelle.

Que répondez-vous à ceux qui expliquent que la nature reprendra le dessus et que l’île finira submergée ?

Je réponds que dans ce cas-là, je ne vois pas à quoi ça sert de créer aujourd’hui des pistes cyclables, de financer de nouveaux logements sur l’île, ou des écoles… Il faudrait tout laisser tomber et attendre qu’il y ait des morts ? Nous devons au contraire nous battre. Il est encore possible de défendre le trait de côte.

On a déjà perdu presque 6 ans. Pour l’instant, ce sont les habitants qui prennent en charge le problème. Ils dépensent des dizaines de milliers d’euros pour protéger leur maison, sans même être sûrs d’avoir les autorisations administratives. D’autant que les coûts augmentent d’année en années.

Constatez-vous l’effet aggravant du changement climatique sur ce phénomène d’érosion ?

Bien sûr, on ne peut pas le nier. Il existe. Je pense qu’on doit réfléchir dans un temps long. Nous, les humains, sommes une poussière d’étoile face à tout ça. Après, ça n’est pas pour ça qu’il faut baisser les bras. Si on veut défendre l’île d’Oléron, c’est pour nos enfants, nos petits-enfants.

 

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