Notre confrère
Anas Al Sharif travaillait pour la chaîne Al-Jazeera. Il a été ciblé par
l’armée israélienne. Cinq autres collègues ont été tués. Le Haut-Commissariat
des Nations unies aux droits de l’homme a condamné ce qu’il qualifie de « meurtre ».
Benyamin Netanyahou devisait tranquillement,
ce dimanche après- midi, à Jérusalem, devant un parterre de journalistes
internationaux, leur faisant gober minute après minute chacun de ses
mensonges sans qu’aucun d’eux ne dénonce cette mascarade. Une seule
de nos consœurs a demandé pourquoi les reporters étrangers ne pouvaient entrer
à Gaza. « Pour votre propre sécurité », a rétorqué le
premier ministre israélien, en réprimant un sourire avec difficulté. Toutes et
tous auraient alors dû se lever et partir. Tout le monde est resté.
À ce moment-là,
c’est clair, Benyamin Netanyahou savait qu’ordre avait été donné d’abattre des
journalistes palestiniens. Dans la nuit du 10 au 11 août, l’armée
israélienne a ciblé un correspondant de la chaîne qatarie Al-Jazeera, Anas Al
Sharif, le tuant, ainsi que son confrère Mohamed Qureiqa. Au moins six autres
personnes ont trouvé la mort, toutes réfugiées à l’extérieur de l’hôpital
al-Shifa. « Anas et ses collègues étaient parmi les dernières voix encore présentes à Gaza, offrant au monde une couverture sans filtre,
sur le terrain, des réalités dévastatrices endurées par sa population », a déclaré
Al-Jazeera dans un communiqué. Al-Jazeera est bloquée en Israël et des soldats
ont perquisitionné ses bureaux en Cisjordanie occupée l’année dernière,
ordonnant leur fermeture.
Dans un message
publié sur les réseaux sociaux, qui, selon Al-Jazeera, avait été rédigé pour
être publié en cas de décès, Anas Al Sharif déplorait les ravages et les
destructions causés par la guerre et faisait ses adieux à sa femme, son fils et
sa fille. « Je n’ai jamais hésité un seul jour à dire la vérité telle qu’elle est, sans déformation ni falsification. » Il n’avait que
28 ans, mais effrayait Israël. Tel-Aviv, après l’odieuse démonstration de
Benyamin Netanyahou, a évidemment voulu « faire un exemple » et a
immédiatement revendiqué l’attaque contre Anas Al Sharif, le présentant comme
le chef d’une cellule du Hamas. Une allégation qu’Al-Jazeera et notre confrère
lui-même avaient précédemment rejetée comme infondée. C’est la première fois
depuis le début de la guerre que l’armée israélienne revendique rapidement la
responsabilité d’un journaliste tué lors d’une frappe.
Le
Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) accuse
Israël d’avoir « visé la tente » où se trouvaient les cinq employés de la chaîne
Al-Jazeera, ce qui « constitue une grave violation du droit humanitaire international ».
Anas Al Sharif
avait commencé à travailler pour Al-Jazeera quelques jours après le début de la
guerre. Il était connu pour ses reportages sur les bombardements israéliens
dans le nord de Gaza, puis sur la famine qui frappait une grande partie de la
population du territoire. Lors d’une émission en juillet, il a pleuré à
l’antenne tandis qu’une femme derrière lui s’effondrait de faim. « Je parle de la mort lente de ces gens », avait-il
expliqué à ce moment-là. La sienne a été brutale. Benyamin Netanyahou n’est
autre qu’un général Sheridan israélien, qui aurait transformé l’aphorisme
destiné aux Amérindiens en : « Un bon Palestinien est un Palestinien mort ». Selon le
OHCHR, « au moins 242 journalistes palestiniens ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023 ». Israël ne parviendra pourtant pas à faire le
black-out sur son génocide. Quand un journaliste palestinien tombe, un autre
sort de l’ombre à sa place.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire