mardi 13 mai 2025

« À Bétharram comme à Saint-Joseph de Nay, la violence comme système », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



C’est une nouvelle série de témoignages d’élèves victimes de violences que révèle aujourd’hui l’Humanité. Une fois encore, c’est un établissement privé d’enseignement catholique qui est au cœur du scandale. L’affaire Bétharram a libéré la parole et nous n’en sommes probablement qu’au commencement. Les différentes auditions dans le cadre de « l’enquête sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires » prouvent qu’il y a bien un problème systémique dans les établissements de type Bétharram ou Saint-Joseph de Nay, où se sont déroulés les faits que nous révélons. Non que les autres soient épargnés, mais on n’y trouve pas cette fréquence des comportements violents sur des enfants de la part d’adultes.

Dans ces établissements, l’obéissance absolue et immédiate a longtemps été considérée comme une vertu cardinale. L’obéissance à Dieu, au prêtre, à l’éducateur, au père, au supérieur et à tout ce qui représente l’autorité. Un modèle patriarcal et archaïque que certains à droite et à l’extrême droite continuent d’encenser aujourd’hui. Ils le présentent toujours comme la solution pour « redresser une jeunesse en manque d’autorité ».

Dans ce modèle de société, au plus bas de la pyramide, on trouve les femmes et les enfants. Dans ce monde, « qui aime bien châtie bien ». Les châtiments corporels, les humiliations et les processus de domination font partie intégrante du mode d’éducation « efficace » pour inculquer le respect inconditionnel de la hiérarchie et de l’autorité. Pour que chacun reste à sa place et se comporte en conséquence… en bas mais aussi en haut de la pyramide. La garantie d’un ordre social immuable.

Le 29 frimaire de l’an II, c’est à cela que la Convention s’attaque en adoptant la première loi scolaire. Comme l’écrit l’historien Côme Simien, elle essaie, « pour les garçons et pour les filles », de faire de l’école « une République en réduction, où la vivre déjà, sans châtiment corporel mais avec de petits codes de lois, le tutoiement, la volonté du bonheur ». C’est cet esprit, non saint mais citoyen et révolutionnaire, qu’à Bétharram, Saint-Joseph et ailleurs, on s’acharne encore à extirper à coups de sévices.

 

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