Les dix minutes
d’humiliation publique que le duo Trump-Vance a infligées à Volodymyr Zelensky
auront eu, au moins, une vertu. Celle d’officialiser – pour ceux qui en
doutaient encore – le basculement géostratégique et politique des États-Unis à
l’échelle mondiale. Donald Trump n’est pas qu’un simple bluffeur opportuniste,
qui naviguerait à vue au gré de deals « gagnant-gagnant » avec
d’autres puissances.
Derrière sa
stratégie faussement erratique de businessman bling-bling, l’oligarque
états-unien et son entourage messianique suivent un agenda précis, liant
profondément guerre économique et offensive idéologique réactionnaire, assumant
sans scrupule leurs visées illibérales, propoutiniennes et hégémoniques. La
violence du traquenard du bureau Ovale restera, à ce titre, comme un moment
historique. Celui où le mythe des États-Unis, garant de la sécurité du monde
occidental, et phare présupposé de la démocratie depuis 1945, s’est effondré.
Des droits de
douane au dossier ukrainien, l’Union européenne assiste depuis deux mois,
sidérée, à cette désintégration des relations avec l’ancien allié. La responsabilité
du Vieux Continent est désormais immense. Pressé d’assurer, seul, sa sécurité
continentale. Mais aussi la défense des principes démocratiques du droit
international et du multilatéralisme face à la loi du plus fort théorisée par
les trumpistes. Quid de l’Otan ?
Comment
reconstruire un système de sécurité collective qui ne dépende pas des aléas
électoraux outre-Atlantique ? Comment porter une voix politique et
pacifique à l’international ? Enjeux majeurs que l’Union européenne,
obnubilée depuis des décennies par le seul libre-échangisme et gangrenée en son
sein par la montée des extrêmes droites nationalistes, ne résoudra pas avec une
course sans fin à l’armement.
Chaque citoyen
devrait méditer cela. La démonstration de violence de Donald Trump et son
saccage des garde-fous démocratiques ne sont pas une simple parenthèse. Elle
n’est que la préfiguration, spectaculaire, de ce que tous les réactionnaires de
la planète, de Meloni à Orban en passant par Marine Le Pen, appellent de leurs
vœux.
Leur relative
discrétion de ces derniers jours, d’ailleurs, en dit long sur leur mansuétude à
l’égard d’un modèle qui les fascine, en dépit de la haine profonde qu’il
véhicule et des dangers pour la paix mondiale qui l’accompagnent.

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