dimanche 2 mars 2025

« Les leçons du clash Trump-Zelensky », l’éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité.



Les dix minutes d’humiliation publique que le duo Trump-Vance a infligées à Volodymyr Zelensky auront eu, au moins, une vertu. Celle d’officialiser – pour ceux qui en doutaient encore – le basculement géostratégique et politique des États-Unis à l’échelle mondiale. Donald Trump n’est pas qu’un simple bluffeur opportuniste, qui naviguerait à vue au gré de deals « gagnant-gagnant » avec d’autres puissances.

Derrière sa stratégie faussement erratique de businessman bling-bling, l’oligarque états-unien et son entourage messianique suivent un agenda précis, liant profondément guerre économique et offensive idéologique réactionnaire, assumant sans scrupule leurs visées illibérales, propoutiniennes et hégémoniques. La violence du traquenard du bureau Ovale restera, à ce titre, comme un moment historique. Celui où le mythe des États-Unis, garant de la sécurité du monde occidental, et phare présupposé de la démocratie depuis 1945, s’est effondré.

Des droits de douane au dossier ukrainien, l’Union européenne assiste depuis deux mois, sidérée, à cette désintégration des relations avec l’ancien allié. La responsabilité du Vieux Continent est désormais immense. Pressé d’assurer, seul, sa sécurité continentale. Mais aussi la défense des principes démocratiques du droit international et du multilatéralisme face à la loi du plus fort théorisée par les trumpistes. Quid de l’Otan ?

Comment reconstruire un système de sécurité collective qui ne dépende pas des aléas électoraux outre-Atlantique ? Comment porter une voix politique et pacifique à l’international ? Enjeux majeurs que l’Union européenne, obnubilée depuis des décennies par le seul libre-échangisme et gangrenée en son sein par la montée des extrêmes droites nationalistes, ne résoudra pas avec une course sans fin à l’armement.

Chaque citoyen devrait méditer cela. La démonstration de violence de Donald Trump et son saccage des garde-fous démocratiques ne sont pas une simple parenthèse. Elle n’est que la préfiguration, spectaculaire, de ce que tous les réactionnaires de la planète, de Meloni à Orban en passant par Marine Le Pen, appellent de leurs vœux.

Leur relative discrétion de ces derniers jours, d’ailleurs, en dit long sur leur mansuétude à l’égard d’un modèle qui les fascine, en dépit de la haine profonde qu’il véhicule et des dangers pour la paix mondiale qui l’accompagnent.

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