Ces images d’hommes, de femmes et d’enfants nés en captivité, extirpés des
geôles de la sinistre prison de Saidnaya, resteront comme le symbole fort
de la tyrannie des bouchers de Damas,
père et fils, et de leur
chute. Elles disent à elles seules le bonheur de goûter à la liberté, après des
décennies de peur et d’indicibles tortures. La joie n’efface ni les années de
souffrance ni les appréhensions de ce que deviendra la Syrie post-Assad.
« Toute transition politique doit
veiller à ce que les auteurs de violations graves répondent de leurs
actes », avertit, à
juste titre, l’ONU, qui enjoint à « assurer la protection de
toutes les minorités ». Le message vaut en premier lieu pour la
Turquie, qui arme et soutient l’« Armée nationale syrienne », ces
mercenaires islamistes qui sévissent dans le Nord syrien pour mater les Kurdes
dans le sang.
Recep Tayyip Erdogan a fait main basse, ces dernières semaines, sur des
mairies dirigées par les Kurdes en Anatolie. Le président turc profite de la
nouvelle donne syrienne pour tenter de briser les combattantes et combattants
kurdes qui se trouvent aux avant-postes de la résistance à la barbarie du
groupe djihadiste dit « État islamique ». Son objectif est d’en finir
avec l’expérience du Rojava, en pilonnant ses infrastructures pour provoquer une
crise humanitaire.
Ce territoire doit être protégé. Son gouvernement composé de Kurdes,
d’Arabes, d’Assyriens et d’autres minorités a développé une administration
autonome, égalitaire, paritaire, démocratique et écologique basée sur la
coexistence pacifique des communautés. C’est ce laboratoire politique que
souhaite détruire l’homme fort d’Ankara.
La France et l’Union européenne ne doivent pas rester les bras ballants. La
construction d’une nouvelle Syrie libre et démocratique ne peut exclure la
composante kurde, hier encore ostracisée par le clan Assad. Le modèle de
vivre-ensemble développé au Rojava pourrait d’ailleurs servir d’exemple dans le
processus de transition qui s’amorce. Mettre un terme aux ingérences
meurtrières des satellites de Recep Tayyip Erdogan est une urgence.

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