lundi 9 décembre 2024

« Rojava », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Ces images d’hommes, de femmes et d’enfants nés en captivité, extirpés des geôles de la sinistre prison de Saidnaya, resteront comme le symbole fort de la tyrannie des bouchers de Damas, père et fils, et de leur chute. Elles disent à elles seules le bonheur de goûter à la liberté, après des décennies de peur et d’indicibles tortures. La joie n’efface ni les années de souffrance ni les appréhensions de ce que deviendra la Syrie post-Assad.

« Toute transition politique doit veiller à ce que les auteurs de violations graves répondent de leurs actes », avertit, à juste titre, l’ONU, qui enjoint à « assurer la protection de toutes les minorités ». Le message vaut en premier lieu pour la Turquie, qui arme et soutient l’« Armée nationale syrienne », ces mercenaires islamistes qui sévissent dans le Nord syrien pour mater les Kurdes dans le sang.

Recep Tayyip Erdogan a fait main basse, ces dernières semaines, sur des mairies dirigées par les Kurdes en Anatolie. Le président turc profite de la nouvelle donne syrienne pour tenter de briser les combattantes et combattants kurdes qui se trouvent aux avant-postes de la résistance à la barbarie du groupe djihadiste dit « État islamique ». Son objectif est d’en finir avec l’expérience du Rojava, en pilonnant ses infrastructures pour provoquer une crise humanitaire.

Ce territoire doit être protégé. Son gouvernement composé de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens et d’autres minorités a développé une administration autonome, égalitaire, paritaire, démocratique et écologique basée sur la coexistence pacifique des communautés. C’est ce laboratoire politique que souhaite détruire l’homme fort d’Ankara.

La France et l’Union européenne ne doivent pas rester les bras ballants. La construction d’une nouvelle Syrie libre et démocratique ne peut exclure la composante kurde, hier encore ostracisée par le clan Assad. Le modèle de vivre-ensemble développé au Rojava pourrait d’ailleurs servir d’exemple dans le processus de transition qui s’amorce. Mettre un terme aux ingérences meurtrières des satellites de Recep Tayyip Erdogan est une urgence.

 

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