Il aura
fallu un drame abject et des dizaines de milliers
de manifestants partout en France pour que le gouvernement regarde enfin ses défaillances en
face. La mort tragique de Lyhanna n’est pas un fait divers. Elle
est le reflet d’une société malade, gangrenée par le patriarcat,
pourrie par la culture du viol, l’impunité des agresseurs, la faiblesse
coupable des politiques publiques en matière de protection des femmes et des
enfants.
Dans cette
affaire comme dans tant d’autres, la police et la justice ont failli. Le
reconnaître sous la pression et l’émotion ne suffira jamais. Oui, monsieur Darmanin,
il y a eu des « dysfonctionnements accablants ». Mais oui,
monsieur Darmanin, votre responsabilité est absolument engagée.
En choisissant
la réaction face à un crime odieux plutôt que l’action sur le long
terme pour éviter qu’il ne se produise, le gouvernement a une nouvelle fois
manqué à son devoir de protection. Depuis des années, les associations,
syndicats et collectifs citoyens qui se battent quotidiennement et accompagnent
les victimes exigent à juste titre que les grands discours ne restent pas
lettre morte. Une proposition existe, une loi intégrale, transpartisane.
Portée
par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, elle détaille en 140
mesures une véritable politique publique, de la prévention à la réparation, en
mobilisant toute la chaîne éducative,
policière et judiciaire. Que n’a-t-elle pas déjà été inscrite à
l’agenda du Parlement ?
Il y
a urgence à protéger les plus fragiles des violences
masculines. Un enfant, en France, est victime toutes les trois
minutes ; 70 000 plaintes concernant des mineurs sont
actuellement entre les mains de la justice ; chaque année, 160 000
enfants et plus de 100 000 femmes sont victimes de violences
sexuelles ; la France compte deux fois moins de juges et quatre fois moins
de procureurs que la moyenne européenne ; 94 % des plaintes déposées
finissent classées sans suite ; 1 % des violeurs sont
condamnés. Les chiffres ne mentent pas. Ceux qui prétendent agir sans
jamais s’en donner les moyens,

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