Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort. En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?
La France a reconnu l’État palestinien
devant l’ONU, un geste diplomatique fort. Mais que vaut une
reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de
ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un
génocide en cours.
Pendant des
mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire. Des
mois de siège et de privations. Une famine documentée par l’ONU. En avril 2026,
96 % des terres agricoles sont détruites ou devenues incultivables.
Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation
grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu,
souverain. Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023
et décembre 2025.
La commission
d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires
commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême
et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates. Ici, ils se
heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant
clair : les populations doivent être protégées.
Mais que vaut
un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert l’ONU ?
À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais
contraindre ? Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de
force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la
volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les
plaçant au-dessus des autres peuples.
Netanyahou ne
subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et
européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à
des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit
international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice
au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route
vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet –
ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et
retenus illégalement. Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment
pour les pays du Sud global.
La Palestine
n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se
multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante.
Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit
malheureusement aussi. Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la
justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de
crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe
donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les
chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule
à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.
Reste une
question, essentielle : voulons-nous encore d’un monde régi par le droit
ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ? Le droit
international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections,
restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre
les peuples. Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité,
par exemple en abolissant le veto. Les nations doivent être libres et
souveraines pour construire un monde de coopération.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire