mardi 28 avril 2026

« La France dans une impasse carcérale », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Promiscuité, violence, insalubrité : le comité européen pour la prévention de la torture évoque dans un récent rapport, à propos des prisons françaises, un « entrepôt humain » où la dignité est mise en pièces, où tous les droits sont suspendus. Les surveillants à bout de souffle, en sous-effectif, qui ont bloqué lundi les entrées de centres pénitentiaires, ne posent pas d’autre diagnostic. Les derniers chiffres de la chancellerie sont effarants : 87 126 détenus pour moins de 63 500 places, soit un taux d’occupation de 137,5 %, qui grimpe même à 168 % dans les maisons d’arrêt, où sont enfermées les personnes purgeant de courtes peines ou les prévenus en détention provisoire – donc présumés innocents. En Europe, seules la Slovénie et Chypre font pire.

Des milliers de détenus dorment sur des matelas à même le sol, parfois dévorés par les punaises, dans des cellules prévues pour une personne, envahies de cafards. On ne punit plus : on stocke des corps. Ce n’est plus un dysfonctionnement, c’est un régime. Cette crise humanitaire ne tient pas à une simple lacune immobilière que résoudraient par miracle les « prisons modulaires » de Gérald Darmanin. Tant que l’incarcération restera l’horizon indépassable d’une justice pénale placée sous la pression des surenchères sécuritaires, elle malmènera ceux qu’elle enferme comme ceux qu’elle emploie.

Non, l’incarcération de masse ne protège en rien la société. C’est même, comme chacun sait, la pire école du crime. Près des deux tiers des personnes sorties de prison récidivent dans les cinq ans qui suivent. Plus d’un tiers dès la première année. Chez les plus jeunes, elle fixe durablement des parcours de relégation. La prison n’est pas une nécessité, c’est un choix politique. Elle est l’aveu d’échec d’une société qui a renoncé à prévenir, à réparer, à affronter les causes sociales des violences qu’elle réprime : inégalités, exclusion, racisme systémique, abandon scolaire.

C’est la mise sous le boisseau de ce qu’on ne veut plus voir. Un vestige des temps de barbarie. Il est temps de sortir de l’impasse carcérale pour penser des alternatives à la prison. Des pistes existent du côté de la réparation des préjudices, du soin, de l’éducation, du travail d’intérêt général, de la justice restaurative. Il n’y a pas de prison à visage humain. L’avenir, c’est son abolition.

 

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« La France dans une impasse carcérale », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

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