Promiscuité,
violence, insalubrité : le comité européen pour la prévention de la
torture évoque dans un récent rapport, à propos des prisons françaises, un « entrepôt humain » où la
dignité est mise en pièces, où tous les droits sont suspendus. Les surveillants
à bout de souffle, en sous-effectif, qui ont bloqué lundi les
entrées de centres pénitentiaires, ne posent pas d’autre diagnostic. Les derniers chiffres de la chancellerie
sont effarants : 87 126 détenus pour moins de 63 500 places,
soit un taux d’occupation de 137,5 %, qui grimpe même à 168 % dans
les maisons d’arrêt, où sont enfermées les personnes purgeant de courtes peines
ou les prévenus en détention provisoire – donc présumés innocents. En Europe,
seules la Slovénie et Chypre font pire.
Des milliers de
détenus dorment sur des matelas à
même le sol, parfois
dévorés par les punaises, dans des cellules prévues pour une personne, envahies
de cafards. On ne punit plus : on stocke des corps. Ce n’est plus un
dysfonctionnement, c’est un régime. Cette crise humanitaire ne tient pas à une
simple lacune immobilière que résoudraient par miracle les « prisons
modulaires » de Gérald Darmanin. Tant que l’incarcération restera
l’horizon indépassable d’une justice pénale placée sous la pression des
surenchères sécuritaires, elle malmènera ceux qu’elle enferme comme ceux
qu’elle emploie.
Non,
l’incarcération de masse ne protège en rien la société. C’est même, comme
chacun sait, la pire école du crime. Près des deux tiers des personnes sorties
de prison récidivent dans les cinq ans qui suivent. Plus d’un tiers dès la
première année. Chez les plus jeunes, elle fixe durablement des parcours de
relégation. La prison n’est pas une nécessité, c’est un choix politique. Elle
est l’aveu d’échec d’une société qui a renoncé à prévenir, à réparer, à
affronter les causes sociales des violences qu’elle réprime : inégalités,
exclusion, racisme systémique, abandon scolaire.
C’est la mise
sous le boisseau de ce qu’on ne veut plus voir. Un vestige des temps de
barbarie. Il est temps de sortir de l’impasse carcérale pour penser des
alternatives à la prison. Des pistes existent du côté de la réparation des
préjudices, du soin, de l’éducation, du travail d’intérêt général, de la
justice restaurative. Il n’y a pas de prison à visage humain. L’avenir, c’est
son abolition.

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