samedi 11 avril 2026

« Face à l’extrême droite et son racisme, exigeons une évolution des missions de l’Arcom », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Le racisme éhonté déversé par CNews contre le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ne restera pas sans suite judiciaire. Après le dépôt de plainte de l’élu LFI, le parquet de Paris a ouvert, la semaine dernière, une enquête pour injures à caractère raciste. Nous verrons la suite que les magistrats donneront à cette affaire.

Mais il est déjà intéressant de s’attarder sur la réplique de la direction de la chaîne et de son animateur Pascal Praud, tant elle est exemplaire de la mécanique de communication des médias d’extrême droite, passés maîtres dans l’art de l’analogie et du sous-entendu.

Chacun s’en souvient, le 22 mars au soir, les commentaires vont bon train sur le plateau autour du nouvel élu dionysien. Chargé de répondre à la question « Bally Bagayoko essaie-t-il de pousser les limites ? », un certain Jean Doridot, psychologue spécialisé dans le traitement de l’arrêt du tabac par hypnose, se grime en éthologue.

Sans autre forme de légitimité, le voilà qui disserte, avec l’image du maire noir en toile de fond, sur le fait que nous, « Homo sapiens, nous sommes de la famille des grands singes » et que, « par conséquent, comme dans toute tribu, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ».

Devant le tollé sur les réseaux sociaux, Jean Doridot revient à l’antenne quelques minutes plus tard pour jurer ses grands dieux qu’il parlait des humains de manière « universelle ». CNews pond un communiqué où elle dément « formellement que quelques propos racistes aient été tenus ». Et toute la fachosphère hurle à la manipulation…

Effectivement, Jean Doridot ne compare pas explicitement Bally Bagayoko à un singe. Mais son racisme implicite est tout aussi violent. Qu’elle soit consciente ou pas, l’analogie spontanée, qu’il n’aurait jamais faite pour l’élection d’un Louis Aliot ou d’une Marine Le Pen bien blanche, renvoie à la bestialité des primates, à la brutalité de la préhistoire, à un monde primitif auquel le maire de Saint-Denis est associé de facto.

Le but est simple : affecter l’imaginaire commun, tout en flirtant avec les limites de la loi, et convoquer sans le dire, chez le téléspectateur, tous les stéréotypes raciaux et déshumanisants à propos des personnes noires. Le même procédé fut employé, le lendemain, par le philosophe Michel Onfray, prêtant, cette fois, à Bally Bagayoko une attitude de « mâle dominant » dans une « tribu primitive ».

La séquence n’a rien d’anecdotique. Elle témoigne d’une évolution inquiétante. À l’insulte raciste frontale, que l’on peut entendre dans les manifestations d’extrême droite, ou que les agents d’accueil de la mairie de Saint-Denis ont subie durant des jours, s’ajoute désormais cette rhétorique insidieuse que les médias d’extrême droite distillent à longueur de journée. Un vocabulaire fait de mots détournés et d’allusions. Qui prépare le terrain et les esprits à une haine décomplexée, peu à peu banalisée, ouvrant la voie au RN et à sa vision xénophobe de la société.

Cette atmosphère étouffante de racisme ne doit pas être vue comme une fatalité. Mais elle doit être combattue avec bien plus de fermeté. La dizaine de milliers de personnes qui se sont rassemblées samedi dernier à Saint-Denis, en soutien à son maire, a valeur d’exemple. Mais cela ne peut suffire seul.

Il faut exiger une évolution des missions de l’Arcom, bras désarmé de la régulation des chaînes, dont les quelques sanctions prises ces dernières années contre CNews n’ont eu aucun impact. Mais surtout que, face à une droite démissionnaire et une extrême droite confortée, la gauche place enfin la lutte antiraciste au cœur de l’année présidentielle qui s’annonce.

 

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