Le racisme éhonté déversé par CNews contre le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ne restera pas sans suite judiciaire. Après le dépôt de plainte de l’élu LFI, le parquet de Paris a ouvert, la semaine dernière, une enquête pour injures à caractère raciste. Nous verrons la suite que les magistrats donneront à cette affaire.
Mais il est
déjà intéressant de s’attarder sur la réplique de la direction de la chaîne et
de son animateur Pascal Praud, tant elle est exemplaire de la mécanique de
communication des médias d’extrême droite, passés maîtres dans l’art de
l’analogie et du sous-entendu.
Chacun s’en
souvient, le 22 mars au soir, les commentaires vont bon train sur le
plateau autour du nouvel élu dionysien. Chargé de répondre à la question « Bally
Bagayoko essaie-t-il de pousser les limites ? », un certain Jean
Doridot, psychologue spécialisé dans le traitement de l’arrêt du tabac par
hypnose, se grime en éthologue.
Sans autre
forme de légitimité, le voilà qui disserte, avec l’image du maire noir en toile
de fond, sur le fait que nous, « Homo sapiens, nous sommes de la famille des grands singes »
et que, « par conséquent, comme dans toute tribu, il y a un chef
qui a pour mission d’installer son autorité ».
Devant le tollé
sur les réseaux sociaux, Jean Doridot revient à l’antenne quelques minutes plus
tard pour jurer ses grands dieux qu’il parlait des humains de manière
« universelle ». CNews pond un communiqué où elle dément « formellement
que quelques propos racistes aient été tenus ». Et toute la
fachosphère hurle à la manipulation…
Effectivement,
Jean Doridot ne compare pas explicitement Bally Bagayoko à un singe. Mais son
racisme implicite est tout aussi violent. Qu’elle soit consciente ou pas,
l’analogie spontanée, qu’il n’aurait jamais faite pour l’élection d’un Louis
Aliot ou d’une Marine Le Pen bien blanche, renvoie à la bestialité des
primates, à la brutalité de la préhistoire, à un monde primitif auquel le maire
de Saint-Denis est associé de facto.
Le but est
simple : affecter l’imaginaire commun, tout en flirtant avec les limites
de la loi, et convoquer sans le dire, chez le téléspectateur, tous les
stéréotypes raciaux et déshumanisants à propos des personnes noires. Le même
procédé fut employé, le lendemain, par le philosophe Michel Onfray,
prêtant, cette fois, à Bally Bagayoko une attitude de « mâle
dominant » dans une « tribu primitive ».
La séquence n’a
rien d’anecdotique. Elle témoigne d’une évolution inquiétante. À l’insulte
raciste frontale, que l’on peut entendre dans les manifestations d’extrême
droite, ou que les agents d’accueil de la mairie de Saint-Denis ont subie
durant des jours, s’ajoute désormais cette rhétorique insidieuse que les médias
d’extrême droite distillent à longueur de journée. Un vocabulaire fait de mots
détournés et d’allusions. Qui prépare le terrain et les esprits à une haine
décomplexée, peu à peu banalisée, ouvrant la voie au RN et à sa vision
xénophobe de la société.
Cette
atmosphère étouffante de racisme ne doit pas être vue comme une fatalité. Mais
elle doit être combattue avec bien plus de fermeté. La dizaine de milliers de
personnes qui se sont rassemblées samedi dernier à Saint-Denis, en soutien à
son maire, a valeur d’exemple. Mais cela ne peut suffire seul.
Il faut exiger
une évolution des missions de l’Arcom,
bras désarmé de la régulation des chaînes, dont les quelques sanctions prises
ces dernières années contre CNews n’ont eu aucun impact. Mais surtout que, face
à une droite démissionnaire et une extrême droite confortée, la gauche place
enfin la lutte antiraciste au cœur de l’année présidentielle qui s’annonce.
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