mardi 31 mars 2026

« Pas de débat démocratique sans débat scientifique », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Pour la seconde année, le mouvement Stand Up for Science a fait son printemps. Initié aux États-Unis et repris dans de nombreux pays, dont la France, il est le symptôme d’une inquiétude profonde : celle de voir la parole scientifique reléguée, contestée, instrumentalisée – parfois même disqualifiée – dans l’espace public. Car nous vivons un moment paradoxal. Jamais la science n’a été aussi présente dans nos vies – des crises sanitaires aux enjeux climatiques, des innovations technologiques aux politiques publiques – et, pourtant, jamais elle n’a autant été attaquée, fragilisée dans sa légitimité sociale.

Comparé à d’autres mouvements de chercheurs et d’universitaires, Stand Up for Science n’est pas seulement une demande de moyens, même si celle-ci est réelle et vitale. C’est un cri d’alerte adressé à la société. Une alerte sur la manière dont nos élites politiques, médiatiques et économiques traitent le savoir et la complexité. La science n’est pas une vérité figée.

Elle est un processus, une méthode, une élaboration faite d’hypothèses, de contradictions, de mises et remises en question. Et c’est précisément cela qui est attaqué par Trump et ses semblables. Ce qui est visé, c’est la possibilité, pour la science, de décrire le réel – présent ou passé – de manière indépendante.

Ce que défendent celles et ceux qui se lèvent pour la science, c’est cette possibilité-là : Celle d’une science qui ne soit pas entièrement subordonnée à la justification politique ou à l’intérêt économique. La possibilité d’un savoir qui conserve son autonomie de production et sa capacité à contester les idées reçues et les discours tout faits. Le mouvement Stand Up for Science pose une question essentielle : quelle place voulons-nous accorder au savoir et à la complexité dans nos sociétés ?

En fait, il ne s’agit pas simplement de « défendre la science ». Comme le dit dans nos colonnes Olivier Berné, astrophysicien et coanimateur du collectif Stand Up for Science France, il s’agit de « défendre notre capacité collective à décrire le réel et à débattre à partir de faits ». Donc de défendre les conditions indispensables à un débat public éclairé et contradictoire et, de ce fait, la démocratie.

 

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