Les séquences
de la télé de Bolloré où l’élection de Bally
Bagayoko comme maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a été comparée aux mœurs des tribus de singes ne
doivent pas rester impunies. Les intervenants de CNews testent les limites de
l’État de droit, mesurant ses failles à chaque provocation, repoussant toujours
plus loin les frontières de l’intolérable.
Ces atteintes à
notre humanité commune fonctionnent comme le nouveau territoire du dicible, une
victoire supplémentaire qui sert ensuite d’étalon à l’extrême droite pour
s’engouffrer dans la brèche. Derrière, Pascal Praud développe la théorie
fumeuse et nauséabonde du « grand remplacement », en fantasmant une « victoire
ethnique ou religieuse » à Saint-Denis.
La menace du RN
n’est pas celle du grand soir électoral qui ferait d’un seul coup céder les
digues. C’est l’histoire d’une acculturation progressive à ses idées, presque
inconsciente, par touches, qui rend permissible ce qui était autrefois
inacceptable. À Montargis (Loiret), des soutiens du RN vomissaient
quotidiennement leur venin raciste sur
Divine, leur voisine noire. Aujourd’hui,
des « experts » reprennent leur rhétorique en direct.
Et cela
fonctionne. Il y a douze ans, l’épouvantable jeu de mots d’un torchon
confidentiel comme Minute comparant Christiane Taubira à un singe
entraînait un tollé et une condamnation pénale de son directeur. La question de
l’interdiction du titre était posée. Dorénavant, on cherche en vain
l’indignation en rapport avec les horreurs proférées sur une chaîne d’info
nationale. Que fait l’Arcom ?
L’animalisation
est un vieux ressort du racisme biologique le plus crasse, qui sert à maintenir
les privilèges en place. En 1960, Patrice Lumumba avait décrit en une formule
choc l’accession des Congolais à la dignité par l’indépendance : « Nous
ne sommes plus vos macaques ! »
En France, la
déshumanisation d’une partie du peuple est à la base d’un projet de fracture de
notre pays, fondé sur un racisme qui masque une prolétariophobie plus large,
terreau de « l’union des droites ». Au fond, on reproche aux
Dionysiens de voter pour faire société autrement. Le racisme est l’instrument
pour tenir cette perspective à distance.

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