jeudi 12 février 2026

« Grandes entreprises : culpabiliser les employés oui, les augmenter, jamais », l’éditorial de Cédric Clérin.



C’est vieux comme le capitalisme. Quand il s’agit de donner des ordres, de faire la leçon sur les bienfaits de l’entreprise ou de culpabiliser les salariés, comptez sur les patrons. Mais, quand il faut passer à la caisse, le patronat est aux abonnés absents. Les négociations annuelles obligatoires de cette année ne dérogent pas à la règle.

En même temps, me direz‑vous, c’est le signe d’un travail bien fait : celui d’un patron n’est‑il pas d’extorquer la plus‑value la plus importante possible à ses salariés ? Sur cette échelle, nous avons en France un patronat très performant.

Depuis 2009 et la crise financière, les richesses produites ont augmenté de près de 20 % dans notre pays. Le montant indiqué sur la fiche de paie des salariés, lui, n’a augmenté que de 4 %. Cinq fois moins. C’est la magie du capital. Où est passée la différence ? Regardez par exemple du côté des résultats du CAC 40 : 107,5 milliards d’euros ont été reversés aux actionnaires en 2025.

Ce n’est sans doute pas parce que les bénéfices des entreprises ont explosé. Eh bien non : avec 12 % de résultats en moins, les dividendes n’ont pourtant pas baissé d’un centime. Les augmentations de salaire sont indexées sur les résultats, pas les dividendes.

Les patrons travaillent bien et ils ont des amis fidèles. Ainsi, chaque année, 211 milliards d’euros sont déversés sur les entreprises. Certaines peuvent donc encaisser un chèque de l’État, verser l’équivalent de 80 % de leurs bénéfices aux actionnaires et proposer une augmentation mirifique de 1,7 % à leurs salariés. Le monde n’est‑il pas bien fait ? Rien d’étonnant à ce que 70 % des salariés jugent que leur salaire ne leur suffit pas pour vivre.

Il faudrait donc augmenter la part qui revient aux salariés dans la valeur produite. Or, l’augmentation des salaires ces dernières années n’a même pas rattrapé l’inflation de 2021 et 2022. Si on résume : le pays s’enrichit, les actionnaires s’enrichissent, et les salariés sont les dindons de la farce. Qui a dit que les travailleurs manquaient de raisons de se syndiquer ?

 

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