C’est vieux
comme le capitalisme. Quand il s’agit de donner des ordres, de faire la leçon
sur les bienfaits de l’entreprise ou de culpabiliser les salariés, comptez sur
les patrons. Mais, quand il faut passer à la caisse, le patronat est aux
abonnés absents. Les négociations annuelles obligatoires de cette année ne
dérogent pas à la règle.
En même temps,
me direz‑vous, c’est le signe d’un travail bien fait : celui d’un patron
n’est‑il pas d’extorquer la plus‑value la plus importante possible à ses
salariés ? Sur cette échelle, nous avons en France un patronat très
performant.
Depuis 2009 et
la crise financière, les richesses produites ont augmenté de près de 20 %
dans notre pays. Le montant indiqué sur la fiche de paie des salariés, lui, n’a
augmenté que de 4 %. Cinq fois moins. C’est la magie du capital. Où est passée la différence ? Regardez par
exemple du côté des résultats du
CAC 40 :
107,5 milliards d’euros ont été reversés aux actionnaires en 2025.
Ce n’est sans
doute pas parce que les bénéfices des entreprises ont explosé. Eh bien
non : avec 12 % de résultats en moins, les dividendes n’ont pourtant
pas baissé d’un centime. Les augmentations de salaire sont indexées sur les
résultats, pas les dividendes.
Les patrons
travaillent bien et ils ont des amis fidèles. Ainsi, chaque année, 211 milliards
d’euros sont déversés sur les entreprises. Certaines peuvent donc encaisser un chèque de l’État, verser l’équivalent
de 80 % de leurs bénéfices aux actionnaires et proposer une augmentation
mirifique de 1,7 % à leurs salariés. Le monde n’est‑il pas bien
fait ? Rien d’étonnant à ce que 70 % des salariés jugent que leur
salaire ne leur suffit pas pour vivre.
Il faudrait
donc augmenter la part qui revient aux salariés dans la valeur produite. Or,
l’augmentation des salaires ces dernières années n’a même pas rattrapé
l’inflation de 2021 et 2022. Si on résume : le pays s’enrichit, les
actionnaires s’enrichissent, et les salariés sont les dindons de la farce. Qui
a dit que les travailleurs manquaient de raisons de se syndiquer ?

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