vendredi 6 février 2026

« Avec Sébastien Lecornu, toujours moins de taxes pour les riches », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Il fallait oser. Mercredi 4 février, Sébastien Lecornu a surpris son monde en saisissant lui-même le Conseil constitutionnel pour vérifier la « sécurité juridique » de certaines mesures du projet de loi de finances qu’il vient de faire adopter à coup de 49.3. En soi, le procédé est assez rare – une première depuis quarante-neuf ans – pour susciter l’attention.

Mais il devient proprement scandaleux lorsque l’on découvre la nature des articles soumis à l’attention des « Sages » : les trois sont ceux qui tentaient timidement – suite aux tractations avec le PS – de s’attaquer aux privilèges fiscaux des plus fortunés ! Pathétique.

Ces mesures n’ont pourtant rien de confiscatoire et encore moins de révolutionnaire. Parmi elles, celle visant à resserrer le pacte Dutreil, cette niche censée faciliter la transmission d’entreprises, devenue un outil d’évitement fiscal massif pour les grandes fortunes familiales. Ou encore la fameuse taxe sur les holdings, censée s’attaquer à ces structures juridiques utilisées comme « coffre-fort » par les ultra-riches, car permettant de transformer des revenus en capital faiblement imposé.

Cette taxe, au demeurant, a été totalement vidée de sa substance par le Sénat qui a ramené son rendement prévisionnel de 1,1 milliard d’euros à presque rien… Mais, apparemment, la seule existence de ce mécanisme dans le budget semble empêcher Sébastien Lecornu de dormir.

En sollicitant les « Sages », ce n’est pas la Constitution que le premier ministre tente, ici, de protéger. Mais une classe sociale déjà largement épargnée. Rien dans ces mesures ne menace la survie économique du pays. Elles ne sont qu’une tentative, extrêmement timorée, de rééquilibrer l’inégalité flagrante qui veut que, aujourd’hui, les plus riches paient proportionnellement beaucoup moins d’impôts que les classes moyennes et populaires.

En fragilisant ce modeste effort, Sébastien Lecornu conforte ce détestable deux poids, deux mesures. Et confirme que, à droite comme en Macronie, la sécurité juridique des riches prime sur l’indispensable justice fiscale.

 

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