Il est du bois que l’on brûle aux quatre vents du
froid, bûches éclatées des troncs séculaires fagots assemblés pour des feux
éphémères. Il est du bois que l’on sculpte pour les générations futures, christs
qu’use le temps, totems érodés par les vents. Il est du bois dont on fait les
flutes, les ministres intègres et les sauveurs suprêmes, tout venant, brassées
de sarments, flambées pour les faux serments. Il est du bois dont on fait les
têtes de pipes fabriquées pour la casse, têtes de bois qui ne comprennent rien,
têtes de bois qui comprennent trop bien. Il est du bois dont on fait
indifféremment des crosses de fusils ou des cercueils, bois destiné la
piétaille, bois des champs de bataille. Il est du bois dont on fait commerce sur
le marché de la chair à coton, du bois dont on voit les veines, communément le
bois d’ébène. Il est du bois dont on fait les potences dressées sur les places
publiques bois d’injustice, de profundis. Il est aussi du bois dont on fait la
hampe des drapeaux rouges, rouge coquelicot pour des printemps futurs.
dimanche 8 février 2026
LE BOIS
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