lundi 19 janvier 2026

« Sous la glace du Groenland, la guerre pour les ressources de demain », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



En précipitant la fonte des glaces, le réchauffement climatique dissout le droit international et la souveraineté des peuples dans de folles logiques de profit, d’affrontement, de guerre. Sous couvert de « sécurité nationale », Washington maquille l’appropriation coloniale en stratégie de défense ; l’annexion, en investissement. Et pour le spéculateur Donald Trump, prêt à mettre 700 milliards sur la table, le Groenland ne serait qu’un « gros accord immobilier » – à conclure le revolver sur la tempe du cédant.

Les convoitises que déchaîne le Groenland ne tiennent ni de la lubie ni de la provocation. Elles mettent à nu un calcul froid, à la jonction du capitalisme de prédation et de la militarisation du globe. Sous sa glace : terres rares, cobalt, uranium, graphite, lithium – l’ossature matérielle du XXI siècle.

Les « minéraux critiques » de la transition énergétique, technologique et militaire telle que l’envisagent les milliardaires de la Silicon Valley deviennent l’alibi d’une nouvelle ruée extractiviste. À l’ère des chaînes d’approvisionnement armées, le contrôle de ces ressources devient plus qu’un enjeu commercial : un attribut de puissance.

L’enjeu est terré dans le sous-sol, mais pas seulement : le Groenland vaut aussi pour ce qu’il voit. C’est une tour de guet, un poste d’observation stratégique des flux maritimes, aériens et balistiques du Nord – une charnière entre Amérique du Nord et Europe, un balcon sur l’Atlantique Nord et le théâtre arctique. 

Et l’Arctique n’est plus une marge : il devient un corridor stratégique. Le réchauffement climatique y ouvre des routes parallèles aux grandes artères du commerce mondial. La surveillance, le déploiement militaire y façonnent l’ordre qui s’imposera demain.

Dans un document publié en décembre, le président des États-Unis exaltait « une paix fondée sur la force ». Comment croire que la paix pourrait naître de la puissance qui menace, achète, spolie, quadrille le monde en zones d’influence et de tutelle ? C’est tout le contraire. Le monde n’est pas un portefeuille d’actifs immobiliers. Il n’y a pas de paix sans respect des peuples et de la loi.

 

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