En précipitant
la fonte des glaces, le réchauffement climatique dissout le
droit international et la souveraineté des peuples dans de folles
logiques de profit, d’affrontement, de guerre. Sous couvert
de « sécurité nationale », Washington maquille l’appropriation coloniale en
stratégie de défense ; l’annexion, en investissement. Et pour le
spéculateur Donald Trump, prêt à mettre 700 milliards sur la table, le Groenland ne
serait qu’un « gros accord immobilier » – à conclure le revolver sur la tempe du cédant.
Les
convoitises que déchaîne le Groenland ne
tiennent ni de la lubie ni de
la provocation. Elles mettent à nu un calcul froid, à la
jonction du capitalisme de prédation et de la militarisation du
globe. Sous sa glace : terres rares, cobalt, uranium, graphite,
lithium – l’ossature matérielle du XXIᵉ siècle.
Les
« minéraux critiques » de la transition énergétique, technologique
et militaire telle que l’envisagent les milliardaires de la Silicon
Valley deviennent l’alibi d’une nouvelle ruée extractiviste. À
l’ère des chaînes d’approvisionnement armées, le contrôle de ces ressources
devient plus qu’un enjeu commercial : un attribut de puissance.
L’enjeu est terré
dans le sous-sol, mais pas seulement : le Groenland vaut aussi
pour ce qu’il voit. C’est
une tour de guet, un poste d’observation stratégique des flux maritimes,
aériens et balistiques du Nord – une charnière entre Amérique du Nord et
Europe, un balcon sur l’Atlantique Nord et le théâtre arctique.
Et l’Arctique
n’est plus une marge : il devient un corridor stratégique. Le
réchauffement climatique y ouvre des routes parallèles aux grandes artères
du commerce mondial. La surveillance, le déploiement militaire
y façonnent l’ordre qui s’imposera demain.
Dans un document
publié en décembre, le président des États-Unis exaltait « une
paix fondée sur la force ». Comment croire que la
paix pourrait naître de la puissance qui menace, achète,
spolie, quadrille le monde en zones d’influence et de
tutelle ? C’est tout le contraire. Le monde n’est pas un
portefeuille d’actifs immobiliers. Il n’y a pas de paix sans respect des
peuples et de la loi.

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