lundi 19 janvier 2026

« Face à l’impérialisme américain, l’urgence d’une refondation européenne », la chronique de Patrick Le Hyaric.



L’impérialisme des États-Unis constitue une menace existentielle pour l’Union européenne. Plutôt que la vassalisation que lui promettent ses actuels dirigeants, l’Europe devrait choisir la paix, le progrès social et la démocratie.

Jamais, sans doute, ne s’est fait autant ressentir la nécessité d’une rupture avec l’actuel modèle de construction européenne pour inventer une nouvelle union des nations et des peuples, coopérative, protectrice des citoyens et de l’environnement, actrice de la paix, espace de droits et de pouvoirs nouveaux des citoyens. La conception d’une Union européenne (UE) réduite à un « grand marché ouvert où la concurrence est libre » et « pilier européen de l’Otan », donc vassalisée, la stérilise, la dépouille et bafoue les valeurs qu’elle prétend défendre, jusqu’à accélérer la « menace existentielle » qui pèse sur elle – selon les mots de Mario Draghi.

En se plaçant en soutien du pouvoir d’extrême droite israélien et en saluant l’enlèvement du président Nicolas Maduro, les dirigeants européens ont cautionné l’idée d’un monde où la force remplace le droit. Ce faisant, non seulement, ils se rendent complices, mais s’amputent eux-mêmes de leurs moyens d’action, face à l’ogre qui veut faire main basse sur les étendues glacées de l’île arctique, le Groenland, et faire de L’Union européenne un protectorat.

Réduits au rôle de pantins désarticulés en accompagnant Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale, ils ressortent délestés de quelques chèques libellés au nom de l’industrie d’armement américaine pour payer la guerre en Ukraine sans obtenir aucun progrès vers un projet de paix durable respectueux de la souveraineté ukrainienne, combiné à la construction patiente d’une architecture nouvelle de sécurité commune en Europe.

Parce qu’ils sont parmi les grands instigateurs du droit international, les pays européens se donneraient une force considérable en se plaçant à la pointe du respect et de l’application de celui-ci. Ils y gagneraient une aura considérable et positive auprès des peuples. Ils permettraient des mobilisations pour protéger le territoire européen et les citoyens menacés.

En se soumettant aux pressions du grand capital nord-américain, l’UE trahit une à une les valeurs qu’elle prétend défendre et renie les textes internationaux dont elle est signataire : politique migratoire inhumaine ; déconstruction des premiers mécanismes de protection environnementale avec le pacte vert ; acceptation du démantèlement des lois de régulation de l’espace numérique ; refus de répliques concrètes aux droits de douane dont Trump explique qu’ils vont servir à augmenter d’au moins 50 % le budget militaire américain, après l’acceptation du diktat trumpiste de consacrer 5 % des richesses produites à l’achat d’engins de mort notamment américain et son corollaire, « l’économie de guerre. »

Les pressions de l’impérialisme américain contre l’ensemble des conquis sociaux et environnementaux sont logées dans le ventre des directives baptisées « omnibus » et par l’ubuesque projet de création d’un 28e État fictif visant à mettre en place un régime législatif dérogatoire au service des conglomérats capitaliste contre les droits sociaux et environnementaux. L’échine de nos dirigeants est si courbée qu’ils n’envisagent même pas d’utiliser l’instrument « anti-coercition » 1 contre les offensives américaines.

Dans ce contexte, les forces progressistes, les travailleurs et les peuples ne peuvent rester des spectateurs tétanisés face à ces projets qui vont leur voler encore plus leurs vies, leur travail, leur culture, leur nature, leurs richesses. Ils doivent refuser d’être réduit à une « zone périphérique » encastrée dans les jeux d’influence des empires en guerre.

Le concept d’« effacement civilisationnel » développé dans le document pour « la stratégie de sécurité nationale » de la Maison-Blanche est la critique d’un Occident ayant renoncé à ses empires et coupable d’avoir accueilli après la Seconde Guerre mondiale les ressortissants de ses anciennes colonies. Il annonce la combinaison d’une accélération du nationalisme capitaliste et de l’expansionnisme territorial états-unien incluant la destruction de tout projet de coopération européenne.

Dans ces conditions grandit la nécessité de construire un large mouvement des démocrates, des progressistes, du monde du travail et de la culture au sein de l’UE pour faire échec à ces velléités. Grandit, d’un même mouvement, l’urgence de sortir de cet assemblage technocratique loin des peuples au profit d’un projet démocratique et novateur : celui d’une union coopérative et solidaire des peuples, des travailleurs associés, libres et souverains jusque sur la production, le travail et la création monétaire cherchant les coopérations fertiles notamment avec les pays du Sud pour des progrès civilisationnels.

Ainsi, l’Europe pourrait devenir un pôle clé, non aligné, d’un monde multipolaire et coopératif, actrice du désarmement notamment nucléaire et de la paix, poussant les feux d’une diplomatie écologique.

Au lieu de mettre sur pied un programme d’endettement commun pour un plan « ReArm-Europe, » elle le ferait pour inventer – y compris dans des cadres communs à géométrie choisie – avec les travailleurs de diverses catégories, les chercheurs de nouveaux projets innovants pour une mutation industrielle, agricole, numérique, de transition énergétique, de développement des biotechnologies et une expansion des services publics producteurs d’humanité particulièrement dans l’éducation, la santé, la recherche, protégés par des mécanismes de préférence européenne.

Elle ne viendrait pas au secours des pétrodollars, mais pousserait en avant avec les Brics + le projet d’une monnaie commune mondiale pour un codéveloppement humain et écologique.

L’indispensable mobilisation des peuples contre les prédateurs et l’activation d’une internationale antifasciste devient urgente. Ouvrir des chemins pour une refondation progressiste de la construction européenne devient un enjeu capital.

1.  L’instrument de défense commerciale (IDC) voté en 2023 en lien avec l’article 122 du Traité de Lisbonne visant à dissuader des États tiers d’exercer des pressions commerciales pour des raisons politiques.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

MUNICIPALES - ROMAINVILLE : « résistance et innovation » (Robert Clément)

Toujours curieux de prendre connaissance des différents écrits sur la prochaine échéance municipale, une chose m’a frappé. Notre ville viv...