L’impérialisme des
États-Unis constitue une menace existentielle pour l’Union
européenne. Plutôt que la vassalisation que lui promettent ses actuels
dirigeants, l’Europe devrait choisir la paix, le progrès social et la
démocratie.
Jamais, sans
doute, ne s’est fait autant ressentir la nécessité d’une rupture avec l’actuel
modèle de construction européenne pour inventer une nouvelle union des nations
et des peuples, coopérative, protectrice des citoyens et de l’environnement,
actrice de la paix, espace de droits et de pouvoirs nouveaux des
citoyens. La conception d’une Union
européenne (UE) réduite à un « grand marché ouvert où la concurrence
est libre » et « pilier
européen de l’Otan », donc vassalisée, la stérilise, la dépouille et
bafoue les valeurs qu’elle prétend défendre, jusqu’à accélérer la « menace
existentielle » qui pèse sur elle – selon les mots de Mario Draghi.
En se plaçant
en soutien du pouvoir d’extrême droite israélien et en saluant l’enlèvement du
président Nicolas Maduro, les dirigeants européens ont cautionné l’idée d’un monde où la force
remplace le droit. Ce faisant, non seulement, ils se rendent complices,
mais s’amputent eux-mêmes de leurs moyens d’action, face à l’ogre qui veut
faire main basse sur les étendues glacées de l’île arctique, le Groenland, et
faire de L’Union européenne un protectorat.
Réduits au rôle
de pantins désarticulés en accompagnant Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale, ils ressortent
délestés de quelques chèques libellés au nom de l’industrie d’armement
américaine pour payer la guerre en Ukraine sans obtenir aucun progrès vers
un projet de paix durable respectueux de la souveraineté ukrainienne, combiné à
la construction patiente d’une architecture nouvelle de sécurité commune en
Europe.
Parce qu’ils
sont parmi les grands instigateurs
du droit international, les pays européens se donneraient une force considérable en se plaçant à la pointe du respect
et de l’application de celui-ci. Ils y gagneraient une aura considérable et
positive auprès des peuples. Ils permettraient des mobilisations pour protéger
le territoire européen et les citoyens menacés.
En se
soumettant aux pressions du grand capital nord-américain, l’UE trahit une à une
les valeurs qu’elle prétend défendre et renie les textes internationaux
dont elle est signataire : politique migratoire inhumaine ;
déconstruction des premiers mécanismes de protection environnementale avec le
pacte vert ; acceptation du démantèlement des lois de régulation de
l’espace numérique ; refus de répliques concrètes aux droits de douane
dont Trump explique qu’ils vont servir à augmenter d’au moins 50 % le
budget militaire américain, après l’acceptation du
diktat trumpiste de consacrer 5 % des richesses produites à
l’achat d’engins de mort notamment américain et son corollaire, « l’économie
de guerre. »
Les pressions de
l’impérialisme américain contre
l’ensemble des conquis sociaux et environnementaux sont logées dans le ventre
des directives baptisées « omnibus » et par l’ubuesque projet de
création d’un 28e État fictif visant à mettre en place un
régime législatif dérogatoire au service des conglomérats capitaliste contre
les droits sociaux et environnementaux. L’échine de nos dirigeants est si
courbée qu’ils n’envisagent même pas d’utiliser l’instrument
« anti-coercition » 1 contre les offensives américaines.
Dans ce
contexte, les forces progressistes, les travailleurs et les peuples ne peuvent
rester des spectateurs tétanisés face à ces projets qui vont leur voler
encore plus leurs vies, leur travail, leur culture, leur nature, leurs richesses.
Ils doivent refuser d’être réduit à une « zone
périphérique » encastrée dans les jeux d’influence des empires en guerre.
Le concept d’« effacement
civilisationnel » développé dans le document pour « la stratégie
de sécurité nationale » de la Maison-Blanche est la critique d’un Occident
ayant renoncé à ses empires et coupable d’avoir accueilli après la Seconde
Guerre mondiale les ressortissants de ses anciennes colonies. Il annonce la combinaison d’une accélération du
nationalisme capitaliste et de l’expansionnisme territorial états-unien
incluant la destruction de tout projet de coopération européenne.
Dans ces
conditions grandit la nécessité de construire un large mouvement des
démocrates, des progressistes, du monde du travail et de la culture au sein de
l’UE pour faire échec à ces velléités. Grandit, d’un même mouvement,
l’urgence de sortir de cet assemblage technocratique loin des peuples au profit
d’un projet démocratique et novateur : celui d’une union coopérative et
solidaire des peuples, des travailleurs associés, libres et souverains jusque
sur la production, le travail et la création monétaire cherchant les
coopérations fertiles notamment avec les pays du Sud pour des progrès
civilisationnels.
Ainsi, l’Europe
pourrait devenir un pôle clé, non aligné, d’un monde multipolaire et
coopératif, actrice du désarmement notamment nucléaire et de la paix, poussant
les feux d’une diplomatie écologique.
Au lieu de
mettre sur pied un programme d’endettement commun pour un plan
« ReArm-Europe, » elle le ferait pour inventer – y compris dans des
cadres communs à géométrie choisie – avec les travailleurs de diverses
catégories, les chercheurs de nouveaux projets innovants pour une mutation
industrielle, agricole, numérique, de
transition énergétique, de développement des biotechnologies et une
expansion des services publics producteurs d’humanité particulièrement dans
l’éducation, la santé, la recherche, protégés par des mécanismes de préférence
européenne.
Elle ne
viendrait pas au secours des pétrodollars, mais pousserait en avant avec
les Brics + le projet d’une monnaie commune mondiale pour un
codéveloppement humain et écologique.
L’indispensable
mobilisation des peuples contre les prédateurs et l’activation d’une
internationale antifasciste devient urgente. Ouvrir des chemins pour une
refondation progressiste de la construction européenne devient un enjeu
capital.
1. L’instrument de défense commerciale (IDC) voté en
2023 en lien avec l’article 122 du Traité de Lisbonne visant à
dissuader des États tiers d’exercer des pressions commerciales pour des raisons
politiques. ↩︎

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