mardi 6 janvier 2026

« Macron l'Américain », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Effaré, on a vu ce week-end la diplomatie française s’abîmer, alignée sur le droit de la force plutôt que sur la force du droit. Avec le véritable blanc-seing donné à l’enlèvement illégal du chef d’État vénézuélien en exercice, l’Élysée s’est montré plus pro-américain encore que l’allié historique des États-Unis, le Royaume-Uni, dont le premier ministre, Keir Starmer, a pris ses distances avec Donald Trump.

L’effet catastrophique de la déclaration d’Emmanuel Macron au moment crucial de l’agression d’un pays souverain – quoi qu’on pense de son premier dirigeant – est irréparable. Son rétropédalage tardif en Conseil des ministres ne fait que le souligner. Rien n’est plus contraire à l’idée d’indépendance qu’une diplomatie de girouette, qui dit un jour blanc et l’autre noir. Quel sera le poids de la parole de la France, demain, si les États-Unis attaquent le Groenland, la Colombie ou Cuba, comme ils menacent de le faire ? Et l’invraisemblable cacophonie entre le président et son ministre des Affaires étrangères ajoute à la fragilisation de notre pays.

Qu’elle semble loin, la déclaration de la France à l’ONU, en 2003, se dressant contre l’invasion de l’Irak par les armées de George Bush fils. Sans empêcher la guerre, elle avait maintenu en vie l’idéal précieux d’un monde guidé par les règles du droit. Un pays à la voix forte disait y croire, et il avait donné du courage à la majorité des peuples opposés aux ambitions impérialistes des États-Unis. Cela fait toute la différence avec aujourd’hui.

La vassalisation de notre pays – amorcée de longue date, au moins depuis le tournant atlantiste de la présidence Sarkozy – est un signe de plus d’un basculement de l’histoire sur le point d’emporter les derniers garde-fous de la civilisation. Comme s’il n’était déjà plus possible de résister à l’ordre nouveau qui menace.

Celui des extrêmes droites, pour lesquelles abattre l’État de droit dans ses frontières et s’affranchir du droit international à l’extérieur sont les deux faces d’une même pièce, leur projet commun, avec Trump pour chef de file. Les cyniques déclarent qu’il est vain d’aller contre l’empire. Ils sont les nouveaux capitulards qui nous préparent un monde invivable.

 

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