Effaré, on a vu ce week-end la diplomatie française
s’abîmer, alignée sur le droit de la force
plutôt que sur la force du droit. Avec le véritable blanc-seing donné à
l’enlèvement illégal du chef d’État vénézuélien en exercice,
l’Élysée s’est montré plus pro-américain encore que l’allié historique des
États-Unis, le Royaume-Uni, dont le premier ministre, Keir Starmer, a pris ses
distances avec Donald Trump.
L’effet catastrophique de
la déclaration d’Emmanuel Macron au moment crucial de l’agression d’un pays
souverain – quoi qu’on pense de son premier
dirigeant – est irréparable. Son rétropédalage tardif en Conseil des
ministres ne fait que le souligner. Rien n’est plus contraire à l’idée
d’indépendance qu’une diplomatie de girouette, qui dit un jour blanc et
l’autre noir. Quel sera le poids de la parole de la France,
demain, si les États-Unis attaquent le Groenland, la Colombie ou Cuba,
comme ils menacent de le faire ? Et l’invraisemblable cacophonie
entre le président et son ministre des Affaires étrangères ajoute à
la fragilisation de notre pays.
Qu’elle semble
loin, la déclaration de la France à l’ONU, en 2003, se dressant contre l’invasion de
l’Irak par les armées de George Bush
fils. Sans empêcher la guerre, elle avait maintenu en
vie l’idéal précieux d’un monde guidé par les règles
du droit. Un pays à la voix forte disait y
croire, et il avait donné du courage à la majorité des
peuples opposés aux ambitions impérialistes des
États-Unis. Cela fait toute la différence avec aujourd’hui.
La vassalisation de
notre pays – amorcée de longue date, au moins depuis le
tournant atlantiste de la présidence Sarkozy –
est un signe de plus d’un basculement de
l’histoire sur le point d’emporter les derniers garde-fous de la
civilisation. Comme s’il n’était déjà plus possible de résister à l’ordre
nouveau qui menace.
Celui des extrêmes
droites, pour lesquelles abattre l’État de
droit dans ses frontières et s’affranchir du
droit international à l’extérieur sont les deux faces d’une même
pièce, leur projet commun, avec Trump pour chef de file. Les cyniques
déclarent qu’il est vain d’aller contre l’empire. Ils sont les nouveaux
capitulards qui nous préparent un monde invivable.

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