Nous aurions souhaité que les portes de l’année nouvelle
s’ouvrent sur des chemins d’espoir.
Mais le premier jour de l’année, celui où
l’on présente des vœux, n’est ni un garde-fou, ni un chiffon effaçant les
trajectoires de l’année qui se termine. Une année nouvelle n’est
jamais un saut dans un autre monde.
Celle-ci commence sur la lancée de la précédente : la destruction de
la morale et du droit au profit de la force, du rapt et de la
rapine.
Alors que le feu des bombes réduit chaque jour un peu plus les forces du
peuple Ukrainien, alors qu’étouffe Gaza et que les terres de
Palestine sont toujours plus volées, colonisées, que les violences des conflits
et des guerres frappent des enfants, des femmes, des hommes en
deux cents endroits du monde, alors que les États-Unis ont
bombardé ces dernières semaines, La Syrie, l’Irak, Le Yémen, La Somalie,
Le Nigeria, le shérif de la Maison Blanche
commence l’année en ordonnant une mafieuse razzia sur Le Venezuela.
Dans une opération préparée de haute main et de longue
date le commandant en chef de l’imperium nord-américain a
kidnappé le président du Venezuela et l’a fait incarcérer dans une
prison de New-York.
Cet acte mafieux est un
nouveau point de bascule
qui touche chacune et chacun d’entre nous.
Quoi que l’on puisse penser des méthodes de Maduro, du système
politique qu’il a imposé, de la corruption et du clientélisme, de la
situation critique dans laquelle il a placé les travailleurs et les plus
modestes de son pays, nous sommes face à une négation absolue du
droit international, du respect de la souveraineté d’un pays et du droit de son
peuple à choisir ses élus. Nous sommes ici dans le viol manifeste des articles
51 et 2.(4) de la Charte des Nations Unies qui interdit à un
État puissant d’avoir recours à la force sans autorisation multilatérale du
Conseil de sécurité des Nations Unies, sans preuves vérifiables de légitime
défense imminente. Mais nous sommes aussi dans la violation du droit
américain lui-même qui obligeait à une consultation du congrès.
Dans le grand toboggan de la bascule historique, le respect du droit
s’oppose frontalement aux offensives de la classe capitaliste,
aux offensives de l’empire.
Cet enlèvement d’un chef d’État pour un coup d’État contre un pays
souverain vise à accaparer la plus grande réserve de pétrole au monde et à
étancher la soif d’accumulation du capitalisme étasunien du pétrole, du gaz, de
l’eau et du numérique en quête de minerais rares.
À cette fin, de la même manière que l’administration américaine veut gérer
directement Gaza avec un fameux et fumeux « comité de la paix », elle
place le Venezuela sous tutelle et prépare la dépossession de
son peuple de ses ressources.
Lors d’une rencontre avec la presse, quelques heures après ce rapt, Trump
n’a rien caché de ce projet qui n’a rien à voir avec la démocratisation
du Venezuela et tout à voir avec la rapine capitaliste, sur ses
richesses. Le mot « démocratie » est le grand absent de son
discours, alors que le mot « pétrole » revient 23 fois,
sous les applaudissements des grandes firmes Chevron, ExxonMobil, Apache
Corporation, Alon USA…
Cet insupportable acte de
piraterie doit être compris dans la nouvelle cohérence impulsée par le
grand capital nord-américain en mutation qui veut garder sa prééminence, sa
domination sur le monde.
Ce projet déploie plusieurs volets formant un nouveau
système politique.
Il confirme la volonté de s’accaparer toujours plus de richesses du sol et
du sous-sol.
Il vise à consolider le pétrodollar –considéré comme unique monnaie de
facturation mondiale des hydrocarbures, alors que jusque-là La Chine
et d’autres pays qui achetaient le pétrole à Caracas ne réglaient plus celui-ci
en dollar, mais en Yuan, tout en portant le projet d’une monnaie commune
mondiale. La montée même de la valeur de l’or met en cause le dollar comme
monnaie de réserve mondiale alors que la dette des États-Unis atteint
l’astronomique somme de 33 442milliards de dollars.
Il élargit le principe d’extraterritorialité du droit nord-américain,
jusqu’à faire arrêter un chef d’État qui n’obéit pas aux ordres de
l’imperium. Le message est clair pour toutes et tous : tout chef d’État et
de gouvernement se situant dans ce qui est considéré comme la sphère d’influence
américaine ne se pliant pas aux recommandations de la Maison Blanche
doit se sentir menacé.
La mainmise sur le pétrole Vénézuélien aura des
conséquences asphyxiantes sur Cuba qui souffrent déjà
depuis des décennies du blocus américain, et au-delà sur toute la
régulation des prix de l’énergie, utilisée comme une arme de domination encore
plus nette, alors que tout appelle à réduire l’utilisation des énergies
carbonées pour sauver le climat.
Les théoriciens de la nouvelle phase de
la barbarie capitaliste conçoivent un monde remodelé, redessiné avec un
centre, l’imperium. Celui est entouré de ses
périphéries soumises*.
L’empire peut ainsi se servir en toute impunité par-delà les souverainetés
d’États membres de l’ONU pour satisfaire les besoins de ses
industries numériques, militaires, pétrolières et de ses fonds financiers.
Ceux-ci préparent en effet cet accaparement depuis des mois en lien avec des
personnalités des droites vénézuéliennes.
Il ne cache pas ses objectifs similaires sur le Panama, Cuba,
la Colombie, le Groenland. Parallèlement, une entreprise de
démantèlement de grands pays comme la Syrie ou L’Iran afin de
créer de nouveaux micro-états placés sous le régime du
fascisme oligarchique dans lesquels les dirigeants
seraient cooptés par une caste d’investisseurs capitalistes qui
n’auraient de compte à rendre qu’aux possédants est engagée.
L’Amérique Latine est considéré comme l’arrière-cour
des États-Unis afin de mettre les travailleurs de Washington en
concurrence avec ceux de São-Paulo, de Buenos Aires ou de
Guatemala Ciudad. La partie est loin d’être gagné pour
l’imperium puisque les coopérations croisées avec la Chine et
d’autres pays des Brics+ sont très avancé avec les grands pays
d’Amérique latine.
Dans ce contexte,
l‘Europe commet une lourde faute en se laissant traiter comme un
vulgaire espacepériphérique, de plus en plus vassalisé et offerte aux ambitions des
extrêmes droites amies de Trump.
Les contorsions approbatrices de l’enlèvement du
président Maduro par les dirigeants européens sont la grave
manifestation de cette soumission dégradante.
Et on ne peut qu’être révolté du nouveau clou enfoncé dans le cercueil de
la doctrine gaulliste par le président Macron, qui a choisi de nier le droit
et de bafouer une parole indépendante de la France humaniste au
profit du soutien à la prééminence des États-Unis sur le monde. Croit-il
qu’il restera quelques miettes du butin pour la firme Total ? En
agissant ainsi, il désarme celles et ceux qui,
aux États-Unis, veulent divorcer avec le Trumpisme, sa violence
contre les plus modestes et sa surexploitation du travail et de la nature.
Démanteler tout projet de construction
européenne signifie la mise sous tutelle du grand capital bancaire,
financier, industriel et numérique américain de chacun des pays
composant l’Union européenne. Car même cette union ultra-libérale et son « marché
ouvert où la concurrence est libre » sont
devenus antinomiques aux besoins du capital transnational.
Le toboggan qui accélère le basculement historique nous fait changer
de monde. Les États-nations, le droit et la politique sont une gêne pour
les forces du proto fascisme en marche au pas cadencé.
Ce mouvement mondial, coordonné, est effrayant. Partout, il entremêle la
grande oligarchie capitaliste avec ses nouveaux seigneurs de la Tech, le
complexe militaro-industriel, des empires
technologiques, énergétiques, médiatiques et culturels et des fonds
financiers munis des garrots des dettes et de leurs taux d’intérêt.
Le libéralisme économique et ses mandataires politiques, qui ont lâché
la bride à ces prédateurs est, lui-même dépassé, et se
métamorphose dans des forces ultra-réactionnaires,
autoritaires, guerrières, identitaires, climato-sceptiques,
masculinistes,, racistes.
Laisser l’internationale réactionnaire allumer
tous ses feux aveuglants prépare d’immenses périls alors que le
bruit assourdissant des guerres militaires et de la pernicieuse
guerre au vivant menace de tout emporter.
Nos vœux pour cette année nouvelle ne peuvent donc être naïfs. Ils ne
peuvent éclore sans de solides et déterminés combats unitaires pour
empêcher que les forces de la mort ne poussent notre humanité commune vers les
ténèbres sous les feux de la destruction du droit, de l’arme nucléaire, des
dévastations sociales, démocratiques, climatiques et de la biodiversité.
Les grands défis de l’heure deviennent de vitaux enjeux de
civilisation qui surpassent – et de loin – toutes les vaines
querelles qui minent le champ progressiste et la perspective d’un monde commun
juste, libre, promoteur du désarmement et de la paix.
Face au défilé aux couleurs vert-de-gris des militaristes et
leur funeste théorie de « l’économie de guerre », des
destructeurs des droits humains et sociaux, des affameurs de la
démocratie et de la solidarité, des agresseurs de la science, du savoir et de
la culture, il est urgent d’opposer un front commun populaire,
progressiste et démocratique large pour co-élaborer un projet de
changement social, démocratique, environnemental, de coopération et
de paix.
Les progressistes européens doivent urgemment remettre sur le métier le
projet d’une autre construction européenne coopérative, autonome, respectueuse
des nations et des peuples qui la composent, promouvant le bien-être
des populations, les œuvres d’humanité : écoles,
universités, hôpitaux, logements, transports, culture,
recherche, alimentation, transition écologique des activités. La force
d’une autre construction européenne résiderait dans un projet permettant
l’exercice du pouvoir par les travailleuses et travailleurs
sur la production, sur la création monétaire poussant un projet de monnaie
commune mondiale contre la domination du dollar.
Elle se donnerait de la force si elle défendait bec et ongles le droit
contre la barbare loi du plus fort.
Une telle Europe chercherait des alliances fortes auprès des peuples
des pays du Sud, en s’intéressant aux projets des pays membres
des Brics+, en produisant des efforts pour le désarmement notamment
nucléaire en s’associant au Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN),
en développant une diplomatie climatique et une économie de paix, inventant une
sécurité sociale, sanitaire, alimentaire, écologique.
Une construction européenne à partir des besoins populaires, associant les
peuples serait à la fois la garantie de son autonomie et du recul des
forces d’extrême droite relaies de la politique de l’internationale
réactionnaire et fascisante basée à Washington qui menace chacune et chacun
d’entre nous. Refusons le rendez-vous avec le désastre.

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