Au sommet de sa
richesse et de sa puissance, la vielle Europe naviguait entre
légèreté et esthétisme avant que cet « âge d’or de sécurité » ne s’évanouisse
dans l’hécatombe des deux guerres mondiales. Le continent n’est plus tout
à fait celui d’avant 1914, décrit par Stefan Zweig dans le Monde
d’hier.
Il reste
menacé par ses propres démons, celui du nationalisme toujours résurgent
notamment. Il l’est aussi – et c’est nouveau – par son plus puissant
allié. Brutalité, vassalisation et prédation constituent la boussole du
maître de la Maison-Blanche. Donald Trump use et
abuse de l’humiliation parce qu’il en
a le pouvoir, mais aussi parce qu’aucun obstacle ne se dresse sur son passage.
Emmanuel Macron
se gargarise des mots autonomie stratégique, mais les slogans ne suffisent
plus quand s’opèrent des ruptures inédites. L’Union européenne serait bien
inspirée de passer au crible la nature de ses liens avec la première puissance
mondiale et les subordinations qu’ils impliquent.
D’une défense
indépendante au numérique en passant par la finance, l’énergie et
l’industrie, seuls des investissements dignes de ce nom permettront d’y
répondre. Y compris pour protéger les peuples à
qui l’on ne promet qu’un avenir d’austérité et de guerre.
Ce
chemin oblige à la construction de nouveaux partenariats avec les pays du
Sud, respectueux de la souveraineté de chacun. Le choix invite au courage,
car il implique de rechercher des formes de coopération émancipées du
dollar. Les dirigeants européens doivent cesser de réagir au moindre coup
d’éclat de Donald Trump. Le jeu est autant paralysant qu’épuisant.
Quand les
Vingt-Sept retrouvent leur liberté d’action et surmontent leurs divisions,
Donald Trump opère un
recul tactique. Sans
toutefois jamais renoncer à ses rêves de domination, comme l’illustre le
cas du Groenland. L’Union est-elle prête à pousser le combat jusqu’au
bout ?
L’instrument
anti-coercition, qui équivaut à une suspension des investissements états-uniens
et à l’exclusion des entreprises nord-américaines des marchés publics, est un
outil dans ce rapport de force. Les Européens semblent sortir de la
naïveté, à eux de construire une nouvelle doctrine géopolitique.

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