mardi 20 janvier 2026

« 72 milliards de dividendes aux actionnaires, 50 euros de prime d'activité pour les pauvres », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Il arrive parfois que des informations s’entrechoquent. Des faits, des chiffres a priori sans lien surgissent dans l’actualité et les uns éclairent les autres d’une nouvelle lumière pour révéler une vérité crue. Celle d’un système qui se moque éhontément des salariés et des plus modestes. Le feuilleton du budget de l’État, qui s’achève dans un climat de tensions et de concessions arrachées à la hâte, en est une illustration parfaite.

Celui-ci touche à sa fin et les débats parlementaires ont obligé Sébastien Lecornu à quelques concessions pour s’assurer de l’adoption de la loi de finances via un article 49.3 qui, avait-il promis et juré, ne serait plus jamais utilisé. Parmi celles-ci, l’augmentation de « 50 euros en moyenne » de la prime d’activité pour « plus de 3 millions de ménages » à revenus modestes. Une mesure présentée comme un effort colossal, coûtant « de l’ordre de 2 milliards d’euros » par an, et qui pourrait être financée par une surtaxe sur les entreprises – une idée qui, déjà, fait hurler le patronat et la droite.

Pourtant, dans le même temps, les chiffres tombent : en 2025, les dividendes versés aux actionnaires atteignent le vertigineux montant de 72,8 milliards d’euros. Les entreprises du CAC 40 ont englouti à elles seules 34,8 milliards d’euros dans le rachat et la destruction d’actions – une pratique qui consiste à gonfler artificiellement la valeur des titres restants, et donc la fortune des actionnaires.

Mais ce n’est pas tout. Alors que la droite LR, dans sa niche parlementaire du 22 janvier, propose ni plus ni moins que de faire travailler gratuitement ou presque plus d’un million et demi de salariés le 1er-Mai – leur volant ainsi un jour de repos rémunéré –, on découvre que les 53 Français les plus riches gagnent en 24 minutes l’équivalent du revenu annuel moyen d’un Français.

Pire encore : comme le rappelle l’ancien ministre Éric Lombard, « parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu ». Alors, sur qui vont peser les « efforts budgétaires » réclamés par le gouvernement ? La réponse est cruelle de simplicité : sur ceux qui n’ont déjà plus rien à donner.

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