Le verre est-il
à moitié vide ou à moitié plein ? Depuis plusieurs semaines, le Parti
socialiste mène une bataille sur deux fronts qu’il peine à concilier :
obtenir des engagements du gouvernement Lecornu pour geler jusqu’à la
présidentielle la réforme des retraites en échange d’une non-censure ; et convaincre l’opinion et ses
partenaires communistes, écologistes et insoumis qu’il ne s’agit pas d’un
renoncement à l’abrogation de la loi Borne. Éternel dilemme du compromis
acceptable ou non sur lequel ont toujours buté ceux qui luttent, en réalité.
Certains,
insoumis en tête, mettent en garde contre un simple « décalage » du
calendrier menant aux 64 ans. Les détracteurs de la stratégie socialiste
fustigent un piège qui consiste, pour suspendre la réforme, à voter du même
coup en faveur de celle-ci. D’aucuns dénoncent des contreparties insupportables :
les budgets de l’État et de la Sécu restent farcis de mesures austéritaires et
antisociales. Le PS, lui, escompte un ultime geste du gouvernement pour les
carrières longues.
Qu’on le
déplore n’y change rien, à ce stade, la gauche ne votera pas d’une seule voix.
Est-ce un drame ? Pas forcément. Adossée à une opinion majoritairement
hostile à la réforme des retraites et à un mouvement social puissant, l’unité
politique et syndicale très large autour du refus des 64 ans a permis de
remporter la bataille idéologique. Mais l’échec à traduire ce succès en
victoire sociale et législative a fait ressurgir des dissensions jusqu’alors
remisées au second plan. C’était inévitable et prévisible.
À la condition
de ne pas transiger avec le but commun, autant faire de cette pluralité un
atout pour élargir la base électorale de la gauche, en ramenant à elle les
déçus du macronisme, par exemple. Mais cela exige au minimum que les
dissensions ne soient pas instrumentalisées dans une guerre à mort entre
formations du même camp, comme celle à laquelle on assiste, désabusé, entre PS
et LFI. Pire que le « renoncement » des socialistes ou que le
« jusqu’au-boutisme » prétendu de leurs partenaires, le culte de
l’anathème et de l’exclusion, en alimentant la division, fera perdre à coup sûr
toute la gauche. Au bénéfice des promoteurs de la réforme Borne.

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