mardi 11 novembre 2025

Décalage de la réforme des retraites : le dilemme du compromis acceptable ou non, l’éditorial de Sébastien Crépel.



Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ? Depuis plusieurs semaines, le Parti socialiste mène une bataille sur deux fronts qu’il peine à concilier : obtenir des engagements du gouvernement Lecornu pour geler jusqu’à la présidentielle la réforme des retraites en échange d’une non-censure ; et convaincre l’opinion et ses partenaires communistes, écologistes et insoumis qu’il ne s’agit pas d’un renoncement à l’abrogation de la loi Borne. Éternel dilemme du compromis acceptable ou non sur lequel ont toujours buté ceux qui luttent, en réalité.

Certains, insoumis en tête, mettent en garde contre un simple « décalage » du calendrier menant aux 64 ans. Les détracteurs de la stratégie socialiste fustigent un piège qui consiste, pour suspendre la réforme, à voter du même coup en faveur de celle-ci. D’aucuns dénoncent des contreparties insupportables : les budgets de l’État et de la Sécu restent farcis de mesures austéritaires et antisociales. Le PS, lui, escompte un ultime geste du gouvernement pour les carrières longues.

Qu’on le déplore n’y change rien, à ce stade, la gauche ne votera pas d’une seule voix. Est-ce un drame ? Pas forcément. Adossée à une opinion majoritairement hostile à la réforme des retraites et à un mouvement social puissant, l’unité politique et syndicale très large autour du refus des 64 ans a permis de remporter la bataille idéologique. Mais l’échec à traduire ce succès en victoire sociale et législative a fait ressurgir des dissensions jusqu’alors remisées au second plan. C’était inévitable et prévisible.

À la condition de ne pas transiger avec le but commun, autant faire de cette pluralité un atout pour élargir la base électorale de la gauche, en ramenant à elle les déçus du macronisme, par exemple. Mais cela exige au minimum que les dissensions ne soient pas instrumentalisées dans une guerre à mort entre formations du même camp, comme celle à laquelle on assiste, désabusé, entre PS et LFI. Pire que le « renoncement » des socialistes ou que le « jusqu’au-boutisme » prétendu de leurs partenaires, le culte de l’anathème et de l’exclusion, en alimentant la division, fera perdre à coup sûr toute la gauche. Au bénéfice des promoteurs de la réforme Borne.

 

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