jeudi 13 novembre 2025

« 13-Novembre, dix ans après : balafres invisibles et douleurs fantômes », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



La justice a fait son œuvre. Mais bien des questions soulevées par la vague de terreur du 13 novembre 2015 continuent de travailler notre pays : un pays épuisé et abîmé par les coups qui pleuvent sur lui sans trêve. Au Bataclan, sur les terrasses, au Stade de France, ces attentats furent les plus meurtriers jamais perpétrés sur le sol français : 130 morts, 413 blessés et autour d’elles et eux, tant de vies fracassées…

L’Est parisien et la Seine-Saint-Denis portent aujourd’hui encore ces balafres invisibles et ces douleurs fantômes – de celles qui ravivent l’effroi, le deuil ou la colère. Nous savons tout du but des tueurs islamistes : fracturer la société, aiguiser les haines et dresser les citoyens les uns contre les autres. L’extrême droite, toujours prête à se repaître des divisions, s’est ruée sur le malheur.

Dix ans ont passé. Mais la crainte d’un nouveau déchaînement de violence ne s’est pas évanouie. Les trafiquants de fanatisme n’ont pas rendu les armes et les aspirants djihadistes sont toujours plus jeunes. Solitaires, hyperconnectés, abreuvés de discours incendiaires et d’images insoutenables, ils tombent dans la religion comme on tombe dans le vide. Et, pendant ces dix ans, les lois d’exception se sont empilées : l’état d’urgence, gravé dans le droit commun, est même devenu la norme.

La surveillance s’est étendue au détriment des droits fondamentaux. La haine des musulmans, des Arabes, se déverse à l’envi sur les plateaux télévisés, dans l’espace public et jusque dans le monde académique. L’élection du socialiste Zohran Mamdani à la mairie de New York éclabousse à présent de racisme les deux rives de l’Atlantique.

La République, pourtant, ne se défend jamais en renonçant à l’égalité. Céder sur les libertés, c’est concéder une victoire aux assassins. La mémoire des victimes du 13-Novembre nous oblige. Elle nous commande de combattre les discours de haine d’où qu’ils viennent et quelles que soient leurs cibles. Elle nous invite à renouer des solidarités, à construire une société juste, unie, fraternelle, capable de résister aux assauts de terreur et de violence comme aux tentations autoritaires.

 

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