Quoi de mieux
qu’une mobilisation interprofessionnelle pour l’anniversaire de notre bonne
vieille Sécu, qui souffle ses 80 bougies le 4 octobre ? La journée d’action et de
grève du 2 octobre ne pouvait
tomber plus à propos pour rappeler que la Sécurité sociale n’est pas une banale
administration. Encore moins un appendice d’un « État providence ».
Elle est le bien commun des travailleuses et des travailleurs, conquis de haute
lutte à la Libération et financé par une fraction de leur salaire mutualisé. Un
modèle « inspiré du souci de confier à la masse des travailleurs, à la
masse des intéressés la gestion de leur propre institution », exposait le 8 août 1946 aux
députés le ministre communiste Ambroise Croizat, à l’origine de cette création.
C’est cette
marque de propriété collective qui lui vaut les attaques incessantes de ceux
qui veulent récupérer l’argent et sa gestion, en les étatisant d’abord, pour
mieux les privatiser ensuite. Les deux ne sont pas antinomiques, au contraire.
D’abord élus directement par les salariés, les administrateurs de la Sécu ont
intégré des représentants patronaux en 1967, avant que les élections soient
supprimées après 1983, tandis que l’État prenait l’essentiel du contrôle
financier en substituant les impôts (la CSG et la TVA, notamment) aux
cotisations et en contraignant les budgets.
L’absurdité
libérale est à son comble : on compterait aujourd’hui 1,7 milliard de
combinaisons de barèmes de cotisations possibles.
Le casse du
siècle a pu s’opérer tranquillement : à partir de 1993 sont apparus les
fameux « allègements de charges » sociales exonérant les employeurs
du versement des cotisations qui font partie intégrante du salaire. Ces
exonérations ont culminé à 77 milliards d’euros en 2024, jusqu’à devenir « le
troisième budget de l’État hors charge de la dette après la défense et
l’enseignement scolaire », selon la commission sénatoriale sur les
aides publiques aux entreprises. Soit plus de 35 % des 211 milliards
d’euros toutes aides confondues chiffrés par le rapporteur de la commission, Fabien Gay, également directeur de
« l’Humanité ».
L’absurdité
libérale est à son comble : on compterait aujourd’hui 1,7 milliard de
combinaisons de barèmes de cotisations possibles avec les différents
dispositifs d’allègement. Plus qu’il n’existe d’entreprises sur Terre. Pour un
résultat sur l’emploi inversement proportionnel aux moyens dépensés. Ainsi, le
crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), impulsé par François
Hollande à partir de 2013 et intégré au barème des cotisations comme baisse
pérenne en 2019, aurait permis, selon France Stratégie, la création de
100 000 à 400 000 emplois pour un coût de 18 milliards en
2016. Soit une aide de 45 000 à 180 000 euros par an et par
emploi, c’est-à-dire davantage que la totalité des salaires versés.
Les cotisations
représentent désormais moins de la moitié (49 %) des recettes des régimes
de base de la Sécu, contre 82 % en 1993. Les travailleurs sont peu à peu
dépossédés de leur bien commun : la gestion, le financement, et pour finir
leurs droits leur sont progressivement retirés. On a vu où cela conduit avec
l’assurance-chômage, qui « n’est plus du tout financée par les
cotisations des salariés, relevait Emmanuel Macron devant le congrès du
Parlement en 2018. Cette transformation, il faut en tirer toutes les
conséquences, il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait
classiquement. »
L’anniversaire
de la Sécurité sociale, avec les colloques et la littérature qui
l’accompagnent, peut être l’occasion de reprendre collectivement la main. Le
bouillonnement social autour du contrôle des aides aux entreprises et de la
taxe Zucman sur le capital y invite. Le rapport de force idéologique place les
dépeceurs de la Sécu sur la défensive. C’est le moment de regagner le terrain
perdu.

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