PROMESSE : Comme
l’écrivait Régis Debray, dans l’Exil à domicile (Gallimard, 2022) :
« Qui prend de l’âge, seul avantage, prend du recul. Il déserte les
salles d’attente et agences de voyages. Les “allons voir là-bas si j’y suis” et
les “encore un peu de patience, c’est pour demain”. Certes, l’herbe est plus
verte chez le voisin, mais vivre son présent au présent n’a pas que des
inconvénients. »
Donc :
cogitons moins, ressentons plus, d’autant que, à bien y réfléchir (quand même),
l’avenir recule au fur et à mesure que s’évaporent les « promesses de
l’aube », et nous prenons goût aux crépuscules, mus par les contraintes du
temps mortifère qui est le nôtre. Le plus fastidieux, ou le plus insidieux, en
cette conjoncture, ne serait-ce pas l’obligation de ne pas se tromper
d’angoisse ni de mot de passe ? Rien ne nous plaît, en ce monde, de Gaza
aux États-Unis, tout ou presque nous instruit à la déchéance, aux situations
post-fascisantes.
Sans parler de la
France, frappée d’un désespoir croissant – promesse du pire, ou du meilleur.
Cette semaine, dans Marianne, un observateur évoquait une situation « prérévolutionnaire ».
Devons-nous y croire ? Sérieusement ? Sédition des riches ;
misère des pauvres ; jacqueries en préparation. Sommes-nous prêts aux
insurrections dépourvues de projets ?
Ras-le-bol général et climat délétère…
POLITIQUE :
Résumons : le ras-le-bol est général et, dans ce climat délétère, proche
du n’importe-quoi et de l’irrationnel, le manque « de » politique se
fait d’autant plus ressentir que ne savons pas ce que pense vraiment le peuple,
coincé entre des injonctions paradoxales et un haut-le-cœur permanent, lui-même
capable de tout.
Le
« qu’ils s’en aillent tous » reste présent, de même que le
« tous pourris », comme une envie de renverser la table sans savoir
de quel côté la pièce tombera. Les citoyens du pays de Jaurès et d’Hugo n’en
peuvent plus, en vérité, et parfois sans le théoriser pleinement, ils sont
excédés de voir les puissants piller et saccager notre pays, depuis si
longtemps, gaspiller les efforts des travailleurs, dilapider les savoir-faire,
solder nos innovations et condamner, en quelque sorte, la population de la
cinquième ou sixième puissance économique du monde à une déchéance programmée
et au recul de tous les conquis sociaux arrachés en un siècle et demi
d’histoire.
Ce n’est pas
qu’une question de « lutte des classes », et pourtant. Nous voilà
massivement révulsés par les mots des dominants et les mœurs arrogantes des
amis de l’argent, ceux qui pactisent autour de Mac Macron II. Oui, nous sommes
indignés par le mode de vie égoïste qu’ils imposent à la masse, comme
« modèle » et comme mode de « gestion ».
ESPOIR : Alors que le « socle
commun », expression risible, pactisait à l’Assemblée nationale avec
l’extrême droite pour une honteuse répartition des postes clefs, on voulait
encore nous inciter à croire que l’extrême centre domine la vie politique
française. Les coulisses sont abjectes. Parlez haut, pour commencer, et baisser
le ton de suite, pour de petites combinaisons infâmes. On ne tord le bâton, a
priori, que pour le remettre au milieu, in fine. Grossière erreur.
Si le bâton
casse, on nous prédit que ce seront les extrêmes qui récupéreront les morceaux.
La République en est-elle là ? À un point de rupture favorable à
Fille-la-voilà ou au Maréchal-Bardella ? Cette semaine, le bloc-noteur a
lu ce passage dans Giovanni Falcone, de Roberto Saviano (Gallimard,
2022), à propos du combat du juge italien en pleine déprime, avant son
assassinat par la mafia : « Apprendre à ne pas placer trop
d’espoirs dans l’avenir. Des espoirs tenaces, mais de plus en plus rares. Et
c’est un problème. Parce qu’un homme doit pouvoir vivre dans au moins trois
dimensions temporelles. Le présent, c’est une guerre perdue. Le futur, il n’y
voit que des murs et des portes verrouillées. Le passé est en train de
s’écrouler avec tout le reste. Alors, dans quel tiroir ranger ses
espoirs ? En existe-t-il encore un qui n’ait pas été occupé, détruit ou
vendu au rabais ? »
Conclusion :
apprendre à lutter, coûte que coûte, puisque rien n’est jamais vain, sauf le
renoncement. Divaguons un peu : le chemin sera long. Mais reprenons
force avec Jean Jaurès, qui disait, en 1911, lors d’un voyage à Buenos
Aires : « La nature et l’histoire malgré leur brutalité et leur
férocité sont un cri d’espoir. » Nous prenons de l’âge. Tant mieux.

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