lundi 13 octobre 2025

« Dernière carte », l’éditorial de Cédric Clérin.



Après un an de manœuvres et de combinaisons pour garder un pouvoir que les Français ne veulent plus le voir exercer, le président de la République a sans doute abattu sa dernière carte. Elle est un aveu d’impuissance terrible : (re) nommer un premier ministre, Sébastien Lecornu, parmi ses derniers proches et qui n’a même plus de majorité relative sur laquelle s’appuyer. Le spectacle désolant du forcené de l’Élysée a pour principales conséquences de dégoûter encore un peu plus les Français de la chose politique. Et tout ça pour quoi ?

Tout vaut mieux aux yeux du président qu’un premier ministre venu de la gauche. Tout, y compris l’affaiblissement des institutions, l’usure du Parlement, la multiplication des artifices constitutionnels pour éviter un gouvernement conforme au vote des Français. Ce refus obsessionnel traduit moins une stratégie qu’une peur : celle d’une nouvelle politique économique et sociale pour le pays que pourtant réclament, sondage après sondage, les citoyens après l’avoir dit dans les urnes.

Ces choix toujours plus sidérants traduisent le rejet obstiné de mesures de justice pourtant plébiscitées. La taxe sur les superprofits ou la taxe Zucman, soutenues par 85 % des Français, l’abrogation de la réforme des retraites, souhaitée par 75 % des salariés, ou encore les mesures de soutien au pouvoir d’achat, attendues de toutes parts. Ce jusqu’au-boutisme n’est pas qu’un entêtement personnel. C’est un choix de classe.

Depuis des décennies, les institutions ont permis aux mêmes politiques libérales d’être appliquées encore et encore. Le système craque. Le président expose aux yeux de tous que, sous la Ve République, la démocratie ne vaut que pour servir les intérêts du petit nombre. Au-delà du vote d’un budget pour l’année qui vient, le véritable enjeu devant nous est la refondation pour l’avenir d’un modèle à bout de souffle. C’est cette perspective qu’il convient désormais d’ouvrir pour conjurer l’arrivée des vautours d’extrême droite qui voudraient jeter la République avec ceux qui l’ont confisquée.

 

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