Certes,
comparaison n’est pas raison. Mais les chantres de l’austérité devraient tout
de même jeter un œil par-delà les Pyrénées. En plein marasme économique, alors
que les pays du nord européen – pour ceux qui échappent à la récession –
s’installent durablement dans la stagnation, l’Espagne affiche un taux de
croissance que d’aucuns jugent insolent, consolidé à 3,2 % sur
l’année 2024 contre 1,2 % pour la France et alors que l’Allemagne a vu,
sur la même période, son économie se contracter de 0,2 %.
Ni miracle ni
mirage, la bonne santé de l’économie espagnole s’explique en premier lieu par
les choix politiques, opérés par la coalition de gauche au pouvoir, aux
antipodes de la vieille marmite austéritaire dans laquelle l’exécutif français
tambouille. Réévaluation massive du salaire minimum – passé de 736 euros
mensuels en 2019 à près de 1 200 euros aujourd’hui –, baisse significative du nombre de
contrats précaires, négociée avec les syndicats de salariés et le
patronat, proposition d’une réduction hebdomadaire du temps de travail sans
perte de salaire, plafonnement des dépenses de défense à rebours de la marche
militaire entonnée à l’unisson par ses voisins européens… L’Espagne a fait le
choix de relancer la consommation des ménages, et donc la production, par une
politique volontariste axée sur le travail, les salaires et un réinvestissement
de l’État dans les services publics.
Si, pour une
partie de la gauche, Madrid fait figure de modèle absolu, il serait pourtant
illusoire d’imaginer calquer la feuille de route du gouvernement Sanchez pour
en tirer, ici, des résultats similaires. D’autant que la croissance, en soi,
est loin d’être le meilleur indicateur de la bonne santé économique et sociale
d’un État. Mais en tournant résolument le dos à l’austérité généralisée, le
gouvernement Sanchez a donné à l’Espagne les moyens de lendemains
meilleurs. Et au reste de l’Europe une leçon de courage politique.

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