Jack Ralite
dans une autobiographie posthume. Le dirigeant communiste se raconte, entre son
amour pour les arts et les artistes et ses combats pour la culture.
Mon Alphabet d’existence… Quel beau titre pour un ouvrage qui se lit sans modération, en toute
liberté, puisant au fil des pages qui alternent savamment souvenirs intimes, publics
et portraits savoureux d’artistes qui furent ses amis – Marcello Mastroianni,
Ettore Scola, Jean Prat –, une grande et belle leçon de vie entièrement dévouée
à la politique, à l’art et aux artistes. Tout commence dès la couverture
du livre, des notes manuscrites jetées en vrac, comme celles que prenait Ralite
sur des bouts de papier qu’il conservait précieusement dans ses poches.
« Sans être poète, Jack Ralite pensait poétiquement », écrit dans sa préface Laurent Fleury. Toute sa vie,
Ralite a puisé chez les poètes des citations, non pour fleurir artificiellement
ses discours, mais pour repousser plus loin les chants/champs du possible,
donner du souffle à cet idéal communiste qu’il avait chevillé au cœur, les
partager avec tous, qu’ils soient prolos ou professeurs au Collège de France.
Un communiste atypique
On se promène
ainsi dans les souvenirs d’un homme qui dès l’enfance, marquée par l’Occupation
et son arrestation par les nazis à 14 ans, ne cessera de lutter contre les
injustices et pour l’émancipation humaine. Maire d’Aubervilliers, député,
ministre de la Santé en 1981, puis sénateur, Ralite consigne ses souvenirs sans
hiérarchie, mais avec la même passion qui ne l’a jamais lâchée depuis
l’enfance.
Dirigeant
communiste, il ne cache rien de ses désaccords avec le parti, « son »
parti, qu’il ne quittera pourtant jamais. Vivant toute sa vie, malgré les
nombreuses fonctions qu’il a occupées, dans son petit HLM d’Aubervilliers, pour
sentir le pouls de ses habitants, il confie : « C’est vrai que
j’ai toujours une main chez les artistes et une autre chez les ouvriers. Si
j’en lâche une, je boite et je n’aime pas boiter. »
Fondateur des
états généraux de la culture, il a rencontré des poètes, des artistes et des
intellectuels du monde entier. Il fut l’un des principaux artisans de cette
idée, fondamentale, de l’exception culturelle. Il nous a laissé des outils pour
repenser au présent une autre politique culturelle publique. Laissons le mot de
la fin à sa grande amie, Leïla Shahid : « Je
dois beaucoup à Jack. La Palestine aussi. Et il restera dans nos cœurs une
lueur au bout du tunnel, un guide. »
Mon Alphabet d’existence, de Jack Ralite, éditions Arcane 17, 220 pages, 25 euros

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