Dans les jours qui ont précédé la
présentation du tour de vis austéritaire gouvernemental, la ministre des
comptes publics Mme Amélie de Montchalin tentait de convaincre
les cabinets ministériels en expliquant que pour faire passer l’amère
pilule, « il y avait une histoire à raconter ».
C’est ce que n’a cessé de faire le Premier ministre depuis lors. De
conférence de presse en discours, de séries vidéo, que personne ne regarde, en
émissions de télévision, il n’a pas arrêté de bredouiller un dramatique
scénario perclus de mensonges. Son fonds de commerce est la dette, la dette,
toujours la dette. Mais personne ne croit à cette histoire.
Dans ses explications embuées, il en rend responsables ses prédécesseurs.
Pourtant, il a été membre des gouvernements Balladur et Juppé de 1993 à 1997.
Il a soutenu tous les budgets de droite et se vante d’être celui qui a fait
porter E. Macron au pouvoir. Son parti a voté tous les budgets depuis
2017, pendant qu’il s’est fait nommer Haut-commissaire au plan chargé de ne
construire aucun… Plan.
Notons aussi que M. Bayrou a toujours été l’un des promoteurs actifs
des libéralisations financières et des traités ultralibéraux européens, qui ont
obligé l’État à emprunter en dehors de la Banque centrale au profit de
l’émission de titres d’emprunts sur les marchés financiers internationaux,
c’est-à-dire auprès des grandes banques privées et des grandes compagnies
d’assurances. Ce faisant, lui et ses amis politiques, mandataires des intérêts
de la haute finance, ont permis de nourrir une multitude de rapaces dont le
ventre n’a cessé de grossir au fur et à mesure que notre pays a eu besoin
d’emprunter. Depuis le milieu des années 1980 jusqu’en 2023, la charge de
la dette, c’est-à-dire la totalité de la valeur des intérêts versés au monde
financier, est estimée à 1 640 milliards d’euros, soit la moitié de
la dette actuelle. Sans ces intérêts, qui ne sont rien d’autre qu’un pillage en
règle, organisé par l’économie capitaliste au détriment des biens communs, la
dette serait aujourd’hui divisée par deux. Quand le Premier ministre répète
qu’il faut produire plus pour rembourser la dette, il demande en vérité de
travailler plus et plus longtemps pour nourrir les parasites de la finance et
pour offrir toujours plus de travail gratuit afin de servir une partie du
capitalisme de production.
Il y a deux manières de faire un budget : soit on applique une
fiscalité qui tient compte des capacités contributives de chacun, y compris le
capital. Soit on finance l’État par endettement auprès de créanciers
(entreprises et ménages fortunés) qui sont rémunérés pour leur apport.
Dans le premier cas, nous pourrions dire
que nous organisons une société commune pour les intérêts communs. Dans le
second, ce sont les riches créanciers et les détenteurs de capitaux qui, en
étant rémunérés, s’enrichissent grâce à la dette. Ce sont eux, jamais
rassasiés, qui réclament à cor et à cri « la baisse des prélèvements obligatoires »
et le tandem Bayrou-Macron les sert, en abaissant les impôts sur le capital et
sur la fortune, en exonérant de cotisations sociales les plus bas salaires, en
multipliant des « aides » aux entreprises sans
contrepartie. Celles-ci constituent un solide sparadrap indécollable sur les
mensonges du pouvoir, depuis que le rapporteur de la commission sénatoriale sur
ces questions, Fabien Gay, a révélé l’ampleur du transfert, du budget national
vers le grand capital, qu’organise le directoire des milieux d’affaires :
211 milliards d’euros. C’est le double de la somme que les tenants du
pouvoir veulent soustraire aux citoyens, à leurs services publics et à leur
protection sociale pour les trois années à venir.
La guerre engagée contre les agents des
services publics, contre la fonction publique, traitée de « mammouth à dégraisser » par les agents de la
propagande capitaliste, devrait recevoir une cinglante réplique populaire.
Disposer d’infirmières, d’enseignants, de policiers, de magistrats n’est pas une
dépense de « fonctionnement », comme le
répètent les austères comptables. Les services de santé, d’éducation, de
sécurité, de transport et bien d’autres sont des investissements humains pour
l’avenir, pour l’efficacité, pour l’humanité.
Quant à l’ineptie selon laquelle la France va être placée sous tutelle par
le Fonds monétaire international (FMI), elle relève de la fausseté et de
l’hypocrisie d’un Premier ministre prêt à utiliser l’arme de la peur qui ouvre
les portes de l’autoritarisme. Le FMI n’intervient que quand est constaté, sur
une longue période, un déficit de la balance des paiements. Or, la France n’a
pas connu depuis longtemps de tels déficits. En juillet dernier, la balance
courante, comprenant les échanges de marchandises et de biens et services,
était excédentaire de plus de 3 milliards d’euros.
Dans le long catalogue des mensonges,
notons aussi cette absurdité selon laquelle chaque enfant naîtrait « avec 54 000 euros de dettes ». On fait
croire ainsi que le pays est dépouillé de tout. Or, chacune et chacun est en
théorie propriétaire d’actifs financiers (actions d’entreprises) pour une somme
d’environ 24 000 euros et solides (bâtiments, routes, équipements
publics) pour une valeur d’environ 54 000 euros. À ceci, il faut
ajouter que tout investissement réalisé aujourd’hui grâce à l’emprunt
bénéficiera aux générations à venir.
La question est de savoir si ces investissements serviront le développement
humain et la bifurcation écologique ou la destruction du travail et de la
biodiversité.
L’argument massue de la dette ressemble à la queue d’une vieille comète
pour faire accepter la destruction de la protection sociale, pour mettre à bas
le statut de la fonction publique, pour affaiblir encore les collectivités
territoriales, pour attaquer la cinquième semaine de congés payés.
Les coups de hachoir dans l’assurance-chômage et le recul de l’âge de
départ à la retraite à taux plein ont pour objectif d’attiser les divisions
entre salariés afin de les affaiblir et de les appauvrir. Le cadre du
« marché de l’emploi » capitaliste permet ainsi d’obliger les privés
d’emploi à accepter du travail moins bien rémunéré, et le recul de l’âge légal
de départ à la retraite augmente le nombre de personnes sur ce
« marché » afin de faire pression à la baisse sur les salaires, tout
en visant la diminution des investissements sociaux pour offrir des pans
entiers de la protection sociale aux assurances privées. Celles-ci deviendront,
demain, de plus gros prêteurs à un État endetté sur le dos duquel elles se
gaveront encore plus. C’est la cohérence du nœud coulant du capitalisme contre
les travailleurs et contre les citoyens. Ensemble, ils le rejettent de plus en
plus.
En effet, l’immense majorité de la population refuse la potion amère du
docteur Bayrou. Ils lui demandent de partir. Le maire de Pau sait
d’ailleurs qu’il n’obtiendra pas la confiance du Parlement, le
8 septembre. Mais, il n’a pas pris cette décision en accord avec le
président de la république par hasard.
La crise politique, qui court depuis des années, trouve sa source dans
cette donnée fondamentale : il n’y a pas de majorité pour une politique
entièrement tournée vers le service au capital. Que le Premier ministre
s’appelle Bayrou, Valls, Cazeneuve, Barnier, Borne, Attal ou Philippe, il ou
elle se heurte à ce mur populaire.
Ainsi est mis à l’ordre du jour la question, d’un changement non pas
seulement de Premier ministre ou de président de la République, mais de
politique, telle que l’expose le programme du Nouveau Front populaire. Ce que
les puissances industrielles et financières ne veulent absolument éviter.
F. Bayrou a engagé le processus que
lui demandaient les forces du capital, les instances européennes et le parti de
la guerre qui poussent tous pour dépenser toujours plus dans le surarmement,
d’ailleurs considéré comme un facteur de relance de la « croissance ».
De là découle l’idée du « vote de confiance » de lundi prochain.
Ce vote ressemble, comme deux gouttes d’eau, à une demande de pleins pouvoirs.
Dans un premier temps, il s’agirait d’obliger toutes les forces politiques à
reconnaître l’existence d’un haut niveau d’endettement sans en discuter les
causes fondamentales. Et, à partir de là, seraient décidées des dispositions
antisociales et des orientations protectrices des puissances d’argent et de
l’industrie militaire dont une partie serait actée par décret présidentiel ou
ordonnances à partir du blanc-seing parlementaire.
Les vieilles rengaines sur la « stabilité », sur les « compromis nécessaires », sur la « responsabilité » vont de nouveau être brandies,
sans jamais discuter des moyens d’affronter le monde nouveau qu’impose Trump au
nom du capitalisme et de l’impérialisme états-unien puisque les dirigeants
européens en sont devenus les laquais consentants. Affronter ce monde, réduire
d’un même pas la dette monétaire et la dette écologique implique pourtant
d’investir massivement dans le progrès humain et dans la bifurcation
environnementale tout en développant une diplomatie de paix et une diplomatie
écologique.
Or, le grand capital français réclame la mise en œuvre d’une politique
trumpiste au détriment des travailleurs et des centaines de milliers de petites
et moyennes entreprises, et il utilisera tous les moyens pour l’obtenir. S’il
considère qu’une dissolution de l’Assemblée nationale ou une nouvelle élection
présidentielle installant l’extrême droite au pouvoir lui permettrait de
sécuriser ses profits et son projet de classe, il le tentera.
Si la crise de régime qui s’annonce
devient incontrôlable en se doublant de crises liées au nouveau tour que prend
la guerre en Ukraine, ce même grand capital, si soucieux de « stabilité » pour le système, peut enjoindre à son
représentant installé au palais de l’Élysée de faire preuve de courage et
d’utiliser l’ensemble de ses pouvoirs, c’est-à-dire les « pleins pouvoirs », en vertu de l’article 16
de la Constitution, avec un petit gouvernement dit « technique ».
Rien ne leur fait davantage peur que les mobilisations populaires qui se
préparent, l’alliance intersyndicale et les journées d’actions projetées, les
10 et 18 septembre. Le rejet des politiques réactionnaires en cours est si
massif qu’il peut prendre un caractère unitaire et combatif inédit.
C’est ainsi qu’il faut comprendre la
missive de l’un des porte-plume du capitalisme dans le journal des milieux
d’affaires les Échos, titrant « Le danger, c’est moins la dette que le retour à la lutte des
classes* ». La classe capitaliste mène bien une lutte sans
merci contre la classe travailleuse, mais elle refuse que cette dernière puisse
se défendre et prendre le pouvoir sur sa vie et son avenir.
Dans ces conditions, rien ne doit être négligé pour que les forces de
gauche et de l’écologie politique raniment le Nouveau Front populaire pour
aider les travailleuses et les travailleurs à conquérir le pouvoir sur la
production et sur la création monétaire et à devenir maîtres de l’élaboration
d’un budget protégeant les plus humbles tout en traçant des perspectives de
transformation sociale et écologique. La Fête de l’Humanité peut être le lieu
d’un tel travail d’élaboration, de liens renoués, de renforcement et
d’élargissement des combats pour une autre société.
Dénoncer les mensonges bayrouistes sur la dette, faire la clarté sur les
parasites du système, agir pour la démocratie et pour la paix fait partie intégrante
d’un nécessaire débat pour que les masses populaires, qui n’en peuvent plus du
capitalisme, deviennent actrices d’un changement de politique et de société.
Dans la préparation de la Fête de l’Humanité, au cœur de la Fête elle-même,
puis après la Fête des assemblées populaires unitaires portant l’enjeu de la
perspective progressiste à construire ensemble constitueraient un nouvel élan
pour faire du neuf. Le monde a changé, les enjeux sont différents de ceux du
siècle précédent, il convient donc de se renouveler pour porter plus avant un
nouveau projet de gauche et écologique transformateur.
Dans l’unité la plus large ouvrons, sans a priori, les passages à niveau
pour les trains du changement progressiste, social, démocratique, écologique.
L’aspiration au changement est si puissante, le désir d’unité si fort, la
demande de participation démocratique et d’écoute si large qu’il faut acter
l’importance de la nouvelle période qui s’ouvre pour dessiner une perspective
neuve.
Patrick Le Hyaric
2 septembre 2025
*Éric Le Boucher, éditorial, Les Échos des 29-30 août.

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