Des cures
d’austérité brutales et néfastes, avec pour seule boussole la politique de l’offre, la France en a
malheureusement connu un certain nombre ces trente dernières années. Alors
pourquoi celle-ci suscite un tel rejet ? Le néolibéralisme et ses zélés
porte-parole n’ont cessé de vanter avec morgue la théorie du ruissellement et
son corollaire, « there is no alternative ». Mais le résultat, les
Français ne le connaissent que trop bien : explosion des inégalités,
paupérisation du pays, affaissement des services publics, baisse de la croissance,
manque d’investissement dans la transition écologique, dégradation des
conditions de travail…
Une majorité de
plus en plus grande de citoyens a conscience que cette austérité est injuste et
sans vision. Mieux encore, qu’on peut, et qu’on doit, faire autrement. Dans un
sondage Elabe réalisé fin août, 82 % des personnes interrogées pensent que
« les efforts ne sont pas équitablement répartis » et 76 %
estiment que le projet de budget n’est pas efficace pour réduire la dette
publique. D’autant que beaucoup ont en tête un chiffre, rendu public grâce au
groupe communiste du Sénat : les 211 milliards annuels d’aides
publiques aux entreprises, premier poste de dépenses de l’État, distribuées
sans contrôle ni contreparties. 211 milliards d’euros, soit cinq fois plus
que les 44 milliards d’économies souhaitées par le gouvernement. La
violence avec laquelle les éditorialistes de cour vilipendent ce rapport, sans
aucun argument sérieux, dit combien il dérange.
Emmanuel Macron
n’aura aucun répit. Et peu de choix.
Si depuis sa présentation
le 15 juillet, le « musée des horreurs budgétaires », comme le
nomment les syndicats, fait l’unanimité contre lui, c’est aussi qu’il émane
d’un gouvernement qui n’a aucune légitimité démocratique. Le péché originel du
président de la République, celui de ne pas avoir respecté le verdict des
urnes, le rattrape. Au point que le couple exécutif, inquiet de la colère
populaire, a décidé de ne pas attendre la discussion sur la loi de finances
afin de demander, via un vote de confiance, un blanc-seing pour sa politique
économique.
On pourrait
disserter à l’infini sur le choix suicidaire du cas Bayrou, dont chaque prise
de parole depuis son annonce l’enfonce un peu plus dans l’impopularité.
L’essentiel n’est pas là, mais bien dans le débouché de cette nouvelle crise
politique. Les scénarios ne sont pas si nombreux. Sauf coup de théâtre,
hautement improbable compte tenu des déclarations de l’opposition, le premier
ministre quittera ses fonctions le 8 septembre.
Contrairement à
l’automne dernier, où le président de la République avait fait durer le
suspense pendant d’interminables semaines, le chef de l’État ne peut plus se
payer le luxe d’attendre, sauf à faire redoubler la colère populaire et
s’engager dans une guerre des nerfs qui se retournerait contre lui. Entre le
mouvement Bloquons tout du 10 septembre et la journée de mobilisation
du 18, annoncée par l’intersyndicale, Emmanuel Macron n’aura aucun répit. Et
peu de choix. La nomination d’un nouveau fusible Macron-compatible à
Matignon mènerait à la même impasse. Ne lui reste que deux possibilités :
nommer un premier ministre de gauche, issu du NFP, et assumer une cohabitation,
comme le dictait le verdict des urnes il y a un an. Ou dissoudre à nouveau
l’Assemblée nationale.
C’est dire si
les semaines politiques à venir seront décisives. Dans ce contexte explosif,
les forces politiques de gauche doivent se tenir prêtes. C’est à elles
qu’incombe la responsabilité de transformer cette juste colère populaire en
débouché politique positif, sous peine de laisser l’extrême droite prendre le
pouvoir. Les forces progressistes de notre pays, associatives, syndicales,
politiques, culturelles, se retrouveront à la fête de l’Humanité. Qu’elles se
saisissent de ce rendez-vous pour faire front commun !

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