jeudi 18 septembre 2025

« La peur change de camp », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Pendant que la Fête de l’Humanité battait son plein avec 610 000 participants qui se pressaient dans ses stands, les chaînes d’info et les radios n’avaient de micros ce week-end que pour Marine Le Pen et Jordan Bardella. En pure perte ? Il faut l’espérer.

Comme chaque fois que le mouvement social relève la tête, les fantasmes réactionnaires perdent du terrain pour laisser place aux vrais problèmes : les inégalités criantes, les 211 milliards d’euros d’argent public versés annuellement aux patrons sans contrôle et sans contrepartie, l’austérité budgétaire qui asphyxie toute vie collective et appauvrit la France avec sa voirie, ses infrastructures, son dynamisme culturel et son système de soins hier fiertés mondiales et aujourd’hui en lambeaux.

Malgré les éructations de l’extrême droite pour faire diversion, tous les journaux se focalisent sur la grande question du moment : les plus riches vont-ils, suprême horreur, devoir s’acquitter d’un impôt de 2 % – la fameuse taxe Zucman – sur leur fortune ? La peur change de camp et étreint soudainement les milieux d’affaires. Une inquiétude bien plus déterminante, en réalité, que celle de la prétendue « submersion migratoire » qui ne concerne les beaux quartiers qu’à l’heure du nettoyage des bureaux.

Si les patrons, les libéraux et leur presse s’agitent autant, ce ne sont pas tant les pourparlers entre le PS et Sébastien Lecornu qui les font trembler. L’Assemblée nationale est exactement la même qu’avec Michel Barnier ou François Bayrou à Matignon, et elle ne compte pas un député rouge de plus ni un de moins au « socle commun ».

Le Medef s’inquiète bien plus du frémissement qui monte des usines, des entrepôts et de la rue. La séquence sociale entamée avec le 10 septembre a déjà fait chuter Bayrou, de son propre aveu. Elle poursuit sa lancée ce jeudi par la journée intersyndicale de grève qui s’annonce comme très suivie et pourrait pousser l’exécutif à revoir sa copie.

Qu’un mouvement ample cimente les convergences entre la CGT et la CFDT, et resserre les liens distendus à gauche : voilà la vraie crainte de la droite à l’extrême droite, dans ce moment d’incertitude politique où le pays peut basculer d’un côté ou de l’autre.

 

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