On croirait
revenu le temps de la guerre des tranchées déclarée en 1982 à la gauche au
pouvoir par le chef du CNPF, Yvon Gattaz, pour exiger « moins
d’État » et moins de taxes. Voilà aujourd’hui le président du Medef, Patrick Martin,
arc-bouté sur les privilèges de sa classe sociale, menaçant de faire descendre
les patrons dans la rue pour prévenir toute remise en cause des largesses dont
le pouvoir macroniste couvre quoiqu’il en coûte les riches, les possédants,
l’oligarchie capitaliste.
À écouter ces
jérémiades, les grandes entreprises seraient au bord de l’asphyxie fiscale et
les actionnaires du CAC 40, sur la paille, prêts à l’exil pour préserver leurs
moyens de subsistance. C’est une plaisanterie. Jamais les plus nantis, en
France, ne se sont acquittés d’aussi peu d’impôts.
Ne parlons même
pas des 211 milliards d’euros de
subventions et d’exonérations de cotisations sociales patronales
distribuées sans contrepartie ni contrôle aux entreprises en 2024. Entre 2016
et 2022, le taux normal de l’impôt sur les sociétés est passé de 33,3 % à
25 %, et sur les impôts de production, la facture a été allégée de
15 milliards d’euros.
Depuis
l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée
en 2017, les baisses d’impôts et de prélèvements représentent au moins
308,62 milliards d’euros. Et ce sont les ruineux cadeaux fiscaux aux plus
riches qui pèsent ici le plus lourd : près de 207 milliards d’euros,
soit un quart de l’augmentation de la dette sur cette période.
S’il faut
éponger une dette, c’est donc en premier lieu la dette de l’injustice fiscale
qui prive les services publics de ressources vitales, plombe les comptes de la Sécurité sociale,
fragilise le système de retraite par répartition.
La déclaration
des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pose un principe de juste
distribution de la charge fiscale, « également répartie entre tous les
citoyens, en raison de leurs facultés ». Ceux qui ont peu contribuent
peu, ceux qui ont beaucoup doivent contribuer à la mesure de leur
fortune : dans cette progressivité se réalise l’égalité devant l’impôt.
Les sommations
de Patrick Martin exigeant encore des plus modestes des « efforts »
insoutenables tout en défendant pour les siens des exemptions exorbitantes ne
sont pas seulement iniques : dans un pays fracturé par les inégalités,
guetté par une déflagration sociale, elles sont incendiaires.

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