La liberté de
la presse est sacrée. Née, dans notre pays, avec la Révolution française, elle
est la « sentinelle de la démocratie », disait Camille
Desmoulins. Sans elle, pas de pluralisme des idées, pas de possibilité pour les
« intelligences libres (…) de comprendre et de juger elles-mêmes les
événements du monde », comme Jean Jaurès en assignait le but à l’Humanité.
La décision de La France
insoumise de refuser d’accréditer à ses Amfis un journaliste du Monde, au motif qu’il a coécrit, avec une consœur de Libération,
un livre dont le contenu est contesté par la direction de LFI, est une entorse
préoccupante à ce principe défendu par tous, jusqu’alors, à gauche.
À l’Humanité,
nous y sommes d’autant plus attachés que notre journal a souvent payé le prix
des entraves à la liberté d’informer parce que ses rédacteurs n’écrivaient pas
ce que des pouvoirs désiraient y lire. Bien sûr, ce qu’il s’est passé aux Amfis
n’est en rien comparable aux saisies de journaux d’autrefois. Mais, à un moment
où le droit à une information fiable et vérifiée est l’enjeu d’attaques
multiformes, ce procédé jette le doute sur la sincérité des intentions de la
gauche, si elle arrivait au pouvoir, pour limiter la concentration des médias
et défendre l’indépendance des rédactions ainsi que la pérennité du service
public audiovisuel. Tous objectifs inscrits dans le programme législatif du
Nouveau Front populaire.
En démocratie,
on ne combat pas les écrits avec lesquels on est en désaccord en choisissant
qui a le droit ou non d’accéder à l’information, comme s’il fallait montrer
patte blanche. Faire cela, c’est tenter de contrôler peu ou prou ce qui se dit
et s’imprime. Et c’est, dans le cas d’espèce, confirmer ce que l’on prétend démentir :
« Désormais, relevaient déjà les deux auteurs dans leur livre, nous
sommes exclus du ballet médiatique (autour de Jean-Luc Mélenchon – NDLR). La
contradiction lui est devenue intolérable. » En réponse, certaines
rédactions ont décidé de rappeler leurs envoyés spéciaux aux Amfis ce week-end.
L’Humanité a fait le choix, comme d’autres médias, de maintenir son
journaliste sur place, pour rester fidèle à sa mission d’informer, due à ses
lecteurs. Au nom de la liberté de la presse.

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