Frédéric Masquelier (LR), un proche d’Éric Ciotti, qui avait parrainé la candidature de Marine Le Pen en 2022, a inauguré un monument dédié aux victimes du « totalitarisme communiste ». Une contre-manifestation organisée par le PCF et à laquelle participait toute la gauche est venue rappeler la mémoire des résistants communistes à l’occupation nazie.
Des centaines
de personnes ont répondu, samedi 23 août, à l’appel de la Fédération du
Var du parti communiste français (PCF) et se sont rassemblées devant la mairie
de Saint-Raphaël. Elles entendaient dire leurs oppositions à l’initiative du maire de la ville,
Frédéric Masquelier, officiellement LR mais en réalité
Ciotti-compatible, qui inaugurait au même moment un monument dédié aux victimes du
« totalitarisme communiste ». Rien de vraiment étonnant
dans un département où sept des huit députés sont issus du Rassemblement
national. D’ailleurs, ce même maire avait parrainé la candidature de Marine Le Pen
pour l’élection présidentielle de 2022.
Pierre Daspre,
le secrétaire départemental du PCF avait demandé l’interdiction de « cette
inauguration honteuse, insultante non seulement pour les communistes mais pour
toute la résistance ». Il avait d’ailleurs écrit en ce sens au préfet
du Var, sans succès.
Pour cette
initiative, le PCF a reçu le soutien du Parti socialiste, d’Europe Écologie-Les
Verts, de LFI, de GRS, de la CGT, d’Attac mais également du Mouvement de la Paix et
du Forum républicains Fréjus-Saint-Raphaël, toutes et tous venu(e) s avec leurs
drapeaux. Une diversité à gauche et un même élan pour soutenir une histoire,
des valeurs de résistance et un combat pour l’émancipation humaine.
« Nous voulons aussi montrer que la résistance communiste c’est aussi
les batailles d’aujourd’hui contre la loi SRU ou la loi sur
les fonctionnaires », soulignait
Pierre Barbagellata, de la direction du PCF 83. À l’instar de la représentante
du parti socialiste, Magali Brunel, qui sera la tête de liste de la gauche à
Toulon lors des prochaines municipales.
Elle a choisi
de lire un texte de Louis Aragon, tiré de son
ouvrage L’homme communiste, de 1946, dans lequel le poète
écrivait : « Mais qui ne voit que le communiste est de nos jours
l’héritier, le représentant de toute grandeur humaine, de tout esprit de
sacrifice, de tout héroïsme français ? » Il ajoutait
également : « L’homme communiste, c’est celui qui met l’homme
au-dessus de lui-même. L’homme communiste, c’est celui qui ne demande rien,
mais qui veut tout pour l’homme. »
Des citations
longuement applaudies et qui résonnaient fortement devant les portraits de Missak Manouchian,
résistant communiste, entré au Panthéon l’an passé
ou celui des communistes de la ville qui se sont dressés devant l’occupant nazi
dès 1940 comme Roger Landini. Sa mémoire a été évoquée par sa petite-fille via
une lettre envoyée aux organisateurs de ce rassemblement. Elle a dénoncé « cette
ville de Saint-Raphaël où maintenant l’extrême droite relève la tête ».
La gravité de l’acte de cette droite extrême n’a pas échappé aux organisations communistes régionales. De Marseille, de Nice ou de Gap, ils ont fait le déplacement, conscient que cette tentative est la première mais certainement pas la dernière. « C’est une provocation politique, une falsification de l’histoire, une insulte à celles et ceux qui, communistes, ont donné leur vie pour libérer l’Europe de la barbarie nazie », a dénoncé Julien Picot, responsable du PCF dans les Alpes-Maritimes, venu avec une quarantaine d’autres militantes et militants.
Au-delà de la
manœuvre idéologique aux relents nauséabonds, cette attaque de Frédéric
Masquelier touche également aux élections municipales. Emmanuelle Cocusse, élue
écologiste « Ma vie, ma planète », à Saint-Raphaël (l’une des deux
seules opposantes), a rappelé les plaintes déposées contre le maire après des
propos misogynes réguliers mais également le rapport de la Chambre régionale des
Comptes qui pointe la gestion de la commune, la « bétonnisation
galopante » ou encore l’obligation faites aux élèves d’assister à la
levée du drapeau chaque matin, ce qui n’est pas sans rappeler les années Pétain.
« Ça fait du bien de vous voir là », a lancé Emmanuelle Cocusse aux
manifestants parmi lesquels plusieurs ont confié à l’Humanité n’être pas communistes
« mais ce que fait le maire est honteux. »
Preuve de la
sérieuse prise en considération de ce qui se passe à Saint-Raphaël, le PCF
avait délégué sur place l’un de ses porte-paroles, par ailleurs sénateur de Paris, Ian Brossat.
Celui-ci, en remerciant toutes les forces de gauche pour leur participation,
soulignait qu’il « ne fallait pas laisser passer cette entreprise de
falsification historique » et rappelait qu’il y a deux ans déjà, des
sénateurs LR de la région Paca avaient tenté de déposer une loi dans ce sens.
« Cette diabolisation du PCF et de la gauche vise à justifier des
alliances avec l’extrême droite, avec les descendants de la collaboration dès
les municipales de 2026 », a relevé Ian Brossat. « En insultant les communistes, ils veulent
remettre en cause les actions menées au lendemain de la guerre avec notamment
la création de la sécurité sociale par notre camarade Ambroise Croizat
dans un pays ruiné, au sein du gouvernement du général de Gaulle. Ce sont bien
toutes ces conquêtes sociales qui sont visées. »
La Marseillaise
a ensuite retenti (avant l’Internationale), reprise à pleine voix par les
centaines de participants. Ce chant qui était sur les lèvres de tous ceux
tombés sous les balles de l’occupant, y compris de ces étrangers « et
nos frères pourtant ».

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