jeudi 21 août 2025

De Gaza à Jérusalem, Benyamin Netanyahou accélère la mise en œuvre du projet de « Grand Israël » (Christophe Deroubaix)



Le gouvernement israélien a rappelé 60 000 réservistes pour lancer l’occupation totale de la bande de Gaza et approuver un projet de construction qui coupera la Cisjordanie en deux.

Dans la course-poursuite engagée pour tuer dans l’œuf toute possibilité d’un État de Palestine et expulser les Palestiniens de leur terre, Benyamin Netanyahou a manifestement décidé de passer à la vitesse supérieure. En vingt-quatre heures, deux annonces faites par la coalition d’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv illustrent cette accélération dans la mise en œuvre du projet de « Grand Israël ».

Afin de réaliser le plan, adopté début août, visant à s’emparer de la ville de Gaza et du camp de réfugiés du centre du territoire, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a ordonné mercredi le rappel de 60 000 réservistes. Cette décision intervient alors que la perspective d’un cessez-le-feu semblait se rapprocher.

 

Le Hamas a accepté dimanche une nouvelle proposition des médiateurs égyptiens et qataris. Selon le site Al Mayadeen, l’accord prévoit un retrait de l’armée israélienne de 1 000 mètres du nord et de l’est de Gaza, à l’exclusion d’al-Shujaiya et de Beit Lahia, ainsi qu’un échange de prisonniers : 10 captifs israéliens encore en vie seraient remis en échange de 140 Palestiniens condamnés à la réclusion à perpétuité et de 60 autres condamnés à des peines de plus de quinze ans. Par ailleurs, 1 500 personnes détenues depuis la guerre en cours à Gaza devraient être libérées.

La balle se trouvait donc du côté du gouvernement Netanyahou, qui a préféré accélérer l’occupation totale de la bande de Gaza, préparée par l’intensification des bombardements depuis plus d’une semaine. L’armée « se prépare à une opération prolongée » qui « continuera jusqu’en 2026 », a annoncé la radio militaire.

L’ampleur du nombre de réservistes rappelés indique celle de l’opération. Ces dernières semaines, l’armée a lancé une campagne de recrutement de jeunes originaires des États-Unis et de France, espérant convaincre 10 000 d’entre eux afin de pallier le taux d’absentéisme, en hausse notable, de soldats réservistes, en raison des défections « civiques » comme des épuisements physiques et psychologiques.

Deuxième front : la Cisjordanie. Mercredi, en milieu de journée, Israël a officiellement approuvé un projet essentiel pour empêcher l’avènement d’un État de Palestine. « Je suis heureux d’annoncer qu’il y a une heure à peine, l’administration civile a approuvé la planification pour la construction du quartier E1 », a annoncé dans un communiqué Guy Yifrah, maire de la colonie israélienne de Maale Adumim, à quelques kilomètres à l’est de Jérusalem.

C’est le ministre suprémaciste juif, en charge des Finances, Bezalel Smotrich, qui avait ressorti, jeudi 14 août, ce projet enfoui dans de vieux cartons. Il consiste en la création d’un nouveau quartier de 12 kilomètres carrés avec 3 400 logements. Il coupera la Cisjordanie en deux, avec, au sud, Hébron et Bethléem, et, au nord, Ramallah et Naplouse, tout en isolant Jérusalem-est, occupée depuis 1967 et annexée en 1980, du reste du territoire palestinien.

Pour les promoteurs de l’E1, l’absence de toute continuité territoriale empêcherait la création d’une entité étatique palestinienne. « L’approbation de cette nouvelle expansion des colonies constitue une nouvelle violation grave du droit international et des résolutions de l’ONU et de la CIJ », a réagi Moustafa Barghouti, qui anime l’Initiative nationale palestinienne.

« L’État palestinien est en train d’être effacé, non pas par des slogans, mais par des actes », s’est félicité Bezalel Smotrich. « Quiconque, dans le monde, tente aujourd’hui de reconnaître un État palestinien recevra notre réponse sur le terrain. Non pas par des documents, des décisions ou des déclarations, mais par des faits. Des faits concernant les maisons, des faits concernant les quartiers », avait revendiqué le ministre extrémiste, lors de la présentation, cartes à l’appui, de ce projet E1.

L’ONU et l’Union européenne avaient appelé Israël à renoncer à sa construction. Mais la proposition alors isolée est devenue, en moins d’une semaine, la politique officielle d’Israël.

Preuve qu’il s’agit bien d’une réponse, à l’instar de courriers envoyés par Benyamin Netanyahou à Emmanuel Macron et Anthony Albanese, le Premier ministre australien (lire page 2), au mouvement diplomatique initié par la prochaine reconnaissance de l’État de Palestine par la France, suivie par la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie.

Ce « plan fatal (le plan E1, NDLR) pour l’avenir d’Israël et pour toute chance d’une solution à deux États », selon l’ONG israélienne anticolonisation La Paix maintenant, place ces puissances face à leur propre limite : une reconnaissance seule ne permettra pas d’avancer sur le chemin de l’autodétermination des Palestiniens.

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