Le gouvernement
israélien a rappelé 60 000 réservistes pour lancer l’occupation totale de
la bande de Gaza et approuver un projet de construction qui coupera la
Cisjordanie en deux.
Dans la
course-poursuite engagée pour tuer dans l’œuf toute possibilité d’un État de
Palestine et expulser les Palestiniens de leur terre, Benyamin
Netanyahou a manifestement décidé de passer à la vitesse supérieure. En vingt-quatre heures, deux annonces faites par
la coalition d’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv illustrent cette
accélération dans la mise en œuvre du projet de « Grand Israël ».
Afin de
réaliser le plan, adopté début août, visant à s’emparer de la ville de Gaza et
du camp de réfugiés du centre du territoire, le ministre israélien de la
Défense, Israël Katz, a ordonné mercredi le
rappel de 60 000 réservistes. Cette décision intervient alors que la perspective d’un cessez-le-feu
semblait se rapprocher.
Le Hamas a
accepté dimanche une nouvelle proposition des médiateurs égyptiens et qataris.
Selon le site Al Mayadeen, l’accord prévoit un retrait de l’armée israélienne
de 1 000 mètres du nord et de l’est de Gaza, à l’exclusion
d’al-Shujaiya et de Beit Lahia, ainsi qu’un
échange de prisonniers : 10 captifs israéliens encore en vie seraient remis en échange
de 140 Palestiniens condamnés à la réclusion à perpétuité et de
60 autres condamnés à des peines de plus de quinze ans. Par ailleurs,
1 500 personnes détenues depuis la guerre en cours à Gaza devraient
être libérées.
La balle se
trouvait donc du côté du
gouvernement Netanyahou, qui a préféré accélérer l’occupation totale de la
bande de Gaza, préparée par
l’intensification des bombardements depuis plus d’une semaine. L’armée « se
prépare à une opération prolongée » qui « continuera jusqu’en
2026 », a annoncé la radio militaire.
L’ampleur du
nombre de réservistes rappelés indique celle de l’opération. Ces dernières
semaines, l’armée a lancé une campagne de recrutement de jeunes originaires des
États-Unis et de France, espérant convaincre 10 000 d’entre eux afin de
pallier le taux d’absentéisme, en hausse notable, de soldats réservistes, en
raison des défections « civiques » comme des épuisements physiques et
psychologiques.
Deuxième
front : la
Cisjordanie. Mercredi, en
milieu de journée, Israël a officiellement approuvé un projet essentiel pour
empêcher l’avènement d’un État de Palestine. « Je suis heureux
d’annoncer qu’il y a une heure à peine, l’administration civile a approuvé la
planification pour la construction du quartier E1 », a annoncé dans un
communiqué Guy Yifrah, maire de la colonie israélienne de Maale Adumim, à
quelques kilomètres à l’est de Jérusalem.
C’est le
ministre suprémaciste juif, en charge des Finances, Bezalel Smotrich, qui avait
ressorti, jeudi 14 août, ce projet enfoui dans de vieux cartons. Il
consiste en la création d’un nouveau quartier de 12 kilomètres carrés avec
3 400 logements. Il
coupera la Cisjordanie en deux, avec, au sud, Hébron et Bethléem, et, au nord, Ramallah et Naplouse, tout
en isolant Jérusalem-est, occupée depuis 1967 et annexée en 1980, du reste du
territoire palestinien.
Pour les
promoteurs de l’E1, l’absence de toute continuité territoriale empêcherait la
création d’une entité étatique palestinienne. « L’approbation de cette
nouvelle expansion des colonies constitue une nouvelle violation grave du droit
international et des résolutions de l’ONU et de la CIJ », a réagi
Moustafa Barghouti, qui anime l’Initiative nationale palestinienne.
« L’État palestinien est en train d’être effacé, non pas par des
slogans, mais par des actes », s’est félicité Bezalel Smotrich. « Quiconque, dans le monde, tente
aujourd’hui de
reconnaître un État palestinien recevra notre réponse sur le terrain. Non pas par des documents, des
décisions ou des déclarations, mais par des faits. Des faits concernant les
maisons, des faits concernant les quartiers », avait revendiqué le ministre extrémiste, lors
de la présentation, cartes à l’appui, de ce projet E1.
L’ONU et
l’Union européenne avaient appelé Israël à renoncer à sa construction. Mais la
proposition alors isolée est devenue, en moins d’une semaine, la politique
officielle d’Israël.
Preuve qu’il
s’agit bien d’une réponse, à l’instar de
courriers envoyés par Benyamin Netanyahou à Emmanuel Macron et Anthony Albanese, le Premier ministre australien
(lire page 2), au mouvement diplomatique initié par la prochaine
reconnaissance de l’État de Palestine par la France, suivie par la
Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie.
Ce « plan
fatal (le plan E1, NDLR) pour l’avenir d’Israël et pour toute chance
d’une solution à deux États », selon l’ONG israélienne
anticolonisation La Paix maintenant, place ces puissances face à leur propre
limite : une reconnaissance seule ne permettra pas d’avancer sur le chemin
de l’autodétermination des Palestiniens.

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