Alors que le
Premier ministre doit prendre la parole lors d’une conférence de presse ce
lundi 25 août à 16 heures, sans doute pour expliquer, encore une
fois, qu’il en va de la « responsabilité » de chacun de se serrer la
ceinture pour éviter la « malédiction » du surendettement,
« l’Humanité » fait le point sur les principales mesures
austéritaires du budget de François Bayrou.
La colère
gronde chez de plus en plus de Français. Sur les réseaux sociaux, dans les
universités d’été des partis de gauche, l’heure est à la mobilisation et à l’organisation du
10 septembre. L’objectif : contester le budget
austéritaire de François Bayrou et mettre un coup d’arrêt à l’injustice
sociale. Selon les derniers sondages, près de deux Français sur trois sont
ainsi favorables au mouvement « Bloquons tout » tandis que les
syndicats préparent eux aussi la riposte.
Pour tenter de
désamorcer l’ire dont il est à l’origine, le Premier ministre organise une
conférence de presse à 16 heures, depuis des locaux gouvernementaux de
l’avenue de Ségur. Il essayera sans doute de justifier le bien-fondé de son budget
austéritaire en appelant les Français à la
« responsabilité ». Avant cette prise de parole, qui, aux regards des
précédentes, s’annonce dramatiques pour les droits sociaux, l’Humanité
fait le point sur les principales mesures du plan de François Bayrou, soit
épargner les plus riches, saigner les modestes et les précaires.
Suppression de deux jours fériés : l’arbre qui
cache la forêt ?
François Bayrou
a annoncé le 15 juillet dernier la suppression de deux jours fériés :
le lundi de Pâques et le 8 mai, pour un bénéfice estimé par Matignon à
4,2 milliards d’euros. Ainsi, pour le gouvernement, le déficit public
n’est pas dû à une mauvaise gestion de sa part – en particulier ses cadeaux aux
grandes fortunes et la multiplication des aides sans contrôle ni contrepartie
aux grandes entreprises – mais à des Français qui se la couleraient douce, leur
faible taux d’activité expliquant le manque de création de richesse et nous
condamnant à payer à crédit notre modèle social et nos services publics.
Le Premier
ministre affirmait par exemple que nous travaillerions 100 heures de moins
par an que nos voisins allemands. C’est un mensonge :
Une étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement
économiques) comparant le temps de travail des personnes actives sur les deux
rives du Rhin en 2023 dénombre 1 335 heures par travailleur
outre-Rhin, soit 154 heures de moins que dans l’Hexagone
(1 489 heures). L’exécutif oublie aussi de préciser qu’avec 11 jours
fériés sur une année civile, la France est sous la moyenne européenne de 11,7
selon l’Eures (Services européens de l’emploi).
« Année blanche » pour toutes les dépenses
de l’État
Gel des
prestations sociales et des barèmes de l’impôt sur le revenu, des pensions de
retraite, mise sous cloche des services publics,
des investissements sociaux… François Bayrou avait ainsi annoncé, en juillet,
une « année blanche » pour toutes les dépenses de l’État. Par
« blanche », entendez donc une année de baisse du pouvoir d’achat et
augmentation de la précarité. En somme, une année « noire » pour tous,
sauf les plus riches.
Les retraités,
les chômeurs, les allocataires verront leur niveau de vie s’éroder au fil de
l’inflation — une décision d’une violence sociale rare, chiffrée à
3,7 milliards d’euros d’« économies » sur le dos des pauvres.
Des mesures qui pourront se doubler de prochains coups portés via le retour de la réforme de l’assurance chômage
et une négociation annoncée – et qui ne dit rien qui vaille – sur le droit du
travail.
En gelant le
barème de l’impôt sur le revenu, le
gouvernement impose en douce une hausse d’impôt déguisée pour les classes
populaires et moyennes. L’inflation augmentant les revenus nominaux, nombre de
ménages basculeront dans des tranches supérieures sans gains réels — une mesure
injuste… et sournoise.
Un tiers des départs de fonctionnaires non remplacés
La menace
planait depuis plusieurs semaines. Elle se confirme. « Un fonctionnaire
sur trois partant à la retraite ne sera pas remplacé », a annoncé le
premier ministre. Dès 2026, 3 000 postes seront supprimés
dans tous les ministères (à l’exception de la défense), mais il épargnerait « les
postes d’élèves professeurs créés dans le cadre de la réforme des
enseignants ». Qu’en sera-t-il des autres postes dans l’Éducation
nationale et, plus généralement, des autres secteurs, dont celui de la santé et
de la justice, où les syndicats alertent de façon chronique sur les
sous-effectifs ?
Après deux
années consécutives de gel du point d’indice, les fonctionnaires connaîtront
également une nouvelle année blanche, a annoncé chef du gouvernement. Autres
économies « dans le train de vie de l’État », annoncées et
confirmées : celles qui touchent les « innombrables agences de
l’État », dont plusieurs d’entre elles devraient être
supprimées, fusionnées ou réinternalisées. François Bayrou table
ainsi sur la suppression d’un millier de postes.
Les plus vulnérables perdent des droits
Cinq milliards
d’euros d’économies : c’est ainsi que François Bayrou est
« fier » de notre système de santé. Dans la veine des propositions de
la Caisse nationale d’Assurance maladie et du Medef, François Bayrou mise avant
tout sur la « responsabilisation »
des patients. Il propose d’abord le doublement du plafond des
franchises médicales, donc du reste à charge pour le patient, passant de 50 à
100 euros par an.
Comme redouté, les patients en affection de longue
durée (ALD) sont visés. Une « réforme en profondeur » du
dispositif exclura du remboursement à 100 % les médicaments qui ne sont
pas en lien avec l’affection déclarée et sortira les personnes de l’ALD
« si cela ne se justifie plus ». Un coup de massue pour les
13 millions de malades chroniques et de victimes de cancer.
Les patients
sont invités à ne pas multiplier les examens et les visite à l’hôpital, à « avoir
une plus grande efficacité dans leurs achats ». Quant aux équipements
des personnes infirmes, comme des cannes anglaises, « il faut pouvoir
les restituer après que (la personne) ait disparu » (sic). Obsession
récurrente du gouvernement, « la dérive » des arrêts
maladies est pointée du doigt.

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