Ils y pensent
tous, mais se gardent pour l’instant de trop en dire. Édouard Philippe, Gérald
Darmanin, Gabriel Attal, Bruno Retailleau… Le sujet ? La retraite par
capitalisation. Son introduction en France fait l’objet d’un lobbying discret
pour l’imposer comme solution à la prétendue incapacité du système de retraite
par répartition à faire face au choc démographique. Après huit réformes depuis
1993 censées « sauver » notre système, le résultat parle de lui-même.
Les artisans de ces réformes, qui ont progressivement durci les conditions
d’ouverture des droits sans régler la question du déficit du système, ne
pouvaient mieux préparer le terrain aux fonds de pension à la française.
Les mêmes qui
se proclamaient défenseurs du système par répartition – un système qui, grâce
aux cotisations des actifs, permet de payer les pensions des retraités sans
recours à l’épargne privée – sont prêts à faire entrer le loup dans la
bergerie. Après avoir refusé d’élargir le financement des retraites comme le
permettrait la croissance de la richesse produite, ils veulent contraindre les
salariés à abonder de leur poche un « capital » en
« complément » de leurs cotisations. En coulisses, le Medef s’active.
Dans « le Monde », le patron des patrons, Patrick Martin, plaidait,
le 27 février : « Il faut aller chercher des ressources
actuellement affectées aux branches famille et assurance-maladie (de la Sécurité
sociale – NDLR), les pertes de recettes pour ces deux régimes étant compensées
par un surcroît de fiscalité. » C’est-à-dire une TVA sociale, une
dénomination récemment utilisée par François Bayrou.
Pour être
opérationnel et procurer un revenu aux retraités, le pilier de la capitalisation
ne peut en effet compter sur les cotisations des actifs immédiatement
disponibles comme dans le système par répartition : il doit être financé
grâce à l’épargne individuelle accumulée durant toute leur vie par les
salariés. Cela veut dire qu’avant de voir la première pension versée avec la
capitalisation, les actifs d’aujourd’hui devront payer deux fois : une
première fois pour financer les pensions des retraités d’aujourd’hui dans le
système par répartition, et une deuxième pour constituer l’épargne de leur
propre retraite.
Comme le
patronat ne veut pas débourser un sou de plus, son idée est de transférer le
financement des prestations sociales sur un impôt comme la TVA : ainsi,
c’est le consommateur – salarié, retraité, chômeur, étudiant… – qui paiera en
faisant ses courses. Spontanément, le risque auquel on pense est celui d’une
hausse des prix. Mais il en existe d’autres : en « fiscalisant »
la protection sociale, les droits des salariés s’en trouvent réduits. Emmanuel
Macron avait su en tirer avantage, au moment de la baisse des cotisations
chômage impulsée par le premier ministre Édouard Philippe. Le 9 juillet
2018, le président de la République expliquait aux parlementaires réunis en
Congrès : « La solidarité nationale est de plus en plus financée par
l’impôt (…), ceci conduit aussi à (en) transformer la philosophie
même (…). Il faut en tirer toutes les conséquences : il n’y a
plus un droit au chômage, au sens où on l’entendait classiquement (…),
puisque tous les contribuables l’ont payé. » En clair, là où la cotisation
ouvre des droits, l’impôt n’en ouvre aucun : chacun est redevable à la
société tout entière. C’est la transformation de la protection sociale en
aumône publique. La porte ouverte, aussi, à toutes les sanctions et restrictions
au nom de la chasse aux « abus », dont les chômeurs paient
aujourd’hui durement le prix.

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