Quand les dictatures tombent, leur décorum apparaît subitement fait
de carton-pâte. Creuses, leurs statues à terre disent à elles seules toute la
vacuité de pouvoirs de longue date chancelants. Celles de Hafez Al Assad,
déboulonnées par les Syriens ces derniers jours, offrent le visage d’un régime
dynastique vermoulu qui ne tenait plus, depuis 2015, que par l’appui de forces
extérieures.
Les amis russes de Bachar Al Assad, pris dans les rets de leur guerre en
Ukraine, n’avaient ni les moyens ni la volonté de voler encore au secours d’une
armée en déroute, et l’avenir de leurs bases militaires de Tartous et Hmeimim
apparaît désormais plus incertain que jamais. Laminé par les opérations
israéliennes au Liban, le Hezbollah n’était plus en mesure d’apporter ses
renforts.
Quant aux mollahs iraniens, eux-mêmes aux prises avec une vive contestation
interne et menacés d’être entraînés dans la guerre voulue par Benyamin
Netanyahou, ils ont semblé, ces dernières heures, se résoudre passivement à la
perte de leur principal allié dans la région. L’immixtion des pétromonarchies
du Golfe et de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, habité par ses fantasmes
néo-ottomans et décidé à briser toute affirmation kurde, a fait le reste.
Le bilan humain de la longue guerre intérieure qui a ravagé la Syrie est
atroce : plusieurs centaines de milliers de morts, pour prix du refus de
Bachar Al Assad d’engager le pays dans une transition ordonnée, après le
soulèvement populaire de 2011. Lui-même a choisi de jouer la carte de la
militarisation : dans le face-à-face qu’il a mis en scène avec
des groupes islamistes armés, l’opposition démocratique fut la première
broyée.
L’avancée foudroyante des
islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) a précipité l’écroulement de la maison Assad. Elle place leur
chef, Abu Mohammed al-Jolani, dans la position de faiseur de roi. Les desseins
de ce djihadiste formé dans les rangs d’al-Qaida en Irak et passé par
l’« État islamique » avant de rompre avec son émir, Abou Bakr Al
Baghdadi, n’ont rien de « démocratique » : en 2013, il confiait
à Al Jazeera vouloir placer la Syrie sous la tutelle d’une stricte théocratie.
L’homme soigne son image : il a troqué sa tenue d’insurgé islamiste
contre un treillis, donne des interviews à CNN, campe le
« pragmatique » pétri de « tolérance religieuse ». Mais,
avec ou sans lui, l’avenir de la Syrie se joue pour l’instant loin de Damas,
dans l’équation des ingérences extérieures qui refaçonnent le Moyen-Orient.

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