« Qui aurait pu prévoir ? » Une nouvelle fois Emmanuel
Macron a fait preuve d’une cécité digne du monarque enfermé dans sa tour
d’ivoire qu’il est devenu. En nommant Michel Barnier après des semaines de
tergiversations et avec pour feuille de route de ne pas appeler la gauche aux
responsabilités en dépit du résultat des urnes, l’issue était connue. Dès
septembre les ingrédients de cette seconde censure d’un gouvernement depuis
soixante ans étaient réunis.
Le choix délibéré de se mettre entre les mains de l’extrême droite ne
pouvait que produire l’échec et aggraver la crise. Car aujourd’hui la France
n’a pas plus de gouvernement qu’elle n’en avait il y a trois mois. Entre-temps,
Le Rassemblement national qui avait été rejeté par une large majorité de
Français est revenu, à la faveur du choix présidentiel, au centre du jeu.
« Votre vote m’oblige », avait déclaré sans ciller le chef de l’État
réélu à la suite d’un nouveau barrage républicain contre Marine Le Pen.
Depuis, Il aura à peu près tout fait pour que le RN se rapproche du
pouvoir. Michel Barnier a ainsi passé l’essentiel de son court passage à
Matignon à donner des gages, avaliser les thèses et faire des courbettes à la
cheffe de file de l’extrême droite. La situation est donc aujourd’hui pire
qu’elle ne l’était avant la dissolution et avant la désignation d’un
premier ministre désormais déchu. Le président s’en inquiète-t-il ? Il est
permis d’en douter tant lui et ses amis mettent de l’énergie à faire croire que
le vrai danger serait à gauche.
C’est pourtant elle qui est le plus légitime pour exercer le pouvoir et
tenter de débloquer la situation. Certes la politique qu’elle propose se
fera au détriment d’intérêts que le président a tout fait jusqu’alors pour
préserver. Mais l’heure est au choix entre les intérêts du capital et la
République de plus en plus menacée. Le choix munichois de négocier avec
l’extrême droite vaut aujourd’hui à l’exécutif la chute et le déshonneur. Reste
à éviter la guerre que constituerait son arrivée au pouvoir. Il est encore
temps.

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