Au moins, cette
année, nous ne pourrons pas dénoncer l’hypocrisie d’Aurore
Bergé. À l’approche de la Journée
internationale de lutte pour les droits des femmes, c’est silence radio du côté
de la ministre de tutelle. Sur ce sujet en tout cas, puisqu’on l’a beaucoup
entendue instrumentaliser l’antisémitisme et appeler à des barrages
républicains avec les héritiers de Jean-Marie Le Pen.
Si c’est pour
manier le même genre d’oxymore politique et d’en appeler au renfort des masculinistes pour faire avancer les droits des femmes, mieux vaut
en effet le silence. Sur le front des inégalités femmes-hommes, si les
choses ont avancé dans les têtes, il y a pourtant beaucoup à faire tant la
réalité bouge lentement.
Au travail,
l’égalité est encore un horizon lointain. En 2024, dans le privé, le revenu
salarial moyen des femmes était inférieur de 22 % à celui des
hommes ; même à temps plein comparable, l’écart est encore de 14 %.
Et la trappe du temps partiel continue d’aspirer les carrières : une femme
en emploi sur quatre y est cantonnée, contre bien moins d’hommes. L’inégalité
est aussi violence.
Toujours en
2024, police et gendarmerie ont enregistré 272 400 victimes de violences
par partenaire ou ex-partenaire, 107 féminicides et 270 tentatives au sein du couple.
Des chiffres effrayants. Pas suffisant pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui, faute de moyens, projette de réduire au maximum
les durées des audiences des procès pour viol ainsi que la possibilité de
recours à des témoins et des experts. Décidément, le garde des Sceaux n’est
jamais à court d’idées à contresens de l’histoire.
Un nouvel
exemple de la force qu’il faut aux mobilisations féministes pour faire bouger
les archaïsmes. D’autant qu’elles sont désormais confrontées à ces mouvements
nationalistes semeurs de haine, comme Némésis, qui tentent de les miner de l’intérieur. Leur
véritable rôle ayant été mis à jour, notamment dans ces colonnes, elles ont
renoncé à défiler avec les vraies porteuses de progrès. Sans ministres
inconséquents, ni impostures identitaires, associations, syndicats et
citoyens marcheront dimanche main dans la main pour que l’égalité cesse
d’être une promesse et devienne une règle.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire