vendredi 6 mars 2026

« 8 mars : le silence radio d’Aurore Bergé », l’éditorial de Cédric Clérin.



Au moins, cette année, nous ne pourrons pas dénoncer l’hypocrisie d’Aurore Bergé. À l’approche de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, c’est silence radio du côté de la ministre de tutelle. Sur ce sujet en tout cas, puisqu’on l’a beaucoup entendue instrumentaliser l’antisémitisme et appeler à des barrages républicains avec les héritiers de Jean-Marie Le Pen.

Si c’est pour manier le même genre d’oxymore politique et d’en appeler au renfort des masculinistes pour faire avancer les droits des femmes, mieux vaut en effet le silence. Sur le front des inégalités femmes-hommes, si les choses ont avancé dans les têtes, il y a pourtant beaucoup à faire tant la réalité bouge lentement.

Au travail, l’égalité est encore un horizon lointain. En 2024, dans le privé, le revenu salarial moyen des femmes était inférieur de 22 % à celui des hommes ; même à temps plein comparable, l’écart est encore de 14 %. Et la trappe du temps partiel continue d’aspirer les carrières : une femme en emploi sur quatre y est cantonnée, contre bien moins d’hommes. L’inégalité est aussi violence.

Toujours en 2024, police et gendarmerie ont enregistré 272 400 victimes de violences par partenaire ou ex-partenaire, 107 féminicides et 270 tentatives au sein du couple. Des chiffres effrayants. Pas suffisant pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui, faute de moyens, projette de réduire au maximum les durées des audiences des procès pour viol ainsi que la possibilité de recours à des témoins et des experts. Décidément, le garde des Sceaux n’est jamais à court d’idées à contresens de l’histoire.

Un nouvel exemple de la force qu’il faut aux mobilisations féministes pour faire bouger les archaïsmes. D’autant qu’elles sont désormais confrontées à ces mouvements nationalistes semeurs de haine, comme Némésis, qui tentent de les miner de l’intérieur. Leur véritable rôle ayant été mis à jour, notamment dans ces colonnes, elles ont renoncé à défiler avec les vraies porteuses de progrès. Sans ministres inconséquents, ni impostures identitaires, associations, syndicats et citoyens marcheront dimanche main dans la main pour que l’égalité cesse d’être une promesse et devienne une règle.

 

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