Les corps sans
vie d’au moins 15 migrants, dont quatre femmes, viennent
d’être retrouvés au large de l’île grecque de Chios, en mer Égée,
après la collision entre leur embarcation et un patrouilleur
des gardes-côtes grecs, qui a également fait 25 blessés, dont onze
enfants. Sous la violence de
l’impact, la vedette prise en chasse a
chaviré puis coulé. On ignore le nombre exact de personnes portées disparues.
Cela n’est pas
simplement « un incident tragique », comme l’a déploré à
Athènes le ministre des Migrations, Thanos Plevris, un ancien
militant d’extrême droite recyclé dans la Nouvelle Démocratie du
premier ministre Kyriakos Mitsotakis,
en faisant peser la responsabilité de cette nouvelle hécatombe à
des réseaux de « passeurs criminels ».
C’est le fruit
d’une stratégie illégale et délibérée de refoulement des
demandeurs d’asile, contraire à l’esprit et à la lettre de la convention de
Genève. C’est la conséquence de politiques européennes et nationales qui
ont fait de la Méditerranée un cimetière et nourrissent des rhétoriques
xénophobes meurtrières.
Depuis le début
de l’année 2026, selon le bilan de l’Organisation internationale pour les
migrations, au moins 76 personnes ont déjà trouvé la mort en tentant
de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Le bilan s’élève à 1873
morts et disparus en 2025 et à 33 424 depuis 2014.
Dans cette
macabre géographie, la route de la Méditerranée centrale est devenue la plus meurtrière
au monde, en raison de capacités de sauvetage limitées et de
restrictions croissantes sur les opérations humanitaires. À
l’échelle mondiale, le projet Migrants disparus de l’Organisation
internationale pour les migrations recense plus de 75 000 décès et
disparitions depuis 2014.
Si tant
d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les guerres, la misère, les
persécutions périssent dans ces atroces circonstances, c’est
que toutes les voies sûres de migration se sont fermées à eux.
Cela alors même
que les puissances occidentales qui se hérissent de murs et de barbelés pillent
les ressources du Sud tout en y semant le désordre et la désolation par
leurs ingérences, leurs interventions militaires, l’absolution qu’elles
n’hésitent jamais à offrir à des dictatures et des régimes corrompus tant
qu’ils se rangent à leurs intérêts. Sous le règne du cynisme et de
l’indifférence, chaque corps rejeté par la mer se rappelle à nos
consciences, à notre commune humanité.

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