mercredi 4 février 2026

« La méditerranée : Un cimetière », l’éditorial de Rosa Moussaoui



Les corps sans vie d’au moins 15 migrants, dont quatre femmes, viennent d’être retrouvés au large de l’île grecque de Chios, en mer Égée, après la collision entre leur embarcation et un patrouilleur des gardes-côtes grecs, qui a également fait 25 blessés, dont onze enfants. Sous la violence de l’impact, la vedette prise en chasse a chaviré puis coulé. On ignore le nombre exact de personnes portées disparues.

Cela n’est pas simplement « un incident tragique », comme l’a déploré à Athènes le ministre des Migrations, Thanos Plevris, un ancien militant d’extrême droite recyclé dans la Nouvelle Démocratie du premier ministre Kyriakos Mitsotakis, en faisant peser la responsabilité de cette nouvelle hécatombe à des réseaux de « passeurs criminels »

C’est le fruit d’une stratégie illégale et délibérée de refoulement des demandeurs d’asile, contraire à l’esprit et à la lettre de la convention de Genève. C’est la conséquence de politiques européennes et nationales qui ont fait de la Méditerranée un cimetière et nourrissent des rhétoriques xénophobes meurtrières.

Depuis le début de l’année 2026, selon le bilan de l’Organisation internationale pour les migrations, au moins 76 personnes ont déjà trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Le bilan s’élève à 1873 morts et disparus en 2025 et à 33 424 depuis 2014.

Dans cette macabre géographie, la route de la Méditerranée centrale est devenue la plus meurtrière au monde, en raison de capacités de sauvetage limitées et de restrictions croissantes sur les opérations humanitaires. À l’échelle mondiale, le projet Migrants disparus de l’Organisation internationale pour les migrations recense plus de 75 000 décès et disparitions depuis 2014.

Si tant d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les guerres, la misère, les persécutions périssent dans ces atroces circonstances, c’est que toutes les voies sûres de migration se sont fermées à eux. 

Cela alors même que les puissances occidentales qui se hérissent de murs et de barbelés pillent les ressources du Sud tout en y semant le désordre et la désolation par leurs ingérences, leurs interventions militaires, l’absolution qu’elles n’hésitent jamais à offrir à des dictatures et des régimes corrompus tant qu’ils se rangent à leurs intérêts. Sous le règne du cynisme et de l’indifférence, chaque corps rejeté par la mer se rappelle à nos consciences, à notre commune humanité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

LA MANIFESTATION (En hommage aux morts du métro Charonne)

8 février 1962 – 8 février 2013 « N’oublions pas » ! Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. N...