mardi 10 février 2026

« Fin du traité New Start : détruire les bombes, pas l’humanité », la chronique de Patrick Le Hyaric ».



Cela ressemble à la banalisation du risque d’anéantissement de notre humanité.

La semaine dernière le plus haut rempart contre la prolifération des armes nucléaires est tombé : New Start, le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré, jeudi 5 février, sans qu’un nouveau cadre de contrôle de ces engins de mort n’ait été mis en place. La bombe atomique reste la plus terrifiante des armes. Son pouvoir de destruction et ses capacités à infliger pour longtemps d’indicibles souffrances humaines sont sans égal.

Avec la fin du « nouveau traité de réduction des armes stratégiques », nous parlons bien de la possibilité d’extinction de la vie sur Terre. Cet important texte fixait une limite maximale de 700 lanceurs nucléaires et de 1 500 ogives nucléaires stratégiques pour chacun des pays signataires qui détiennent 80 % des ogives nucléaires mondiales. Bien plus qu’il n’en faut pour détruire la planète plusieurs fois en une demi-heure.

Sans initiative nouvelle, rapide, les restrictions à la limitation de la prolifération de ces armes, qui peuvent frapper les centres politiques, militaires et industriels des présupposés adversaires, s’affaibliront jusqu’à s’éteindre.

L’action populaire pour la paix et le désarmement doit donc reprendre, – comme y appelle le mouvement pour la paix – afin d’obtenir un nouveau cadre juridique international et empêcher une nouvelle et mortifère course à la fabrication d’armements nucléaires.

Un nouveau traité permettrait la mise en place de mécanismes de vérification, d’échanges de données et de renouer avec une certaine confiance entre pays nucléaires. La fin de la transparence est la porte ouverte à toutes les crises, à tous les risques, à tous les accidents, aggravés par l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, ajoutant à la complexité et à l’imprévisibilité des dynamiques d’escalade, à l’opposé des canaux diplomatiques humains.

Un puissant sursaut international face à l’amplification des dangers mondiaux doit donc prendre rapidement forme.

Cette urgence frappe aux portes de notre conscience collective et de notre humanité commune à l’heure où le nombre de bombes atomiques augmente ; que des systèmes de lancement aux États-Unis, en Chine, en Russie se modernisent ; que les États-Unis déploient un nouveau mécanisme de défense antimissile jusqu’à pousser la possibilité de guerres dans l’espace, engendrant une nouvelle course à l’armement spatial.

À l’heure où les prédateurs de la Tech sont de plus impliqués dans les industries et les systèmes de défense, que le nucléaire est de plus banalisé, que le droit international est bafoué, il nous faut comprendre que le basculement d’époque nous rapproche de l’apocalypse.

Ces derniers mois ont été marqués par une série d’événements inédits et préoccupants : frappes américaines sur les sites iraniens en juin, présentation à Pékin du nouveau missile balistique Chinois baptisé DF-61, annonce en octobre dernier par le président Poutine d’un test du missile de croisière à propulsion nucléaire dénommé Bourevestnick, puis expérimentation le 8 janvier dernier du nouveau missile Orechnick lancé sur l’Ukraine en même temps que de nouvelles déclarations du président Trump sur la reprise d’essais nucléaires et démonstration de la Corée du Nord avec un missile balistique.

Le directeur de l’Arms Control Association à Washington, M. Daryl Kimbal a alerté sur les dangers dans le journal anglais The Guardian : « De nombreux responsables du secteur des armes nucléaires souhaitent renforcer rapidement les forces américaines afin de contrer le renforcement stratégique de la Chine. »

Les forces armées françaises se vantaient le 13 novembre dernier des capacités de leur nouveau missile – Air Sol Moyenne portée amélioré, rénové – (ASMPA-R) qui peut être embarqué sur des avions Rafale des forces aériennes stratégiques.

Cet entassement de bombes nucléaires, au nom de la dissuasion, accroît l’insécurité liée à ce que certains qualifient déjà de « nouvel ordre nucléaire », bien différent de celui qui prévalait depuis la fin de la guerre froide. Il se dit même que la guerre déclenchée par le pouvoir russe contre l’Ukraine se déroule en « ambiance nucléaire », s’éloignant du concept de dissuasion qui, du reste, n’a empêché aucun conflit, aucune guerre.

Le nouveau climat qui pèse sur la planète conduit de nouveaux pays – non-nucléaires militaires – de premier plan à revendiquer la possibilité d’acquérir la bombe atomique.

Ce qui est baptisé « ouverture d’un dialogue stratégique » sur la dissuasion nucléaire entre l’Allemagne et la France est la manifestation de ce dangereux changement d’époque. L’actualisation de la doctrine nucléaire française dans le sens d’une « européanisation » est la traduction de ce projet. Il pose de lourdes questions.

Envisager de transférer ou de faire stationner des armes nucléaires françaises dans un autre pays revient à contrevenir au Traité de Non-Prolifération (TNP). Doit-on accepter que La France aussi bafoue les traités internationaux ? Pour nous, c’est non !

Comment combattre le transfert d’armes nucléaires vers la Biélorussie si notre pays s’engage à transférer des armes similaires vers l’Allemagne et vers la Pologne ? C’est la porte ouverte à toutes les proliférations.

Ajoutons qu’en juillet 2025, le président de la République a signé avec le Premier ministre de la Grande-Bretagne, une déclaration (de Northwood) officialisant la mise en place d’une « coordination des moyens de dissuasion des deux puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité de l’ONU » aussi bien au plan politique qu’opérationnel. Voilà qui ajoute encore aux redoutables défis en cours. En effet, la Grande-Bretagne a déjà des accords de coopération militaire et nucléaire bilatéraux très contraints avec les États-Unis.

Personne ne peut donc sérieusement faire valoir l’indépendance de cette coordination franco-britannique dans un contexte où les velléités de Trump sur le Groenland, le Canada et l’Union européenne, comme sa tentative de façonner un nouveau droit internationaldu plus fort ne sont plus un mystère.

Les enjeux si graves posés par la dissuasion nucléaire française, à l’heure où l’on parle de plus en plus de « troisième âge nucléaire » sur fond de polycrises du capitalisme, ne peuvent pas être abordés en dehors du Parlement et du débat citoyen. Le peuple doit être saisi sur la possibilité pour notre pays de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Les armes de destruction massive et les modifications climatiques portent les vénéneux germes de l’anéantissement de la vie sur Terre. On ne peut laisser faire ! L’horloge de l’apocalypse indique 85 secondes avant minuit depuis la non-reconduction du traité New Start. Nous appelons au sursaut.

La paix, c’est le bien commun des peuples. Ce combat pour la paix et le désarmement nucléaire peut redevenir le lien vivant, créatif, fraternel, intergénérationnel et international d’une nouvelle chaîne humaine à l’échelle planétaire.

Ce sont les bombes qu’il faut détruire, pas l’humanité.

 

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