Cela ressemble
à la banalisation du risque d’anéantissement de notre humanité.
La semaine
dernière le plus haut rempart contre la prolifération des armes nucléaires
est tombé : New Start, le dernier traité de
désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a
expiré, jeudi 5 février, sans qu’un nouveau cadre de contrôle de ces
engins de mort n’ait été mis en place. La bombe atomique reste la plus
terrifiante des armes. Son pouvoir de destruction et ses capacités à infliger
pour longtemps d’indicibles souffrances humaines sont sans égal.
Avec la fin du
« nouveau traité de réduction des armes stratégiques », nous parlons bien de
la possibilité d’extinction de la vie sur Terre. Cet important texte fixait une
limite maximale de 700 lanceurs nucléaires et de 1 500 ogives nucléaires
stratégiques pour chacun des pays signataires qui détiennent 80 % des
ogives nucléaires mondiales. Bien plus qu’il n’en faut pour détruire la planète
plusieurs fois en une demi-heure.
Sans initiative
nouvelle, rapide, les restrictions à la limitation de la prolifération de ces
armes, qui peuvent frapper les centres politiques, militaires et industriels des
présupposés adversaires, s’affaibliront jusqu’à s’éteindre.
L’action
populaire pour la paix et le désarmement doit donc reprendre, – comme y
appelle le mouvement pour la paix – afin d’obtenir un
nouveau cadre juridique international et empêcher une nouvelle et mortifère
course à la fabrication d’armements nucléaires.
Un nouveau
traité permettrait la mise en place de mécanismes de vérification, d’échanges
de données et de renouer avec une certaine confiance entre pays
nucléaires. La fin de la transparence est la porte ouverte à toutes les crises,
à tous les risques, à tous les accidents, aggravés par l’intelligence
artificielle et les nouvelles technologies, ajoutant à la complexité et à
l’imprévisibilité des dynamiques d’escalade, à l’opposé des canaux
diplomatiques humains.
Un puissant
sursaut international face à l’amplification des dangers mondiaux
doit donc prendre rapidement forme.
Cette urgence
frappe aux portes de notre conscience collective et de notre humanité commune à
l’heure où le nombre de bombes atomiques augmente ; que des systèmes de
lancement aux États-Unis, en Chine, en Russie se modernisent ; que
les États-Unis déploient un nouveau mécanisme de défense antimissile
jusqu’à pousser la possibilité de guerres dans l’espace, engendrant une
nouvelle course à l’armement spatial.
À l’heure où
les prédateurs de la Tech sont de plus impliqués dans les industries et les
systèmes de défense, que le nucléaire est de plus banalisé, que le droit
international est bafoué, il nous faut comprendre que le basculement d’époque
nous rapproche de l’apocalypse.
Ces derniers
mois ont été marqués par une série d’événements inédits et préoccupants :
frappes américaines sur les sites iraniens en juin, présentation à Pékin du
nouveau missile balistique Chinois baptisé DF-61, annonce en octobre dernier
par le président Poutine d’un test du missile de croisière à propulsion
nucléaire dénommé Bourevestnick, puis expérimentation le 8 janvier
dernier du nouveau missile Orechnick lancé sur l’Ukraine en même
temps que de nouvelles déclarations du président Trump sur la reprise d’essais
nucléaires et démonstration de la Corée du Nord avec un missile balistique.
Le directeur de
l’Arms Control Association à Washington, M. Daryl Kimbal a
alerté sur les dangers dans le journal anglais The Guardian :
« De nombreux responsables du secteur des armes nucléaires souhaitent
renforcer rapidement les forces américaines afin de contrer le renforcement
stratégique de la Chine. »
Les forces
armées françaises se vantaient le 13 novembre dernier des capacités de
leur nouveau missile – Air Sol Moyenne portée amélioré, rénové – (ASMPA-R) qui
peut être embarqué sur des avions Rafale des forces aériennes stratégiques.
Cet entassement
de bombes nucléaires, au nom de la dissuasion, accroît l’insécurité liée à ce
que certains qualifient déjà de « nouvel ordre nucléaire », bien
différent de celui qui prévalait depuis la fin de la guerre froide. Il se
dit même que la guerre déclenchée par le pouvoir russe contre l’Ukraine se
déroule en « ambiance nucléaire », s’éloignant du concept de
dissuasion qui, du reste, n’a empêché aucun conflit, aucune guerre.
Le nouveau
climat qui pèse sur la planète conduit de nouveaux pays – non-nucléaires
militaires – de premier plan à revendiquer la possibilité d’acquérir la bombe
atomique.
Ce qui est
baptisé « ouverture d’un dialogue stratégique » sur la dissuasion
nucléaire entre l’Allemagne et la France est la manifestation de ce dangereux
changement d’époque. L’actualisation de la doctrine nucléaire française dans le
sens d’une « européanisation » est la traduction de ce projet. Il
pose de lourdes questions.
Envisager de
transférer ou de faire stationner des armes nucléaires françaises dans un autre
pays revient à contrevenir au Traité de Non-Prolifération (TNP). Doit-on
accepter que La France aussi bafoue les traités internationaux ? Pour
nous, c’est non !
Comment
combattre le transfert d’armes nucléaires vers la Biélorussie si notre
pays s’engage à transférer des armes similaires vers l’Allemagne et vers la
Pologne ? C’est la porte ouverte à toutes les proliférations.
Ajoutons qu’en
juillet 2025, le président de la République a signé avec le Premier ministre de
la Grande-Bretagne, une déclaration (de Northwood) officialisant la mise
en place d’une « coordination des moyens de dissuasion des deux
puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité de l’ONU »
aussi bien au plan politique qu’opérationnel. Voilà qui ajoute encore
aux redoutables défis en cours. En effet, la Grande-Bretagne a déjà des accords
de coopération militaire et nucléaire bilatéraux très contraints avec les
États-Unis.
Personne ne
peut donc sérieusement faire valoir l’indépendance de cette coordination franco-britannique
dans un contexte où les velléités de Trump sur le
Groenland, le Canada et l’Union européenne, comme sa tentative de
façonner un nouveau droit international du plus fort ne
sont plus un mystère.
Les enjeux
si graves posés par la dissuasion nucléaire française, à l’heure où l’on
parle de plus en plus de « troisième âge nucléaire » sur fond de
polycrises du capitalisme, ne peuvent pas être abordés en dehors du Parlement
et du débat citoyen. Le peuple doit être saisi sur la possibilité pour notre
pays de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).
Les armes de
destruction massive et les modifications climatiques portent les vénéneux
germes de l’anéantissement de la vie sur Terre. On ne peut
laisser faire ! L’horloge de l’apocalypse indique 85 secondes avant
minuit depuis la non-reconduction du traité New Start. Nous appelons au
sursaut.
La paix, c’est
le bien commun des peuples. Ce combat pour la paix et le désarmement nucléaire
peut redevenir le lien vivant, créatif, fraternel, intergénérationnel et
international d’une nouvelle chaîne humaine à l’échelle planétaire.
Ce sont les
bombes qu’il faut détruire, pas l’humanité.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire