lundi 9 février 2026

« Affaire Epstein : le courage des victimes », l’éditorial de Marion d’Allard. »



Il y a ce qui est su et ce qui ne le sera peut-être jamais. Il y a ces centaines de noms révélés par la déclassification de millions de documents de l’affaire Epstein et tous ceux que la justice états-unienne a minutieusement pris soin de maintenir dans l’anonymat. 

La presse internationale, c’est son rôle, s’est emparée de cette masse immense de données ; elle épluche, recoupe, analyse, tente de tirer les fils d’une toile terrifiante. Pendant des décennies, Jeffrey Epstein a tissé un réseau planétaire, orgiaque et financier, noyauté par une caste d’hommes puissants drapés d’impunité, où tout s’achète et tout se vend, y compris les corps des femmes et des enfants.

La déflagration est immense. Gageons qu’elle réveille les consciences. Mais retenons bien qu’elle n’est pas née de rien. Il a fallu le courage de ces femmes qui ont pris la parole, qui ont trouvé les mots pour terrasser l’angoisse. « Aujourd’hui est un jour de pouvoir et de force », déclarait Teala Davies en 2019, victime présumée d’un viol d’Epstein alors qu’elle n’avait que 17 ans, venue témoigner face au tribunal fédéral de Manhattan.

Elles ont été nombreuses à briser l’omerta, levant le voile sur cette affaire sordide, avec la dignité de celles qui ont tant perdu. Esclaves sexuelles, enfermées dans la moiteur des bas-fonds du pouvoir, écrasées sous le poids d’un patriarcat criminel, organisé et solidaire, elles ont parlé, quand tant de ceux qui savaient n’ont rien dit. Pour eux le silence était d’or, pour elles de plomb.

Mais alors que l’ampleur du scandale se révèle aux yeux du monde, elles sont à nouveau méprisées. Les autorités états-uniennes s’étaient engagées à préserver les victimes, chargeant une armada de juristes et d’avocats de Mais des dizaines de photos de jeunes filles dénudées, des noms et des adresses ont été mis à disposition du grand public sans filtre, sans précaution. Un traumatisme supplémentaire infligé à celles dont Epstein et consorts ont brisé l’existence pour satisfaire leurs déviances,  camoufler certaines identités.

 

 

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