Il y a ce qui
est su et ce qui ne le sera peut-être jamais. Il y a ces
centaines de noms révélés par la déclassification de
millions de documents de l’affaire Epstein et tous ceux que la justice états-unienne a minutieusement pris
soin de maintenir dans l’anonymat.
La presse
internationale, c’est son rôle, s’est emparée de cette masse immense de
données ; elle épluche, recoupe, analyse, tente de tirer les fils d’une
toile terrifiante. Pendant des décennies, Jeffrey Epstein a tissé un
réseau planétaire, orgiaque et financier, noyauté par une caste d’hommes
puissants drapés d’impunité, où tout s’achète et tout se vend, y compris
les corps des femmes et des enfants.
La déflagration
est immense. Gageons qu’elle réveille les consciences. Mais retenons
bien qu’elle n’est pas née de rien. Il a fallu le courage de ces
femmes qui ont pris la parole, qui ont trouvé les mots pour terrasser
l’angoisse. « Aujourd’hui est un jour de pouvoir et de force »,
déclarait Teala Davies en 2019, victime présumée d’un viol
d’Epstein alors qu’elle n’avait que 17 ans, venue témoigner face
au tribunal fédéral de Manhattan.
Elles ont été
nombreuses à briser l’omerta, levant le voile sur cette affaire
sordide, avec la dignité de celles qui ont tant perdu. Esclaves
sexuelles, enfermées dans la moiteur des bas-fonds du pouvoir, écrasées sous le poids d’un
patriarcat criminel, organisé et
solidaire, elles ont parlé, quand tant de ceux qui savaient n’ont
rien dit. Pour eux le silence était d’or, pour elles de plomb.
Mais alors que l’ampleur du scandale se révèle aux
yeux du monde, elles sont à nouveau méprisées. Les autorités
états-uniennes s’étaient engagées à préserver les victimes, chargeant une
armada de juristes et d’avocats de Mais des dizaines
de photos de jeunes filles dénudées, des noms et des adresses
ont été mis à disposition du grand public sans filtre, sans
précaution. Un traumatisme supplémentaire infligé à celles
dont Epstein et consorts ont brisé l’existence pour satisfaire leurs
déviances, camoufler certaines identités.

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