Le nouveau bras
de fer militaro-économique imposé par Donald Trump est un cruel révélateur pour
l’Union européenne. Certes, face aux velléités
néocolonialistes du « T-Rex » de la Maison-Blanche, le Vieux Continent tente de hausser le ton. Une
ébauche d’unité s’organise autour du sort du Groenland. Emmanuel Macron pousse
pour que l’« instrument anti-coercition », qui entraînerait une réciprocité des droits de
douane et l’exclusion des entreprises états-uniennes des marchés publics
européens, figure parmi les répliques envisagées.
Mais y croit-il
seulement ? On peut en douter, tant les Vingt-Sept, au-delà des coups de
menton circonstanciés, restent tiraillés sur le niveau de riposte, préoccupés,
avant tout, par ne pas aller trop loin face à un ex-allié dont ils sont si
dépendants.
C’est l’une des
leçons de cette crise. La fragilité de l’Union européenne n’est pas tant liée à
l’absence d’une armée mortifère qu’à son asservissement économique, énergétique
et stratégique vis-à-vis des États-Unis. En acceptant, depuis des décennies,
les règles d’un libre-échange asymétrique, en déléguant sa sécurité, en
abandonnant toute ambition industrielle commune, en livrant ses infrastructures
numériques aux Microsoft et autres Gafam, en leur cédant une grande part des
technologies – du cloud à l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs à
l’énergie –, l’UE a hypothéqué son autonomie politique et s’est condamnée à la
vulnérabilité.
Trump le sait.
Il exploite cette faille. Derrière les oukases, c’est un rapport de domination
qui s’exerce : celui d’une puissance qui contrôle les chaînes de valeur,
les données, les secteurs clés, et s’en sert pour imposer ses conditions.
Cet
affrontement doit servir d’avertissement. Sans souveraineté technologique et
industrielle, il n’y a pas de souveraineté politique. Pour y parvenir, l’UE
doit sortir de cette soumission aux logiques néolibérales court-termistes. Et
assumer son rôle de puissance publique, capable de coopérer sans s’aligner, de
commercer sans se renier, de choisir les peuples plutôt que les marchés. C’est
le prix de l’indépendance. Et la garantie d’être un réel contrepoids face à
l’appétit impérialiste de la Maison-Blanche.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire