dimanche 11 janvier 2026

« Lucide(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.

 

Desseins : Les années filent comme ces neiges de moins en moins éternelles, nos espoirs se fondent toujours sur le meilleur, et pourtant, il arrive que nos vœux sans relâche répétés s’obscurcissent de noirs desseins sur les chemins de l’espoir. L’entame de 2026 n’est pas, et ne sera pas, un autre monde.

Celle-ci débute à l’identique des précédentes : la destruction des principes et du droit, au profit de la force et de l’aveuglement. Nous connaissons le tableau. Le feu des bombes amenuise chaque jour un peu plus les forces du peuple ukrainien ; Gaza et la Palestine restent martyrisées ; les guerres un peu partout, dans 200 endroits du monde environ, continuent de frapper des enfants, des femmes, des hommes ; et tandis que les États-Unis ont bombardé ces dernières semaines la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Somalie, le Nigeria, le faucon de la Maison-Blanche souhaite ses bons vœux à l’humanité en ordonnant une mafieuse razzia au Venezuela…

Boomerang : Résumons d’une phrase : l’ingérence made in USA, ou l’art de piétiner la souveraineté au nom de la démocratie. Oui, certains osent encore prononcer le mot « démocratie », à commencer par Trump l’illuminé. À Washington, ce mot sert de clé passe-partout, de justification morale à toutes les entreprises de déstabilisation, de pillage et de mise sous tutelle. Le Venezuela en sait quelque chose.

Depuis plus de vingt ans, la première puissance mondiale s’acharne sur ce pays – et sur d’autres – comme un vautour sur une proie déjà exsangue, tout en feignant de lui tendre la main. Critiquer le gouvernement vénézuélien n’est pas interdit. Personne ne nie les erreurs, les dérives, les impasses politiques internes.

Quoi que nous pensions des méthodes de Maduro, du système politique qu’il a imposé, de la corruption et du clientélisme, de la situation critique dans laquelle il a placé les travailleurs et les plus modestes de son pays en lien avec le blocus qu’imposent les États-Unis depuis des années, nous sommes face à une négation absolue du droit international, du respect de la souveraineté d’un pays et du droit de son peuple à choisir ses élus.

Un viol total des articles 51 et 2.4 de la Charte des Nations unies qui interdissent à un État puissant d’avoir recours à la force sans autorisation multilatérale du Conseil de sécurité des Nations unies, sans preuves vérifiables de légitime défense imminente. Ce n’est pas tout : Trump a aussi violé le droit américain lui-même, puisqu’il a agi sans consulter le Congrès – ce qui, tôt ou tard, risque de fonctionner tel un boomerang.

Unipolaire : Il faudrait être naïf – ou de mauvaise foi – pour croire que cette obsession états-unienne se trouve mue par une soudaine compassion pour un peuple qui souffre. Le Venezuela possède les premières réserves de pétrole du monde. Et, comme par hasard, l’ingérence américaine s’intensifie chaque fois qu’un gouvernement ose reprendre le contrôle de ses ressources naturelles et affirmer sa souveraineté.

Quand la « démocratie » devient soluble dans le baril de brut. Qu’on se souvienne, néanmoins, une ingérence étrangère n’a jamais produit de démocratie durable. Elle n’a engendré que chaos, dépendance et ressentiment. À force de sanctions, de menaces militaires à peine voilées et de manœuvres diplomatiques cyniques, les États-Unis aggravent précisément ce qu’ils prétendent combattre – et nous comprenons bien que ce n’est qu’un début…

Non, le Venezuela n’est pas un protectorat, ni un laboratoire idéologique pour stratèges néoconservateurs. Ce pays possède une histoire propre, des contradictions, un peuple, qui a le droit fondamental de décider de son avenir sans tutelle étrangère. La souveraineté n’est pas un gros mot, sauf peut-être dans les couloirs du Département d’État.

À l’heure où l’ordre international vacille, l’acharnement américain contre le Venezuela apparaît pour ce qu’il est : un vestige brutal d’un monde unipolaire que Washington refuse de voir disparaître, au moins dans son « hémisphère ».

L’intellectuel américain Noam Chomsky le disait naguère : « La façon intelligente de garder les gens passifs et obéissants est de limiter strictement le spectre des opinions acceptables, mais de permettre un débat très animé dans ce spectre. Cela donne aux gens l’impression qu’il y a une pensée libre, alors que tout le temps les présuppositions du système sont renforcées par les limites imposées à la portée du débat. » Restons lucides. On ne trouvera pas meilleur vœu…

 

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