Les images qui nous parviennent de Syrie sont
effroyables. Les
hommes d’Ahmed Al Charaa, décidés à anéantir l’expérience révolutionnaire et
démocratique au Rojava, ont pris le chemin du massacre, du nettoyage
ethnique, de la revanche sur les femmes kurdes combattantes.
Le
cessez-le-feu proclamé dimanche à Damas après de violents
affrontements à Alep n’en était pas un. Le président par
intérim, ex-djihadiste, profitant du silence coupable des chancelleries
occidentales, entend regagner le territoire autonome que les Kurdes, dans le
sillage du soulèvement syrien de 2011, ont conquis de haute lutte. Celui qui a fait ses classes dans les rangs de
l’« État islamique » en Irak connaît bien son
affaire.
Les
négociations visant à intégrer institutions civiles et
militaires kurdes à l’État syrien « se sont totalement
effondrées », dénonce Mazloum Abdi, le commandant en chef
des forces kurdes. Damas exige une reddition sans condition, qu’importent les
moyens, qu’importe le bilan humain. Une à une,
les positions kurdes sont attaquées, l’armée d’Al Charaa ouvre les prisons, libérant
par centaines les combattants de Daech incarcérés sous
la garde des forces kurdes. Avec la bénédiction
d’Ankara et des émissaires de Washington.
Face au risque
de déstabilisation de toute la région, les pays de la coalition
contre Daech – dont la France –, soutiens des combattants kurdes lorsque,
au Rojava, ils étaient le dernier rempart contre l’avancée
des djihadistes, doivent hausser le ton, sortir de la complaisance
vis-à-vis d’un nouveau pouvoir syrien qui s’en prend à toutes les
minorités du pays. Un an après le renversement du régime baasiste et
la fuite du dictateur Bachar Al Assad, Ahmed Al Charaa a fait de la
Syrie une poudrière où Alaouites, Druzes, Kurdes, sont menacés,
persécutés.
Qu’importe. Pour Washington, l’important est de garder la main. Mardi,
l’émissaire spécial de Donald Trump en Syrie, Tom Barrack, a affirmé
que « la mission initiale des Forces démocratiques syriennes en tant
que principale force anti-Daech sur le terrain » était « largement
devenue obsolète ». Washington s’appuie sur le nouveau pouvoir
syrien pour maintenir la sécurité dans la région. Un pari insensé.

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