mercredi 21 janvier 2026

« En Syrie, les kurdes sous le feu de Damas », l’éditorial de Marion d’Allard.



Les images qui nous parviennent de Syrie sont effroyables. Les hommes d’Ahmed Al Charaa, décidés à anéantir l’expérience révolutionnaire et démocratique au Rojava, ont pris le chemin du massacre, du nettoyage ethnique, de la revanche sur les femmes kurdes combattantes.

Le cessez-le-feu proclamé dimanche à Damas après de violents affrontements à Alep n’en était pas un. Le président par intérim, ex-djihadiste, profitant du silence coupable des chancelleries occidentales, entend regagner le territoire autonome que les Kurdes, dans le sillage du soulèvement syrien de 2011, ont conquis de haute lutte. Celui qui a fait ses classes dans les rangs de l’« État islamique » en Irak connaît bien son affaire. 

Les négociations visant à intégrer institutions civiles et militaires kurdes à l’État syrien « se sont totalement effondrées », dénonce Mazloum Abdi, le commandant en chef des forces kurdes. Damas exige une reddition sans condition, qu’importent les moyens, qu’importe le bilan humain. Une à une, les positions kurdes sont attaquées, l’armée d’Al Charaa ouvre les prisons, libérant par centaines les combattants de Daech incarcérés sous la garde des forces kurdes. Avec la bénédiction d’Ankara et des émissaires de Washington.

Face au risque de déstabilisation de toute la région, les pays de la coalition contre Daech – dont la France –, soutiens des combattants kurdes lorsque, au Rojava, ils étaient le dernier rempart contre l’avancée des djihadistes, doivent hausser le ton, sortir de la complaisance vis-à-vis d’un nouveau pouvoir syrien qui s’en prend à toutes les minorités du pays. Un an après le renversement du régime baasiste et la fuite du dictateur Bachar Al Assad, Ahmed Al Charaa a fait de la Syrie une poudrière où Alaouites, Druzes, Kurdes, sont menacés, persécutés. 

Qu’importe. Pour Washington, l’important est de garder la main. Mardi, l’émissaire spécial de Donald Trump en Syrie, Tom Barrack, a affirmé que « la mission initiale des Forces démocratiques syriennes en tant que principale force anti-Daech sur le terrain » était « largement devenue obsolète ». Washington s’appuie sur le nouveau pouvoir syrien pour maintenir la sécurité dans la région. Un pari insensé.

 

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